Les exportations ont bondi de 63,7 % en octobre 2025, soutenues par les ventes de pétrole brut, de produits pétroliers raffinés et d’or non monétaire. Cette progression a permis au pays de dégager un excédent commercial de 34,5 milliards de FCfa, après un déficit observé le mois précédent.
C’est un véritable bol d’air pour les finances extérieures du Sénégal et une rupture nette avec la trajectoire des mois précédents. Selon le dernier bulletin mensuel publié par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), le Sénégal a enregistré un excédent commercial de 34,5 milliards de FCfa au cours du mois d’octobre 2025. À titre de comparaison, le pays traînait, le mois précédent, un déficit de 81,9 milliards de FCfa. Cette inversion de tendance illustre la mutation rapide d’une économie désormais portée par ses ressources extractives et énergétiques. Les exportations sénégalaises se sont ainsi établies à 688,7 milliards de FCfa en octobre 2025, affichant une progression spectaculaire de 63,7 % par rapport au mois de septembre. D’après le document, ce bond en avant trouve sa source dans la massification des livraisons de pétrole brut, qui ont doublé pour atteindre 215,6 milliards de FCfa, talonnées par les produits pétroliers raffinés (150,1 milliards de FCfa) et l’or non monétaire dont la valeur a triplé pour s’établir à 145,5 milliards de FCfa. Toutefois, tout n’est pas au beau fixe sur le front de la production locale. Les rédacteurs de la note soulignent que la méforme des secteurs traditionnels a légèrement bridé la croissance globale. Le repli des expéditions de poissons frais de mer (tombées à 10,8 milliards de FCfa) et la baisse du ciment hydraulique (7,2 milliards de FCfa) rappellent la fragilité d’une économie encore largement dépendante de la volatilité des matières premières. À long terme, l’évolution demeure néanmoins impressionnante. Sur un an, les exportations se sont envolées de 93,5 %.
Une recomposition géographique des échanges
Le Sénégal a continué d’importer massivement pour soutenir sa consommation et ses infrastructures en octobre 2025. Les importations ont atteint 654,2 milliards de FCfa sur la période, marquant une hausse mensuelle de 30,2 %. En analysant ces flux, cette poussée s’explique principalement par d’importants achats à l’extérieur de produits pétroliers raffinés (124,7 milliards de FCfa), de matériels de transport (76,1 milliards de FCfa) et de machines et appareils industriels (55,1 milliards de FCfa). De plus, l’économie a bénéficié d’un allègement notable de sa facture alimentaire et énergétique brute. Le pays a réduit ses commandes de riz (17,4 milliards de FCfa contre 26,9 milliards le mois précédent) et de pétrole brut (40,2 milliards de FCfa) ; ce qui a permis de contenir l’augmentation globale des importations. Plus encourageant encore, comparées au mois d’octobre 2024, les importations globales affichent un recul de 6,3 %, signe d’une rationalisation progressive des flux entrants. Sur l’échiquier mondial, les partenaires commerciaux du Sénégal continuent de se réorganiser de manière asymétrique. Du côté des clients, le Mali conserve solidement sa place de premier débouché commercial de Dakar, captant 21,0 % des exportations sénégalaises, suivi de près par un tandem européen composé de l’Italie (15,7 %) et des Pays-Bas (15,6 %).
C’est l’amélioration spectaculaire du solde vis-à-vis de ces nations, notamment le Mali (+144,4 milliards de FCfa), qui a propulsé la balance commerciale globale en territoire positif. Pour autant, cette embellie ne masque pas le creusement des déficits avec d’autres partenaires clés. Selon la source, le Sénégal voit sa dépendance s’accentuer vis-à-vis de la République populaire de Chine, qui demeure son premier fournisseur mondial avec 13,7 % des parts de marché, devant la France (10,3 %) et la Norvège (8,4 %). Les déficits se sont particulièrement approfondis au cours du mois à l’égard de Paris (-53,1 milliards de FCfa) et d’Oslo (-54,7 milliards de FCfa). Le déficit commercial cumulé s’est établi à -1.092,5 milliards de FCfa. Certes, le chiffre reste abyssal, mais il témoigne d’un redressement remarquable par rapport à la même période en 2024 où le gouffre commercial culminait à -2.810,6 milliards de FCfa.
Pathé NIANG


