Le président du Conseil national du patronat (Cnp), Baïdy Agne, demande au gouvernement de donner un contenu concret au patriotisme économique. Il plaide pour une nouvelle définition de l’entreprise nationale, un meilleur accès aux marchés publics et la relance du Btp.
La commande publique doit davantage profiter aux entreprises à capitaux sénégalais. C’est l’une des principales demandes formulées par le président du Conseil national du patronat (Cnp), Baïdy Agne, lors de sa rencontre avec le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo. Pour le patronat, la définition de l’entreprise nationale annoncée par le gouvernement doit surtout permettre de corriger les déséquilibres constatés dans l’accès aux marchés publics.
Baïdy Agne a rappelé que le cadre actuel de l’Uemoa considère comme nationales les entreprises établies dans les États membres. Le Cnp propose plutôt de retenir le critère de capitaux majoritairement sénégalais. « Nous sommes favorables à ce qu’il y ait de l’investissement direct étranger parce que c’est une source de création de richesses et d’emplois », a-t-il déclaré. À ses yeux, le traitement particulier annoncé par le Premier ministre et le projet de loi sur le patriotisme économique pourraient permettre de répondre à cette préoccupation. Le président du Cnp s’est surtout attardé sur la commande publique.
Il a pris l’exemple des travaux publics pour montrer, chiffres à l’appui, la place encore limitée des entreprises à capitaux sénégalais. Selon les données qu’il a avancées, 90 % des chantiers financés à travers le Budget consolidé d’investissement (Bci) sont présentés comme exécutés par des entreprises sénégalaises. Dans les faits, environ 50 % reviendraient à des entreprises chinoises, 10 % à des entreprises françaises extérieures, tandis que les entreprises à capitaux sénégalais n’en réaliseraient, au mieux, que la moitié. « Nous pensons que nous pouvons corriger ça », a insisté Baïdy Agne.
Le Btp au cœur des inquiétudes Le patronat demande ainsi que le contenu local dans la commande publique devienne une règle effective. Il cite, en comparaison, les pratiques de la Chine qui réserve ses financements à ses propres entreprises, et celles des Européens, jugées plus ouvertes. La question de la commande publique est directement liée aux difficultés du secteur du Btp. Le Cnp estime que les entreprises sénégalaises disposent aujourd’hui d’une expérience suffisante pour conquérir des marchés dans la sous-région. Elles sont notamment présentes en Guinée, en Gambie et en Côte d’Ivoire. Le secteur connaît toutefois des difficultés depuis deux ans, selon Baïdy Agne, notamment en raison du manque de marchés publics. Cette situation affecte également les banques exposées au secteur et fragilise les entreprises confrontées à des problèmes de trésorerie.
Le Cnp demande sa relance rapide. L’énergie et le tourisme figurent aussi parmi les secteurs que le patronat considère comme prioritaires pour soutenir l’activité économique. Le patronat demande parallèlement que le dialogue avec l’État soit inscrit dans la durée. Baïdy Agne a évoqué dix à onze préoccupations, en référence notamment aux directives présidentielles du Conseil des ministres du 10 septembre. Il propose des concertations sectorielles avec les banquiers, les groupements pétroliers et les autres acteurs économiques, ainsi que des rencontres régulières avec le Premier ministre, tous les trois ou six mois.
L’objectif est de suivre les engagements pris et de transformer la concertation en mécanisme de travail permanent. La question sociale figure également parmi les priorités du Cnp. Après l’adoption par l’Assemblée nationale, le 18 août, des projets de loi portant sur le Code du travail et le Code de sécurité sociale, Baïdy Agne souhaite une nouvelle concertation avec les centrales syndicales. Il insiste sur la préservation de la paix sociale dans un contexte économique difficile. Le Premier ministre avait assuré que ces textes ne seraient « jamais une arme de l’État ou des employeurs contre les employés ». Il avait également promis qu’une fois les moyens de l’État structurellement rétablis, rien ne devrait s’opposer à un climat social apaisé.
Pathé NIANG

