Touba, deuxième ville du Sénégal, est un haut lieu de rassemblements religieux où la consommation de viande est élevée. Cette activité génère d’importantes quantités de peaux de bétail, souvent exportées à l’état brut. Les acteurs du secteur plaident pour l’installation d’une industrie locale afin de mieux valoriser cette ressource.
MBaCKé – Outre le Grand Magal, la ville sainte accueille plusieurs événements religieux tout au long de l’année, générant ainsi des quantités importantes de peaux de bétail qui sont exportées à l’état brut. Sur la route de Gouye Mbinde, près de Gare Bou Ndaw, Cheikh Dia dirige depuis plus de 20 ans un établissement spécialisé dans le commerce des peaux.
Devant son magasin, des peaux de bœuf sont étalées au soleil pour le séchage, tandis qu’à l’intérieur, des jeunes s’activent à les trier et les ranger. « Nous collectons les peaux auprès des bouchers et attendons des acheteurs », explique-t-il.
À Touba, seules les peaux de bovins sont valorisées, celles des moutons étant souvent abandonnées. Mais ces dernières années, les acheteurs se font rares. « Je peux stocker jusqu’à 4.000 peaux sans trouver preneur », déplore-t-il, évoquant la disparition des industries locales de transformation et le manque de financement.
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Au marché Ocass, Baye Samba Socé, boucher, confirme cette dynamique. Fournisseur régulier de Cheikh Dia, il écoule ses peaux selon les opportunités. « Une peau peut se vendre jusqu’à 18.000 FCfa », dit-il, précisant qu’un boucher peut en vendre une quinzaine par mois.
Malgré ces revenus, l’absence d’unités de transformation limite fortement le développement du secteur. Cette contrainte se répercute jusque chez les artisans. Près de la grande mosquée, Massar Mbow, cordonnier, fabrique des chaussures avec du cuir importé d’Italie. « Nous exportons la matière première et rachetons le produit fini », regrette-t-il.
Le coût du cuir, entre 4.000 et 7.000 FCfa le kilogramme, réduit leur compétitivité. Face à cette situation, les acteurs appellent à la création d’une tannerie ou d’une unité industrielle à Touba.
Un projet de Zone industrielle de l’artisanat (Ziar), annoncé par l’Apix (Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux) avec l’appui de l’Anat (Agence nationale de l’aménagement du territoire), prévoit l’aménagement d’un site de 20 hectares pour structurer la filière. À terme, il pourrait permettre de transformer localement les peaux, réduire les importations et créer de nombreux emplois.
Birane Diop (Correspondant)


