À l’occasion des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, une exposition met en lumière les grandes figures féminines du sport africain. À la Place du Souvenir Africain, l’installation met à l’honneur 14 pionnières du sport national. Elle retrace plus d’un siècle de performances, de combats et de conquêtes, à travers les portraits de championnes qui ont marqué l’histoire des Jeux, dont 14 pionnières du sport sénégalais.
Elles ont couru, nagé, sauté, lancé et repoussé les limites du possible. Pourtant, leurs exploits n’ont pas toujours occupé la place qu’ils méritent dans les récits de l’olympisme. L’exposition « Olympiennes africaines » (Africa’s Olympic Women) entend réparer cet oubli. À travers une galerie de portraits photographiques et de notices historiques, cette initiative du Comité international olympique (CIO), portée sous les couleurs de Dakar 2026 et du Musée Olympique, rend hommage aux femmes africaines qui ont contribué à écrire l’histoire du sport mondial.Dans son message introductif, Kirsty Coventry, présidente du CIO depuis 2025, salue les exploits extraordinaires de ces femmes africaines. Elle espère que leurs parcours inspireront les visiteurs et les générations appelées à prendre le relais.
L’exposition remonte le fil du temps pour restituer les grandes étapes de cette conquête féminine. En 1920, à Anvers, la Sud-Africaine Blanche Nash devient la première femme à représenter un pays africain aux Jeux olympiques. Huit ans plus tard, à Amsterdam, quatre nageuses sud-africaines décrochent le bronze au relais 4 x 100 m nage libre. Une première médaille olympique féminine pour l’Afrique.
Des pionnières aux championnes olympiques
Le Sénégal entre dans cette histoire en 1976, à Montréal, avec Ndew Niang et Julie Gomis, premières Sénégalaises à participer aux Jeux. D’autres figures suivront, à l’image de Constance Senghor, engagée au saut en hauteur à Los Angeles en 1984, de Kène Ndoye, présente à Sydney et Athènes, ou encore d’Aminata Diouf, qui a porté les couleurs nationales sur les pistes de sprint.
À l’échelle continentale, les années 1980 et 1990 marquent également des avancées majeures. En 1984, à Los Angeles, la Marocaine Nawal El Moutawakel remporte le 400 m haies et devient la première femme africaine championne olympique. En 1992, à Barcelone, l’Éthiopienne Derartu Tulu s’impose sur 10 000 m et devient la première femme noire africaine à décrocher l’or olympique. La même édition consacre l’Algérienne Hassiba Boulmerka sur 1 500 m.
La suite confirme cette dynamique. La Camerounaise Françoise Mbango Etone s’offre deux titres olympiques consécutifs au triple saut, en 2004 et 2008. Plus récemment, à Paris, en 2024, la jeune gymnaste algérienne Kaylia Nemour, alors âgée de 17 ans, devient la première athlète africaine, hommes et femmes confondus, à remporter une médaille olympique en gymnastique.
Des visages, des exploits et des trajectoires
Au-delà de cette chronologie, l’exposition donne un visage à ces performances. De grands portraits photographiques, accompagnés de notices bilingues en français et en anglais, racontent des trajectoires singulières.
La Kényane Catherine Ndereba, surnommée « Catherine la Grande », figure parmi les grandes marathoniennes de l’histoire. Double médaillée d’argent olympique, à Athènes en 2004 et à Pékin en 2008, elle a également été championne du monde à plusieurs reprises et détentrice du record mondial. Sur son portrait, elle apparaît au sol, épuisée, la tête dans une main. Une image qui rappelle que derrière les médailles se cachent aussi l’effort, la douleur et l’endurance.
Sa compatriote Hellen Obiri incarne, elle, la capacité à se réinventer. Double vice-championne olympique du 5 000 m à Rio en 2016 et à Tokyo en 2020, elle s’est ensuite illustrée sur marathon, avec une médaille de bronze à Paris en 2024. Présente à quatre éditions des Jeux, elle symbolise la longévité et l’adaptation.
Autre figure kényane, Peres Jepchirchir a décroché l’or olympique du marathon à Tokyo en 2020, devant sa compatriote Brigid Kosgei, offrant ainsi au Kenya un doublé historique. L’Ouganda est également représenté à travers Peruth Chemutai, sacrée sur 3 000 m steeple à Tokyo avant de décrocher l’argent à Paris. Elle reste la première femme ougandaise championne olympique.
La Côte d’Ivoire trouve aussi sa place dans cette galerie avec Marie-Josée Ta Lou-Smith. Révélée aux Jeux de Rio en 2016, où elle termine au pied du podium sur 100 m et 200 m, la sprinteuse a depuis multiplié les distinctions mondiales. Son record d’Afrique du 100 m, établi à 10 secondes 72, témoigne de sa place parmi les grandes figures de l’athlétisme continental.
Amy Mbacké Thiam, une fierté sénégalaise
Pour le Sénégal, le portrait d’Amy Mbacké Thiam occupe une place particulière. Championne du monde du 400 m en 2001 à Edmonton, au Canada, avec un chrono de 49 secondes 86, elle demeure la seule Sénégalaise à avoir remporté un titre mondial en athlétisme. Un record national qui tient toujours. Deux ans plus tard, elle décroche le bronze aux Championnats du monde.
Sa présence aux Jeux de Sydney en 2000, d’Athènes en 2004 et de Londres en 2012, ainsi que sa contribution au record national du relais 4 x 400 m, rappellent l’empreinte laissée par cette athlète dans le sport sénégalais.
Accessible gratuitement, l’installation reçoit les visiteurs tous les jours, de 11 h à 19 h, jusqu’au 13 novembre 2026. Une occasion de découvrir ces femmes dont les performances ont contribué à faire évoluer la place des Africaines dans l’histoire du sport mondial. « Olympiennes africaines » rappelle ainsi que cette page historique ne s’écrit pas à partir de rien. Elle est le prolongement de décennies de courage, de persévérance et de performances portées par des femmes qui ont ouvert la voie.
Arame NDIAYE

