Le secteur de l’artisanat constitue un maillon important de l’économie nationale et recèle un fort potentiel de développement. Cependant, les acteurs font face à de nombreuses difficultés, notamment en matière d’accès à la commande publique. Président de la Chambre des métiers du Sénégal, Insa Dièye estime que la décentralisation de cette politique serait bénéfique aux artisans et contribuerait à une meilleure valorisation du savoir-faire local.
L’accès des artisans à la commande publique est une orientation soutenue par l’État afin de promouvoir la production nationale et de renforcer les capacités des acteurs du secteur. C’est dans cette dynamique qu’a été lancé le projet Mobilier national. Toutefois, selon Insa Dièye, les résultats attendus ne sont pas encore au rendez-vous. D’après lui, plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment les difficultés liées à la centralisation des procédures et les lenteurs administratives. « Prenons l’exemple des tables-bancs destinées aux écoles. Chaque inspection d’académie devrait pouvoir lancer ses propres appels d’offres. Cela profiterait directement aux artisans de la région concernée et simplifierait considérablement les démarches. En revanche, lorsque toute la demande nationale en tables-bancs est regroupée dans un seul appel d’offres, il devient très difficile pour les artisans de répondre aux exigences requises. C’est un véritable casse-tête », explique-t-il.
Poursuivant son analyse, le président de la Chambre des métiers du Sénégal a salué le projet relatif aux tenues scolaires, qu’il considère comme une initiative pertinente à ses débuts. Pour une meilleure répartition des opportunités, il insiste sur la nécessité de territorialiser davantage l’accès à la commande publique. À cet effet, il préconise la signature d’un protocole d’accord entre l’État et l’Union nationale des chambres de métiers afin de faciliter la décentralisation des marchés publics destinés aux artisans.
Selon lui, un tel partenariat permettrait d’améliorer l’organisation du secteur et de rapprocher les opportunités des bénéficiaires. « Entre nous, artisans, nous constatons réellement un manque d’organisation. C’est un problème qu’il faut résoudre pour avancer. L’État doit également nous accompagner dans la recherche de solutions adaptées susceptibles de contribuer à l’essor du secteur. Par ailleurs, l’union des acteurs constitue un levier important qui nous permettra d’accéder plus facilement aux marchés », affirme-t-il. Pour Insa Dièye, l’accès des artisans à la commande publique demeure aujourd’hui un véritable parcours du combattant. Pourtant, il considère cette ouverture comme un élément essentiel de la politique nationale d’industrialisation.
« Permettre aux artisans d’accéder à la commande publique nationale est un gage de réussite pour la politique d’industrialisation du pays. C’est également un moyen d’accroître notre capacité de production », soutient-il.
Le président de la Chambre des métiers du Sénégal se dit toutefois optimiste quant aux perspectives d’amélioration. « Nous gardons un grand espoir envers les autorités. Des concertations ont déjà eu lieu entre l’État et les acteurs de l’artisanat, et nous constatons des évolutions positives. Nous plaidons pour le renforcement des capacités des centres de métiers afin d’accroître leur efficacité. Il est également nécessaire de rationaliser le fonctionnement des chambres de métiers et de leur donner les moyens nécessaires pour mettre en œuvre une politique solide, orientée vers l’obtention de résultats concrets », préconise-t-il.
Bada MBATHIE


