Les laveries, blanchisseries ou pressings se multiplient dans les quartiers dakarois, séduisant une clientèle en quête de gain de temps. Derrière ce commerce florissant, les investisseurs font face à de nombreux défis : loyers en hausse, factures d’électricité élevées, produits détergents coûteux et machines souvent en panne.
Dans les ruelles animées de la Médina, quartier populaire de Dakar, l’animation ne faiblit jamais. Les vendeurs de café interpellent les passants, tandis que motos et véhicules se disputent des routes étroites, créant de longs embouteillages. C’est dans cette atmosphère bruyante que s’est implanté un phénomène grandissant : les laveries, également appelées pressing ou blanchisseries. Discrètes ou ostensibles, elles ont investi presque tous les coins des quartiers de la capitale, proposant des services allant du simple lavage au repassage complet. Automatiques ou traditionnels, ces établissements attirent une clientèle de plus en plus nombreuse, séduite par la commodité d’un service clé en main.
Devant son magasin situé au cœur de la Médina, Alpha Bâ supervise son équipe de trois employés. Des vêtements déjà lavés sèchent au soleil, exposés à la vue de tous. À l’intérieur, l’espace est encombré de sacs en plastique contenant des vêtements de toutes sortes et de qualités diverses. Le bruit des machines à laver perturbe parfois les conversations.
Voilà plus de cinq ans que cet homme au teint clair dirige son affaire, qu’il dit « rentable malgré les difficultés ». « J’ai hérité de deux grandes machines, mais j’en ai acheté deux autres d’occasion : l’une à 200.000 FCfa et l’autre à 125.000 FCfa », confie-t-il.
Des tarifs diversifiés
Son activité consiste à accueillir les clients venus déposer leur linge sale, qu’il pèse avant de convenir d’un prix. En effet, chez Alpha Bâ, la tarification est négociable. Face à la rareté des clients, certains jours, il accepte des prix revus à la baisse pour garantir un chiffre d’affaires minimal.
Les services proposés se déclinent en trois formules : le lavage seul, le lavage avec séchage et le service complet incluant le repassage. « Pour le lavage sans séchage, c’est entre 200 et 300 FCfa le kilogramme. Avec séchage, comptez entre 400 et 600 FCfa. Et pour le lavage, séchage et repassage, le tarif est de 750 à 800 FCfa le kilogramme », détaille-t-il.
Le mode de paiement varie selon les clients. Certains règlent la totalité après pesée, d’autres versent la moitié et s’acquittent du reste au retrait, tandis que quelques-uns ne paient qu’à la récupération du linge.
À quelques pas de là, Moulay Salif Diallo gère sa propre laverie avec l’aide de sa sœur. Malgré les klaxons incessants et les eaux usées stagnantes devant son local, il vaque à ses occupations. En sueur, il explique utiliser quatre machines : deux pour le lavage, une combinant lavage et séchage et une autre faisant du séchage uniquement. Un fer à repasser complète l’équipement.
« La machine à sécher m’a coûté 80.000 FCfa ; celle qui fait le lavage et le séchage, entre 150.000 et 200.000 FCfa, et celles pour le lavage seul, 90.000 FCfa chacune », précise-t-il. Toutes ont été acquises d’occasion, à l’exception de la balance, achetée neuve à 14.000 FCfa.
Contrairement à Alpha Bâ, Moulay Salif Diallo applique des prix fixes : 300 FCfa pour le lavage simple, 500 FCfa pour le lavage avec séchage et 800 FCfa pour le service complet incluant le repassage. « Les nouveaux clients paient intégralement après pesée. Pour les habitués, je fais parfois preuve de compréhension », affirme-t-il.
À Fass, non loin de la Médina, une atmosphère similaire règne. Chez l’un des points de laverie automatique de l’entreprise « Fotall service », les machines industrielles sont installées à ciel ouvert. Lissa Sarr, la directrice commerciale, indique que ces machines sont de deux catégories : celles pouvant contenir un volume de 9 kg et d’autres de 20 kg.
« Pour un volume de 9 kg, le lavage et le séchage sont facturés à 4.500 FCfa. Si on y ajoute le repassage, le client doit débourser 3.000 FCfa de plus ; ce qui fait un total de 7.500 FCfa. Pour les 20 kg, le lavage et le séchage sont à 6.000 FCfa, et le repassage à 5.000 FCfa », détaille-t-elle. L’entreprise compte environ une trentaine d’employés, ajoute Lissa Sarr.
Pape Ndiaye, client fidèle depuis plus de deux ans, ne tarit pas d’éloges sur ces services. Auparavant, il devait faire appel à une lingère à domicile. « Mais, tu sais ce que ça coûte ? Il fallait payer le lavage, acheter le repas pour la personne, sans oublier les détergents et les petites dépenses qui s’accumulent. Le pire, c’était le temps que je perdais », se souvient-il.
Désormais, il dépose son linge le matin et le récupère propre, plié et prêt à porter. « Je gagne au moins une demi-journée par semaine », affirme-t-il.
Pape reste toutefois lucide : toutes les laveries ne se valent pas. « Tu récupères parfois ton linge et tu te demandes si ça a vraiment été lavé », lâche-t-il. Selon lui, le choix de l’adresse est primordial.
Derrière ces tarifications et ces chiffres d’affaires se cachent des difficultés pesantes pour les investisseurs. Alpha Bâ évoque en premier lieu le coût du loyer. « Depuis que j’occupe les lieux, le loyer est passé de 125.000 à 250.000 FCfa par mois. J’en ai parlé plusieurs fois avec mon bailleur, mais il refuse de revoir le montant à la baisse », déplore-t-il.
Des difficultés ne manquent pas
Le coût de l’électricité représente une charge supplémentaire considérable. « Malgré un budget quotidien de 5000 FCfa, il arrive que la recharge ne couvre pas l’ensemble de la journée », fustige Alpha.
S’y ajoutent les dépenses en produits détergents : lessive en poudre, désinfectant, savon liquide dont le bidon de 20 litres peut atteindre 30.000 FCfa.
Un autre problème, plus inattendu, est soulevé par Alpha Bâ : certains clients déposent leur linge et ne reviennent jamais. « Les vêtements peuvent rester ici indéfiniment sans que leur propriétaire ne vienne les récupérer », fait-il savoir.
Pour Moulay Salif, les difficultés sont similaires : loyer, eau, électricité et machines qui tombent souvent en panne. Pour son local exigu, il paie 200.000 FCfa de loyer mensuel et recharge au minimum 5.000 FCfa d’électricité par jour.
Malgré ces obstacles, ces entrepreneurs continuent de faire tourner leurs affaires, convaincus que ce secteur en pleine expansion offre encore de belles perspectives.
Par Aziz Méthiour NDIAYE (Stagiaire)

