Les produits de l’élevage deviennent de plus en plus chers. La dernière hausse en date est celle du kilogramme de viande à l’étable. Cette tendance a plusieurs causes, selon les acteurs. Par ordre, il s’agit de la cherté des aliments destinés au bétail et d’une demande supérieure à l’offre.
Désormais, il faut débourser 5 000 FCFA pour un kilogramme de viande de bœuf et 6 000 FCFA pour son équivalent en mouton. Cette barre a été franchie il y a peu de temps, car il y a juste 3 semaines, le prix était de 4 800 FCFA. Une somme déjà jugée assez élevée par plusieurs consommateurs.
Mais la nouvelle règle du marché a fini de s’imposer. L’instabilité du prix de la viande au Sénégal est de plus en plus fustigée par les consommateurs tout comme les bouchers. Les deux déplorent une situation qui semble les dépasser.
Si les consommateurs voyaient venir cette augmentation, les bouchers, eux, disent juste suivre une tendance haussière notée dans les foirails et autres marchés de bétail.
Mamadou Mansour Dia est un acheteur régulier à l’étable. Père de famille, il a pour habitude de s’approvisionner au marché Diamaguène au moins une fois par semaine. En bientôt 70 ans d’existence, c’est la toute première fois qu’il se souvient d’un prix aussi élevé pour un kilogramme de viande de bœuf.
Dépité, il se résout à acheter malgré lui 4 kilogrammes de viande, soit 20 000 FCFA, pour une consommation de 4 jours maximum. Mamadou se retrouve ainsi pris au piège de ses habitudes alimentaires, mais surtout d’un marché où tout coûte cher.
« Je n’ai vraiment pas le choix que d’acheter au prix fixé puisque c’est partout pareil. Cela fait plusieurs décennies que je viens moi-même au marché pour acheter principalement de la belle viande, mais je suis étonné de voir la vitesse à laquelle le prix du kilogramme évolue. C’est une denrée en constante augmentation. Et franchement, j’avoue ignorer les causes exactes de cette flambée », s’étonne le vieil homme à la calvitie dégoulinante de sueur.
Tout comme elle inquiète les consommateurs, cette hausse du coût de la viande indispose les bouchers. En effet, cette situation ralentit fortement leurs ventes, ce qui prolonge la durée de stockage de la viande et alourdit considérablement leur facture d’électricité. C’est la principale inquiétude de Mamadou Ba, boucher au marché de Diamaguène.
Une demande supérieure à l’offre
D’une dextérité remarquable, il découpe un quasi de veau avec précision. Avec un gant en maille d’acier pour protéger ses doigts, il tranche au millimètre près pour servir à ses clients la quantité exacte demandée. Selon lui, la hausse du prix de la viande ne constitue pas un surplus de bénéfices pour les bouchers. Bien au contraire, dit-il, elle vient compenser une autre qui n’est pas de leur ressort.
« Le bétail coûte de plus en plus cher. Face à cette situation, nous n’avons d’autre choix que de suivre la tendance au risque d’enregistrer des pertes importantes », explique le jeune homme. D’ailleurs, Mamadou souligne qu’il leur est de plus en plus difficile de trouver des sujets bien en chair et les causes sont multiples.
Durant la période de la Tabaski, beaucoup d’éleveurs s’étaient plaints du prix élevé des aliments de bétail. Il s’avère que la situation est restée inchangée. Pour l’instant, pour plusieurs acteurs, il s’agit de la principale cause justifiant l’augmentation du prix du kilogramme de viande de bœuf.
En effet, pour l’engraissement, les éleveurs ne comptent pas uniquement sur la disponibilité du pâturage ; ils associent à cette alimentation des compléments à base de maïs et de tourteaux d’arachide ou de coton. S’agissant du dernier produit, le sac de 50 kilogrammes est passé de 15.000 à 20.000 FCfa.
Selon Mamadou Sylla, éleveur de bovins en milieu périurbain (Mbao), cette situation explique, en partie, la hausse enregistrée sur la table du boucher.
« L’entretien des animaux coûte cher. L’embouche bovine n’est même plus un business rentable, car pour que le sujet ait un bel embonpoint en moins de trois mois, nous sommes obligés de le nourrir avec des aliments enrichis. Or, ces derniers ont connu une hausse notoire depuis plusieurs mois. La conséquence directe est logiquement l’augmentation du prix du kilogramme de viande », argumente l’éleveur.
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Mamadou Sylla ajoute le fait que la demande en viande est devenue supérieure à l’offre. Il relève que le marché local n’est pas à même de répondre aux besoins de la population sans qu’il y ait augmentation des prix. D’autres confirment sa théorie sur le déséquilibre entre l’offre et la demande. Parmi eux, Aladji Mbaye Thioune, un revendeur (« téfanké ») de bovins.
Originaire de Touba, ce dernier explique que la crise s’est bien fait sentir durant le Grand Magal célébré le 2 août 2026. Selon lui, cette année, les bœufs étaient particulièrement moins nombreux dans les foirails, notamment à Mbacké.
« À la veille du Magal, il y avait plus d’acheteurs que de vendeurs au marché de Mbacké. J’ai vu plusieurs personnes qui se sont résolues à acheter des moutons à la place, car les prix des quelques maigres bœufs qui restaient encore étaient très élevés », témoigne-t-il.
Aladji Mbaye pointe du doigt la succession des grands évènements de haute consommation. Même s’il admet qu’ils sont des constantes dans l’agenda national, il souligne surtout le fait que le Sénégal est en train d’atteindre ses limites dans l’approvisionnement.
Pour pallier la hausse, il suggère d’abord que les prix des aliments de bétail soient prioritairement revus à la baisse et que l’État veille à ce que les génisses soient mieux protégées. « On en envoie de plus en plus à l’abattoir », regrette le revendeur.
Assane FALL


