À des milliers de kilomètres du Sénégal, la crise entre les États-Unis et l’Iran continue de s’enliser et de produire des effets en chaîne. Longtemps perçue comme un conflit lointain, elle semble désormais se rapprocher, au point de susciter des inquiétudes jusque dans nos murs. Au départ, les craintes se concentraient sur un éventuel blocage du détroit d’Ormuz, avec des projections essentiellement à court terme et à l’échelle mondiale. Mais, depuis quelques semaines, le ton a changé. L’inquiétude aussi.Au Sénégal, le discours officiel paraît progressivement s’orienter vers une préparation psychologique des populations à des annonces difficiles. Les signaux envoyés par les autorités ne passent pas inaperçus. Il y a quelques jours, le Premier ministre Ousmane Sonko évoquait déjà les menaces pesant sur le pays, annonçant « qu’une communication plus approfondie serait faite par le ministre de l’Énergie, Birame Souleye Diop ».
Dans cette attente, c’est le ministre de l’Intérieur qui a pris la parole, en marge d’un événement pourtant religieux, pour aborder la question des hydrocarbures. « Les prix ont augmenté presque partout », a-t-il souligné, citant notamment la France, où une partie des stations-service serait à l’arrêt, ainsi que la Mauritanie, confrontée à une hausse des tarifs. Jusque-là, le constat reste global. Mais le véritable tournant se situe dans l’interrogation posée par le ministre lui-même : « Jusqu’à quand le gouvernement pourra-t-il se garder d’appliquer la vérité des prix ? » Une manière de préparer les esprits à une éventuelle révision des subventions ? La probabilité est grande.
La question est en effet cruciale. Le Sénégal peut-il continuer à soutenir artificiellement les prix du carburant alors que ceux-ci flambent sur le marché international ? Déjà, en décembre dernier, les autorités avaient ajusté les tarifs à la baisse, faisant passer le super de 990 à 920 FCfa le litre et le gasoil de 755 à 680 FCfa, dans un contexte différent. Aujourd’hui, la donne a changé.
En plus d’une conjoncture économique nationale difficile, la dégradation de la situation dans le détroit d’Ormuz vient s’ajouter à un cocktail déjà explosif. À titre d’exemple, le prix du gasoil est récemment passé de 791 à 984, puis à 1.433 FCfa sur le marché international, illustrant une volatilité extrême.
Face à cette situation, le gouvernement sénégalais avait évoqué la constitution de stocks stratégiques pour sécuriser l’approvisionnement national. Mais une crise dont la durée et l’intensité restent imprévisibles pose une question fondamentale : ces réserves seront-elles suffisantes ?
Pour l’heure, les interrogations demeurent nombreuses et les réponses se font attendre. Une chose est certaine : le Sénégal, comme de nombreux autres pays, pourrait bien devenir une victime collatérale d’un conflit qui, jusque-là, semblait lointain.

