Au marché de Boucotte, à Ziguinchor, le ditakh s’impose comme une source de revenus pour de nombreuses femmes commerçantes et transformatrices. Mais derrière cette activité florissante, la récente hausse de la taxe sur les fruits forestiers suscite inquiétudes et revendications au sein des acteurs de la filière.
C’est la période faste. Les « ditakhs » inondent la partie « syndicat » du marché de Boucotte, à Ziguinchor. Les offres varient des tas aux paniers, seaux et bassines. Toutes les bourses sont servies. Les clients ont le choix entre des ditakhs cassés, mais frais et des non cassés.
« Mes ditakhs sont très bons, ce sont les ditakhs de Thiobon », chantonne Mariama Goudiaby pour attirer la clientèle. La jeune dame, négligemment habillée, rend grâce à Dieu. Son petit commerce lui permet de vivre dignement.
« Je m’en sors bien. Le ditakh n’est pas cher à bord de champ. Je l’achète à Thiobon ou à Kataba. C’est plutôt le transport qui est coûteux », révèle-t-elle.
En face d’elle, une autre dame propose du jus de ditakh. Elle vend la bouteille à 100 FCfa. Astou s’active dans la vente de jus de fruits tropicaux depuis plusieurs années. Le « ditakh » lui rapporte plus que les autres fruits.
« Avec le ditakh, les pertes sont minimes. Ce fruit ne demande pas beaucoup de conservation. Plus c’est naturel, mieux c’est », précise la jeune dame.
Après le marché de Boucotte, cap sur une unité de transformation implantée dans la commune de Ziguinchor. Le lieu est calme, très bien entretenu, mais désert.
« Les employés ne sont pas encore là », souligne, souriante, Elisabeth Huguette Peggy Bâ. La présidente de Jysic est la seule présente en cette matinée du 30 décembre 2025.
Dans cette unité de production, l’arôme du ditakh titille les narines du visiteur. À l’intérieur, des congélateurs çà et là, des paniers remplis de « ditakh », une balance de pesage, des affiches et du matériel de production constituent le décor.
Peggy Bâ confectionne des délices à base de ce fruit forestier qu’elle achète auprès des cueilleurs de Thiobon. Pourquoi ce village ? Elle explique : « Ils se sont constitués en coopérative et sont donc mieux outillés pour nous fournir du ditakh en quantité et de très bonne qualité. En plus, cela facilite la traçabilité ».
Mme Pereira est le point focal de plusieurs entrepreneurs installés dans le nord du pays, à qui elle expédie du ditakh. Elle fournit également de la pulpe de « ditakh » aux entreprises ne disposant pas de dépulpeuses et souhaitant transformer.
Avec le « ditakh », elle fabrique de la marmelade, du sirop, du jus et de la poudre. En revanche, sa principale difficulté demeure la non-disponibilité, à temps, de la matière première.
Diminution de la taxe sur les fruits forestiers
La taxe sur les fruits forestiers a connu une hausse, passant de 15 à 50 FCfa le kilogramme. Cette taxation du « madd », du « ditakh », du « solom », entre autres, est déplorée par les Pme/Pmi locales impliquées dans la valorisation de ces produits.
« Cette taxe est énorme. Pour nous, les transformatrices, elle augmente le prix de revient du produit et se répercute, par conséquent, sur le prix de vente », regrette Elisabeth Huguette Peggy Bâ.
Elle dénonce également une double imposition dont elle se dit victime. « J’ai payé la taxe forestière pour que la matière arrive ici, à l’unité de transformation. Au bureau des Eaux et Forêts, on paie encore pour que le ditakh puisse être acheminé vers le nord du pays. Il y a donc une double imposition », explique-t-elle.
Pour éviter cette situation, la transformatrice propose d’indiquer sur le quitus une durée couvrant le transfert vers les autres régions du pays.
« Il suffit de préciser auprès des agents forestiers qu’il s’agit d’un produit destiné à être envoyé au Nord », plaide-t-elle.
À défaut de maintenir la taxe à 15 FCfa le kilogramme, elle souhaite qu’elle soit fixée à 20 FCfa, au lieu de 50 FCfa. Pour elle, comme pour de nombreuses autres transformatrices et commerçants, une sensibilisation est nécessaire afin de faire comprendre l’importance et l’impact des taxes.
Un décret du ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, fixant les taxes et redevances en matière forestière, a ainsi établi la taxe sur le ditakh à 50 FCfa le kilogramme, contre 15 FCfa auparavant.
Par Kadidiatou SONKO (Correspondante)

