Dans un entretien accordé au Soleil, le directeur de la Modernisation de l’équipement rural, Bounama Dièye, détaille la nouvelle stratégie de mécanisation agricole du Sénégal, marquée par des exonérations de Tva, un budget de 3,7 milliards de FCfa pour les équipements attelés et de post-récolte, ainsi que le lancement du projet « Suñu Allo Tracteurs ».
Le Sénégal engage un tournant dans sa politique de mécanisation agricole. Après avoir investi plus de 300 milliards de FCfa dans des équipements agricoles au cours des deux dernières décennies, l’État estime que les résultats sont restés insuffisants en raison d’un ciblage imparfait, d’un entretien déficient, de l’absence de pièces de rechange et d’un service après-vente peu opérationnel.
Pour corriger ces limites, les ministres chargés de l’Économie et de l’Agriculture ont signé, le 17 juillet 2026, un arrêté conjoint exonérant de Tva une large gamme de matériels agricoles et d’élevage. La mesure concerne notamment les tracteurs, motoculteurs, matériels de travail du sol, équipements de semis, de fertilisation, d’irrigation, de récolte et de post-récolte, ainsi que plusieurs prestations de services agricoles. Selon Bounama Dièye, cette réforme vise à améliorer l’accès à la mécanisation pour les petites exploitations familiales qui constituent l’essentiel du tissu agricole sénégalais.
Un budget de 3,7 milliards de FCfa est prévu pour l’acquisition de matériels attelés et d’équipements de post-récolte. La commande publique bénéficiera à la Sismar, aux artisans regroupés au sein de l’Ucms ainsi qu’à d’autres entreprises locales spécialisées dans la construction métallique. Ces structures devront également assurer la formation des utilisateurs, le service après-vente et la fourniture des pièces de rechange, un point jugé essentiel pour éviter l’abandon prématuré des équipements.
La principale innovation réside dans le projet « Suñu Allo Tracteurs ». L’État veut désormais subventionner directement les services agricoles motorisés plutôt que céder des tracteurs ou des moissonneuses-batteuses à des particuliers. Le dispositif, fondé sur un partenariat public-privé, associe l’État, les concessionnaires, les fabricants locaux, les banques, les coopératives agricoles et les organisations professionnelles. Les producteurs pourront accéder à des prestations de labour, hersage, récolte ou transformation primaire à des tarifs subventionnés. Une plateforme numérique a été mise en place pour gérer les demandes, les commandes et le suivi des prestations afin de garantir davantage de transparence dans l’utilisation des subventions publiques.
Les Cuma au cœur du système
Le projet prévoit également la création de Centres d’utilisation du matériel agricole (Cuma). Adossés aux coopératives agricoles, ces centres seront chargés de la mise à disposition des équipements, de la réparation, de la maintenance et de la gestion des pièces de rechange. Pour Bounama Dièye, cette organisation doit permettre d’assurer la durabilité des investissements publics et d’améliorer la qualité des services rendus aux producteurs.
Au-delà de la mécanisation des exploitations, le Sénégal nourrit une ambition industrielle. Des entreprises sénégalaises regroupées au sein du consortium Cosias travaillent avec des partenaires étrangers, notamment en Türkiye et en Italie, en vue d’installer des unités locales de montage de tracteurs et d’autres équipements agricoles. Si ce projet aboutit, le Sénégal pourrait, selon le directeur de la Modernisation de l’équipement rural, devenir à terme un fournisseur de référence en machines agricoles pour les marchés de la Cedeao et de l’Uemoa.
Le responsable de la mécanisation rejette l’idée d’une politique tournée uniquement vers les gros équipements. Il rappelle que les petits producteurs ont également besoin de semoirs, houes Sine, charrettes et autres matériels attelés. Pour faciliter leur accès à ces équipements, le ministère de l’Agriculture a décidé de céder le matériel attelé subventionné à crédit, avec un remboursement étalé sur les deux campagnes agricoles suivantes.
C.T.N avec Oumar FEDIOR

