Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Wade ont marqué les Sénégalais de par leur élégance, leur éloquence et leur mise toujours soignée. Mais ils sont surtout des hommes de culture.
Léopold Sédar Senghor a étudié les lettres. Mais il a fait ses humanités en France. Le premier président du Sénégal étudie en 1928 à Paris en classes préparatoires littéraires au lycée Louis-le-Grand, où il rencontre Aimé Césaire. Une longue amitié naquit entre les deux. Dans une lettre adressée à Senghor en 1997, il affirme : « Nous avons alors vécu près de dix ans sans jamais nous quitter, échangeant nos réflexions, échangeant nos livres, nous disputant, concevant ensemble l’avenir que notre jeunesse nous promettait d’embraser par notre feu commun : la parole poétique. »
Les deux amis sont membres du mouvement de la Négritude. Un mouvement regroupant les écrivains qui, de par leurs œuvres, voulaient valoriser la culture africaine. « Léopold, tu restes pour moi le frère fondamental, celui qui a apporté au jeune déraciné que j’étais quand tu m’as ouvert les bras au lycée Louis-le-Grand, en ce jour de septembre 1931, la clé de moi-même : l’Afrique, les Afriques, Notre Afrique avec sa philosophie et son humanisme profond », a écrit l’auteur de la « Tragédie du Roi Christophe ».
Le président poète a mis à la disposition de la jeunesse des œuvres telles que « Chants d’ombres »
Léopold Sédar Senghor est resté une source d’inspiration pour Abdoulaye Wade. Le titulaire d’un doctorat en Droit et Sciences économiques de l’université de Grenoble parlait souvent littérature avec le président poème. « Monsieur le Président, lui dis-je, j’ai remarqué que tous vos poèmes sont dans une ambiance clair-obscur, jamais sous le feu d’un soleil flamboyant. Cela signifie-t-il quelque chose chez vous ? Il me répondit : « Cherchez, cherchez vous-même. Moi je ne sais pas ».
Wade rétorqua : « La poésie étant un reflet de l’âme, je présume qu’en vérité vous vivez un autre monde qui est de rêve, parallèlement au nôtre. » Il sourit et répondit « Peut-être », s’est rappelé le pape du sopi. « Senghor, existerait-il, parallèlement à notre monde, un monde qui ne serait audible que pour quelques privilégiés ? Et puis, ce n’est pas par hasard que vos premiers poèmes ont été publiés sous le titre « Chants d’ombre ».
Il me répond : « Sûrement ! Mais Wade, vous devriez écrire tout cela. » « J’écrirai, Monsieur le Président, dès que j’aurai un moment. » Maître Wade suivra ses conseils et sera l’auteur de six ouvrages, dont : « Un destin pour l’Afrique », publié en 1989.
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Abdoulaye Wade décrit Senghor comme quelqu’un de « sobre ». Mais ils partagent surtout l’amour de la culture africaine. Un amour qu’Abdoulaye Wade tentera de matérialiser. En effet, c’est sous la coupole de Wade que l’une des initiatives de Senghor connaitra une renaissance.
« Être nous-mêmes, en cultivant nos valeurs propres, telles que nous les avons retrouvées aux sources de l’art nègre : celles-là qui, par-delà l’unité profonde du genre humain, parce que nées de données biologiques, géographiques et historiques, sont la marque de notre originalité dans la pensée, dans le sentiment, dans l’action », a indiqué l’ancien poète-président de la République du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, par ailleurs initiateur du premier Festival mondial des arts nègres (FESMAN) tenu à Dakar en avril 1966.
Ce vœu si cher au président sera organisé pour sa troisième édition au pays de la Teranga en décembre 2010 grâce au Maître Abdoulaye Wade. Il a aussi érigé le monument de la Renaissance africaine, inauguré le 3 avril 2010.
Des leaders politiques
Senghor, considéré comme le « père du parti socialiste », et Wade, « Pape du sopi », ont aussi marqué la sphère politique du Sénégal. Senghor a instauré du multipartisme limité avec trois partis politiques autorisés par la Constitution devant représenter respectivement les courants de pensée tels que le libéral et démocratique, le socialiste et démocratique et le communiste ou marxiste-léniniste.
Le courant libéral est constitué par le Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade. Ce dernier accède au pouvoir dans un contexte de multipartisme avec l’émergence de nombreux partis politiques. Si l’enfant de Joal a délégué le pouvoir à Abdou Diouf après 20 ans au pouvoir, l’enfant de Kebemer fera tout le contraire. Après douze ans à la tête du pays, Wade se maintient au pouvoir avec son fameux « wax waxet ».
Peaux noires, masques blancs
Abdoulaye Wade et Léopold Sédar Senghor sont décrits comme des symboles de la culture africaine. Mais tous les deux finissent par épouser des Françaises. Ce qui contraste avec cette fibre panafricaine qu’ils clament. Colette Senghor est la seconde épouse du président poète après son divorce d’avec la Guyanaise Ginette Eboué, fille de l’ancien gouverneur du Tchad, Félix Éboué. L’enfant de Joal le considérait comme sa « muse ».
Dans le recueil de poèmes « Lettres d’hivernage », Léopold Sédar Senghor évoque la douleur de la perte de son fils mais consacre aussi une large place à sa « muse » et « tendre compagne ». Abdoulaye Wade aussi aura comme compagne une Française. Il rencontre Viviane à l’université de Besançon, en 1952. Onze ans plus tard, il l’épouse et s’installe avec elle au Sénégal. Le couple a ensemble deux enfants : Karim et Sindiély. Cependant ces hommes politiques demeurent des acteurs de la culture africaine.
Arame NDIAYE


