L’émotion et la gratitude nationale étaient palpables ce dimanche 4 octobre à l’hôpital Fann lors de la levée du corps de l’écrivain et ancien haut fonctionnaire Cheikh Hamidou Kane, rappelé à Dieu à l’âge de 98 ans.
Autour de la dépouille de l’auteur du chef-d’œuvre L’Aventure ambiguë, famille, représentants de l’État, communauté éducative et figures publiques se sont rassemblés pour saluer la mémoire d’un géant de la pensée africaine et d’un serviteur dévoué de la République. Présents lors de cet ultime hommage à l’ancien ministre , le chef du gouvernement et plusieurs membres de l’exécutif ont tenu à témoigner de l’immense héritage intellectuel, moral et politique laissé par le patriarche.
Ouvrant la série de témoignages, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a tenu à souligner la portée profonde de l’héritage laissé par l’illustre disparu : « Au-delà des hommages littéraires et de la baptisation de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane, son véritable legs réside dans un héritage immatériel indiscutable. Cet héritage s’incarne dans des valeurs fondamentales partagées au-delà du cercle familial avec les Sénégalais, les Africains et le monde qui constituent le socle du projet Vision Sénégal 2050.
La transmission du savoir qu’il a accomplie représente une œuvre pérenne (Sadaqah Jariyah), une aumône continue dont les bienfaits lui survivront indéfiniment. » Dans cette même perspective de refondation, le ministre de l’Éducation nationale Moustapha Guirassy a insisté sur la dimension visionnaire de l’auteur : « C’est cet illustre citoyen qui a posé très tôt les grandes questions à notre génération : la nécessité d’un enracinement, mais aussi l’absolue nécessité de s’ouvrir sur le monde. »
Pour concrétiser cette vision, le ministre a formulé la proposition d’appeler la refondation éducative « FINE AA » (Fin de l’Aventure ambiguë), un processus visant la souveraineté cognitive, l’usage des langues nationales et l’adaptation aux enjeux de l’intelligence artificielle.
Évoquant le parcours politique du défunt et leur travail commun lors des Assises nationales de 2008, le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement Cheikh Tidiane Dieye s’est remémoré la conviction profonde de l’écrivain : « Il m’avait dit : « Si je suis revenu pour réfléchir sur l’avenir du Sénégal, ce n’est pas pour moi-même, c’est pour vous, nos enfants et nos petits-enfants. » C’était symboliquement un passage de témoin. »
Enfin, le ministre de la Santé et de l’Action sociale Dr Ibrahima Sy a rendu hommage aux vertus morales d’un homme qui a su gravir tous les échelons de l’État tout en préservant son ancrage spirituel : « Simplicité, modestie, générosité et discrétion : ce sont les vraies valeurs d’un grand homme dont nos générations actuelles doivent tirer enseignement pour mener à bien leurs missions. » C’est sur ce message d’unité et d’engagement républicain que la nation s’est inclinée devant la mémoire d’un de ses plus illustres fils.
Fatou Ngom


