L’écosystème des think tanks au Sénégal est marqué par une floraison d’entités s’intéressant à divers domaines tels que la paix, la sécurité, les politiques agricoles et rurales ou encore la promotion de la bonne gouvernance et de la citoyenneté. Cependant, pour ces groupes ou cercles de réflexion, l’un des défis majeurs reste toujours la problématique de la diversification des financements de leurs activités.
Depuis plusieurs années, le Sénégal connaît une floraison de think tanks qui s’activent dans divers secteurs. Ainsi, l’écosystème a vu l’émergence de plusieurs entités comme Wathi, l’Initiative prospective agricole et rurale (Ipar), Afrikajom Center, Timbuktu Institute, Legs-Africa ou encore l’historique Enda Tiers-Monde.
Ces groupes ou structures de réflexion évoluent dans divers domaines liés à la paix, la sécurité, les politiques agricoles et rurales ou encore la promotion de la bonne gouvernance et de la citoyenneté.
Dans cet environnement académique et scientifique, le think tank Legs-Africa se distingue par son engagement pour une citoyenneté de transformation en Afrique. La structure, dirigée par Elimane Kane, directeur exécutif, a pour but la promotion d’un nouveau type de leadership pour l’éthique et la gouvernance, et d’une citoyenneté africaine à travers des programmes d’échanges, des rencontres et des projets d’action collective entre les jeunes porteurs d’initiatives citoyennes de transformation économique et sociale, via le partage et la diffusion de valeurs communes.
L’Ipar au cœur des dynamiques du monde rural
Pour sa part, l’Ipar, créée en 2008, se veut un think tank indépendant, nous rapporte Laure Tall, directrice exécutive de l’Ipar.
« L’Ipar est née de la volonté de chercheurs, d’acteurs du développement, de leaders d’organisations paysannes, de disposer d’un espace de recherche, de prospective et de dialogue sur les questions de transformation du monde agricole, rural et plus largement des politiques publiques. Et, il faut se rappeler qu’au début des années 2000, le Sénégal a vécu plusieurs changements en lien avec les financements de l’aide au développement », déclare-t-elle.
Selon la responsable de ladite entité, la mission de l’Ipar est de contribuer au développement économique et social au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.
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L’Ipar a une vocation régionale dans la mesure où il mène des activités dans plus de 10 pays en Afrique de l’Ouest et conduit aussi des recherches et des analyses des politiques publiques.
« Nous accompagnons également les acteurs pour créer des espaces de dialogue entre les chercheurs, l’administration publique, les collectivités territoriales, les organisations de producteurs, la société civile et les partenaires de développement », souligne-t-elle.
Laure Tall indique que l’Ipar se focalise sur diverses thématiques comme les exploitations familiales, les systèmes alimentaires résilients ainsi que la gestion des ressources naturelles et foncières.
« L’Ipar s’intéresse aussi aux objectifs de développement durable en lien avec les transitions territoriales et les changements climatiques, et à l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle », renseigne-t-elle.
« Au sein de l’Ipar, nous voulons transformer ces données, rapports, résultats de recherche en analyses qui vont être accessibles, en recommandations qui pourront être actionnables par les décideurs et en espaces de dialogue qui vont permettre d’éclairer la formulation, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques », conclut-elle.
Le directeur de la recherche du think tank Wathi, Babacar Ndiaye, rappelle, de son côté, que leur structure qui a formellement démarré ses activités le 1er septembre 2015, a comme ambition de mettre à la disposition de l’Afrique de l’Ouest et du continent une plateforme ouverte, créative et indépendante au service de l’amélioration du bien-être collectif présent et futur des populations.
« Notre mission est d’animer un débat public informé sur les questions essentielles pour l’avenir de la région ouest-africaine : institutions et gouvernance politiques, paix et sécurité, systèmes de santé, systèmes éducatifs, recherche scientifique, emploi et diversification économique, lutte contre la corruption et égalité de genre, adaptation au changement climatique, développement durable, intégration africaine et relations de l’Afrique de l’Ouest avec les autres régions », déclare-t-il.
Dans cette tâche, il informe que Wathi collabore avec des Ong et organisations de la société civile, des universités et institutions de recherche/formation afin de promouvoir un débat informé et de valoriser le travail des organisations de la société civile dans leurs domaines respectifs.
Abordant la question du financement souvent problématique chez les think tanks, M. Ndiaye entend jouer la carte de la transparence.
« Le financement repose sur un mélange (« mix ») de sources en provenance des institutions et fondations partenaires : la Fondation Bill & Melinda Gates, Osiwa (Open Society Initiative for West Africa devenue Open Society Foundations), la fondation allemande Konrad Adenauer (Kas), l’Aecid (coopération espagnole), l’ambassade du Canada ou de l’Irlande au Sénégal, entre autres, généralement dans le cadre de projets précis », renseigne-t-il.
Il s’y ajoute que le financement peut provenir de la cotisation des membres de l’association ou de dons citoyens.
« Les membres de l’association versent une cotisation annuelle afin de soutenir Wathi, tandis qu’un cercle plus large d’ »Amis de Wathi » contribue par des dons volontaires », informe-t-il.
De son côté, Laure Tall de l’Ipar souligne que le financement de leur entité se fait à travers des programmes et projets de recherche sous forme de conventions de partenariat et de projets compétitifs que l’institution a obtenus.
« L’Ipar collabore avec des institutions à l’échelle nationale, régionale (Afrique de l’Ouest et continentale) et internationale. Au Sénégal, on peut avoir un contrat de partenariat qui nous permet d’avoir un financement, comme avec le Fonds national de recherches agricoles et agro-alimentaires (Fnraa). »
Diversification des financements
« On peut également avoir un projet financé par l’Uemoa, l’African Climate Foundation (basée en Afrique du Sud), la Banque mondiale, la Fao et d’autres agences de l’Onu ou encore l’Agence française de développement (Afd) », explique Mme Tall.
Selon elle, le financement représente l’un des plus grands défis pour les think tanks en Afrique.
« L’enjeu en termes de financement pour les think tanks, c’est de diversifier les ressources et de développer, quand c’est possible, des financements institutionnels, c’est-à-dire des financements qui ne sont pas destinés à des activités de projet, mais au développement de l’institution », dit-elle.
« Nous devons aussi chercher des financements qui sont pluriannuels et, autant que possible, mobiliser des ressources nationales. Et donc ça, c’est ce qui peut permettre à une institution comme l’Ipar de se pérenniser, mais également de garder une forte autonomie intellectuelle », plaide-t-elle.
Concernant les défis à relever pour garantir la pérennité des think tanks, Babacar Ndiaye se veut plus clair :
« Les défis que doivent rencontrer les think tanks sont liés à une forte dépendance aux financements extérieurs (bailleurs et fondations internationales) qui pose des questions de pérennité des think tanks. Le lien est encore inégal entre production de connaissances et décision politique, et l’enjeu est de toucher un public plus large que les cercles d’experts », conclut-elle.
Par Mamadou Makhfouse NGOM

