La filière du coton sénégalais renoue progressivement avec ses ambitions, portée par une convergence entre volonté politique, relance industrielle et mobilisation des producteurs. Longtemps considérée comme un pilier de l’économie nationale, elle retrouve, aujourd’hui, une place stratégique dans l’agenda de transformation économique du pays. À juste titre. En effet, la filière encadre plus de 16.000 producteurs, couvre plus de 20.000 hectares et fait vivre plus de 500.000 personnes.
Elle génère également entre 400 et 700 emplois directs selon les niveaux de production, dont 270 permanents, et distribue 3,5 milliards de Fcfa de revenus aux producteurs et acteurs ruraux. Au cœur de cette dynamique, l’engagement des autorités apparaît déterminant. En tournée économique, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a montré une volonté ferme de repositionner la filière comme un levier majeur de souveraineté économique.
Entre diagnostic sans complaisance et perspectives ambitieuses, le Président a fixé le cap lors de sa visite à Vélingara, dans les installations de la Sodefitex : « Nous sommes encore loin du record de 1991. À l’époque, nous produisions 50.000 tonnes. Aujourd’hui, nous culminons à 25.000 tonnes. En deux ans, la production est passée de 15.000 à 25.000 tonnes. Le cap des 100.000 tonnes est atteignable si nous maintenons cette cadence », a-t-il dit.
Dans une interview accordée au Soleil, Papa Fata Ndiaye, directeur général de la Sodefitex, saluait un début de renouveau dans la filière, marqué par le retour progressif de plusieurs acteurs. Ce qui a eu pour impacts directs une croissance de 20 % de la production, qui est passée de 13.000 à 15.500 tonnes. L’objectif, disaitil, est « d’atteindre 25.000 tonnes dès la prochaine campagne ».
Une progression intéressante
Une progression intéressante, mais encore en deçà du potentiel. Rien que la Sodefitex dispose d’un potentiel industriel installé d’environ 65.000 tonnes. « Si les investissements structurants sont mis en œuvre, nous pensons qu’il est réaliste d’atteindre les 100.000 tonnes de coton.
Cependant, il est crucial de rappeler que le Sénégal ne sera jamais un producteur de la taille du Bénin, du Burkina Faso ou du Mali, où le coton est une véritable priorité nationale, comparable à l’importance de l’arachide ici », avait-il souligné. Pour atteindre cette vitesse de croisière, des efforts restent à faire, notamment dans l’amélioration des rendements. Selon le directeur général de la Sodefitex, la priorité est d’améliorer les rendements agricoles. En Afrique de l’Ouest et du Centre, dit-il, « nous tournons autour d’une tonne de coton par hectare, contre 4 à 5 tonnes au Brésil et plus de 10 tonnes en Australie ».
Aujourd’hui, les autorités nourrissent de grandes ambitions. Le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Souveraineté alimentaire, Dr Mabouba Diagne, a salué les progrès qui ont permis de passer de moins de 15.000 tonnes à plus de 25.000 tonnes en deux ans, avec l’ambition d’atteindre 100.000 tonnes à l’horizon 2030.
Transformation locale
Des productions en hausse, des acteurs de plus en plus convaincus, une volonté politique affichée : la filière coton semble réunir tous les ingrédients d’une relance pérenne. Cette progression significative traduit un regain de confiance dans la filière. Avec près de 30.000 producteurs mobilisés, le coton retrouve progressivement sa place dans le paysage agricole sénégalais. Mais pour le Président de la République, l’enjeu dépasse largement la production brute. Il faut transformer localement pour créer de la valeur, en bâtissant une chaîne industrielle solide capable d’absorber la production nationale.
Comme pour matérialiser les orientations du Chef de l’État, la Sodefitex et Domitexka-Saloum ont signé, jeudi 30 avril, une convention de partenariat stratégique, dans un contexte marqué par une progression remarquable de la production cotonnière nationale. Entre un producteur et un industriel, le défi de la transformation locale devrait sans doute être relevé.
C’est la conviction du ministre de l’Agriculture : « Cette convention vient poser les bases d’un écosystème industriel cohérent, reliant production, transformation et marché. À travers cet accord structurant, la Sodefitex consolide son rôle d’intégrateur de la filière et de fournisseur stratégique de la fibre de coton. Domitexka Saloum s’affirme comme un acteur clé de la relance de l’industrie textile nationale », a-t-il indiqué.
Pour Masse Thiam, administrateur général de Domitexka, « audelà de la relance d’une unité textile emblématique dans la région de Kaolack, il s’agit d’un signal fort en faveur de l’industrialisation et de la territorialisation des politiques économiques, en parfaite cohérence avec les orientations du Plan Sénégal 2050. L’arrivée prochaine des équipements et la mise en place de l’unité industrielle ouvrent des perspectives concrètes en matière de création d’emplois et de dynamisation économique locale ».
Pour le directeur général de la Sodefitex, cette convention montre la priorité accordée à l’approvisionnement de la transformation locale, estimant que « la filière coton se positionne aujourd’hui comme un levier stratégique, dont la performance repose sur une articulation harmonieuse entre production agricole et transformation industrielle ». Le ministre Mabouba Diagne va plus loin : il s’agit, pour lui, de produire au Sénégal, de transformer au Sénégal et de consommer sénégalais.
Une orientation qui trouve toute sa traduction dans ce partenariat, véritable levier pour alimenter les industries nationales en matières premières et répondre aux besoins stratégiques du pays, notamment en uniformes scolaires, militaires et professionnels, estime le ministre de l’Agriculture. Il se projette déjà vers des segments à forte valeur ajoutée, notamment le coton biologique, «preuve de l’ambition d’inscrire durablement la filière sénégalaise dans les standards internationaux et les marchés de niche».
Oumar Fedior


