Une table ronde consacrée au dialogue sur la politique de pêche au Sénégal s’est clôturée, hier, à Saly. Ce séminaire, organisé par la Fondation Konrad Adenauer, a été l’occasion pour les acteurs du secteur de la pêche d’échanger autour des accords de pêche avec l’Union européenne, des licences et des difficultés rencontrées par les acteurs de la pêche artisanale et industrielle.
Une rencontre a réuni, du 19 au 21 août, plusieurs acteurs du secteur de la pêche à Saly. Cette initiative de la Fondation Konrad Adenauer a permis aux responsables du secteur d’échanger sur la situation de la pêche au Sénégal, les difficultés rencontrées par les professionnels et les relations du Sénégal avec l’Union européenne. Pour le représentant du président du Haut Conseil du dialogue social, Alpha Youm, la tenue de cette rencontre permet aux différents acteurs de disposer du même niveau d’information sur le secteur.
« Nous sommes très satisfaits d’être ici parce qu’on a un cadre qui nous permet d’avoir une visibilité sur le secteur de la pêche, d’identifier les problèmes et les difficultés que rencontrent la pêche artisanale et la pêche industrielle, ainsi que le partenariat », a-t-il déclaré. Selon ce dernier, la pêche est un secteur « porteur de croissance et créateur d’emplois» qui doit être restructuré. «Parmi les principales recommandations, il y a le renforcement des moyens consacrés à la sécurité maritime et la poursuite du dialogue entre les acteurs de la pêche artisanale et ceux de la pêche industrielle. C’est une obligation pour restructurer le secteur», a déclaré Alpha Youm, tout en appelant à revoir et à « améliorer le partenariat entre le Sénégal et l’Union européenne, dans l’intérêt du pays ».
Les conditions pour de nouveaux accords
Pour sa part, Massal Fall, vétérinaire biologiste de la pêche et enseignant-chercheur au département Pêche et Aquaculture et Conservation des ressources, considère que les accords de pêche entre le Sénégal et l’Union européenne ont considérablement évolué.
« Les accords de pêche ont connu plusieurs évolutions au fil des années, notamment en ce qui concerne les conditions d’accès aux ressources et leur encadrement », a-t-il expliqué. De ce fait, le chercheur estime que la question du surplus de production est importante dans la conclusion d’un accord de pêche. Dans ce sillage, l’accord entre l’UE et le Sénégal n’est plus avantageux pour l’État sénégalais, pense-t-il. « On ne peut négocier des accords que quand on a des surplus de production. Quand vous n’avez plus ce surplus de production, vous ne pouvez pas signer des accords de pêche », a-t-il soutenu. Dans ce contexte, Massal Fall estime que le Sénégal doit faire preuve de prudence dans l’octroi de nouvelles licences et la conclusion d’accords avec des partenaires étrangers. Pour lui, la priorité doit être accordée aux besoins de la population et à la préservation des ressources halieutiques.« Au-delà même de l’Union européenne, théoriquement, le Sénégal ne peut signer aucun accord avec un quelconque État tiers », a-t-il déclaré.
Pour sa part, l’économiste Moustapha Dème a relevé plusieurs difficultés qui affectent le secteur, notamment la surpêche, la surcapacité de la flotte, le surinvestissement et la pêche illicite. « Aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment de poissons pour les Sénégalais, malgré ce potentiel halieutique », a-t-il déploré. Selon lui, une partie importante des ressources débarquées est destinée aux marchés extérieurs, alors que les besoins du marché national restent importants. L’économiste déplore l’exportation de produits halieutiques en l’état , notamment les petits pélagiques congelés entiers, puis ensuite transformés dans d’autres pays. « Les femmes transformatrices auraient pu accéder à cette matière, transformer ces produits et permettre au Sénégal d’exporter des produits élaborés, transformés, qui créent de la richesse nationale, de la valeur ajoutée et consolident les emplois », a-t-il soutenu.
Marième Fatou Dramé


