Sept ans après sa disparition, le souvenir de Samba Diabaré Samb reste profondément ancré dans la mémoire culturelle . Griot laudateur, historien, poète et virtuose du xalam, le maître disparu le 20 septembre 2019 à l’âge de 95 ans demeure l’une des grandes figures de la transmission de la tradition orale. Son œuvre continue de résonner, notamment à travers l’héritage de l’Ensemble lyrique traditionnel du Théâtre national Daniel Sorano.
Il y a des disparitions qui ne mettent pas fin à une histoire. Celle de Samba Diabaré Samb appartient à cette catégorie. Sept ans après son rappel à Dieu, le maître du xalam demeure présent dans les mémoires, dans les archives sonores et surtout dans cette tradition musicale qu’il a contribué à préserver et à transmettre.
Né en 1924 à Dahra Jolof, Samba Diabaré Samb s’est imposé comme l’un des grands dépositaires de la tradition orale sénégalaise. Griot laudateur, généalogiste, chroniqueur social, historien et poète, il ne faisait pas seulement chanter le xalam : il lui confiait une mémoire. Seneweb le présentait comme un « Gardien du Temple », tant son parcours était intimement lié à la sauvegarde de la musique traditionnelle .
Avec Amadou Ndiaye Samb, l’aventure de Sorano
Son nom reste également indissociable de celui de son compagnon artistique, feu Amadou Ndiaye Samb. Les deux hommes ont œuvré à la valorisation des musiques lyrique et classique , notamment à travers l’émission « Sénégal Demb », consacrée à l’histoire et au patrimoine culturel du pays.
En 1962, Samba Diabaré Samb figure parmi les membres fondateurs de l’Ensemble lyrique traditionnel du Théâtre national Daniel Sorano. Une aventure artistique qui allait permettre à plusieurs générations de découvrir et de redécouvrir les trésors de la musique traditionnelle sénégalaise.
Plus de six décennies plus tard, son nom demeure attaché à l’histoire de Sorano. Lors de la célébration des 60 ans du théâtre, en 2025, le professeur Amadou Ly avait cité Samba Diabaré Samb parmi les grands artistes ayant marqué cette institution culturelle. La ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture d’alors, Khady Diène Gaye, l’avait également cité parmi les artistes disparus dont l’apport à la culture nationale demeure « inestimable ».
Le xalam comme instrument de mémoire
Pour Samba Diabaré Samb, le xalam était bien plus qu’un instrument. Il constituait un moyen de raconter le Sénégal, ses hommes, ses lignées, ses grandes figures et ses récits historiques.
Son répertoire porte cette ambition. Des titres comme « Laguiya », « Taara », « Jëf sa yëf » ou « Birame Yacine » ont marqué son parcours. Avec Mansour Seck et Baaba Maal, il avait également participé à l’enregistrement de Ngawla.
Parmi les œuvres associées à son nom figure également « Saaraba », interprétée avec l’Ensemble lyrique traditionnel. Cette pièce connaîtra une autre vie plusieurs années plus tard avec une reprise par sa petite-fille, la chanteuse Aida Samb. Une manière pour la transmission de se poursuivre, d’une génération à l’autre.
Un « Trésor humain vivant »
La reconnaissance de son parcours dépassait les frontières du Sénégal. En 2006, Samba Diabaré Samb avait été élevé par l’Unesco au rang de « Trésor humain vivant », consacrant ainsi son rôle dans la sauvegarde et la transmission du patrimoine culturel.
Le Sénégal lui avait également décerné plusieurs distinctions. Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques en 1983, Officier de l’Ordre du Mérite en 1984, Commandeur du même ordre en 1990, puis Officier de l’Ordre des Arts et Lettres en 2002, le maître du xalam avait vu son parcours artistique et culturel salué au plus haut niveau.
Après sa disparition, le ministère de la Culture avait rappelé son rôle dans la préservation de la mémoire nationale. Un album consacré à ses œuvres avait notamment été réalisé en 2017 par le département de la Culture afin de contribuer à maintenir son patrimoine vivant.
Et si la voix de Samba Diabaré Samb s’est tue, son héritage, lui, continue de se faire entendre. Dans sa descendance, une voix a choisi de prolonger le chemin. Sa petite-fille, Aïda Samb, chanteuse reconnue de la scène sénégalaise, revendique cette filiation artistique. Au lendemain de la disparition de son grand-père, elle confiait qu’il était « une référence » pour elle et qu’elle faisait tout pour « suivre ses pas ».
Arame NDIAYE


