Après Aéré Lao, dans le département de Podor, la Haute Autorité du Waqf et Heifer International Sénégal ont procédé, jeudi 22 octobre, à la remise de 100 chèvres et 10 boucs à Missira Wadène, dans le cadre du Waqf agricole public d’élevage de chèvres (WAPEC). Le projet vise 2 000 femmes et jeunes dans dix communes des départements de Podor et de Koungheul.
La Haute Autorité du Waqf (HAW) et Heifer International Sénégal poursuivent le déploiement du Waqf agricole public d’élevage de chèvres (WAPEC). Deux jours après une première étape à Aéré Lao, dans le département de Podor, les deux partenaires ont procédé, jeudi 22 octobre, au placement de 110 caprins à Missira Wadène, dans le département de Koungheul.
La cérémonie, présidée par Moustapha Seck, adjoint au sous-préfet de l’arrondissement de Missira Wadène, s’est déroulée en présence des autorités administratives, des élus locaux et des partenaires du projet. Le lot remis comprend 100 chèvres et 10 boucs. À l’échelle du département de Koungheul, 500 chèvres et 50 boucs doivent être placés dans cinq communes.
Premier waqf public agricole consacré à l’élevage caprin, le WAPEC prévoit la remise progressive de 1 000 chèvres et 100 boucs à 2 000 femmes et jeunes, regroupés en 100 groupements dans dix communes des départements de Podor et de Koungheul. D’un coût de 148,45 millions de FCfa, le projet est financé sur les fonds propres de la HAW, tandis que Heifer International Sénégal assure sa mise en œuvre technique.
Un mécanisme de solidarité durable
Au-delà de la remise des animaux, le projet repose sur un principe de transmission. Chaque famille bénéficiaire devra remettre à une autre le même nombre d’animaux reçus, tout en partageant les connaissances acquises. Un mécanisme qui vise à étendre progressivement les retombées du programme à d’autres ménages.
Pour le directeur général de la HAW, Dr Ahmed Lamine Athie, l’ambition est de « faire du waqf un instrument concret de lutte contre la pauvreté, de sécurité alimentaire et de revenus durables pour les femmes et les jeunes ».
Il rappelle que « le waqf est un bien que l’on donne pour toujours, afin que ses fruits profitent à la communauté ». Dans cette logique, il a invité les bénéficiaires à prendre soin des animaux « comme d’un dépôt, un dënkaane », soulignant leur responsabilité envers les familles qui recevront, à leur tour, des animaux.
Le directeur national de Heifer International Sénégal, Dr Daouda Ndao, a également insisté sur l’importance de la gestion et de l’accompagnement. Le placement « prendra tout son sens lorsque les animaux seront bien entretenus, que les groupements géreront leurs ressources avec rigueur et que les acquis bénéficieront progressivement à d’autres familles ».
Pour lui, « recevoir permet de démarrer ; transmettre permet à d’autres de progresser à leur tour ». Le responsable a rappelé que Heifer accompagne plus de 231 000 familles au Sénégal depuis 2007, tout en soulignant que la réussite du projet dépend de l’organisation des bénéficiaires, de la formation, du suivi technique et de l’assurance, et « non le seul nombre d’animaux remis ».
De l’élevage à la création de revenus
L’accès au financement constitue également un enjeu pour assurer la viabilité des activités. Représentant Al Rahma Microfinance Islamique, Cheikhou Oumar Sall a présenté les possibilités d’accompagnement de l’institution, qui entend financer sans intérêt les différentes étapes de la chaîne de valeur, des intrants à l’élevage, en passant par la transformation et la commercialisation.
« Une chèvre seule, c’est un animal. Une chèvre bien nourrie, bien soignée, dont le lait est transformé et le produit vendu au juste prix, c’est une entreprise », a-t-il illustré, assurant que l’institution serait aux côtés des bénéficiaires « du troupeau au marché ».
Au nom du ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, Dr Abdou Karim Diaw a salué une initiative susceptible de faire du waqf un levier de développement économique et social. Selon lui, la mise à disposition d’actifs productifs aux femmes et aux jeunes contribue « à transformer l’assistance en autonomisation économique durable ». Il a souhaité que l’expérience soit « consolidée et étendue à d’autres territoires du Sénégal ».
Formation et assurance pour sécuriser les acquis
La remise des animaux intervient après plusieurs mois de préparation. Dans le département de Koungheul, 50 assemblées villageoises ont mobilisé 520 personnes, dont 351 femmes. Les groupements ont bénéficié de formations en leadership, genre, gouvernance et bonnes pratiques d’élevage. Ils ont également mis en place leurs systèmes d’épargne et de crédit.
La sécurisation du cheptel figure parmi les autres composantes du programme. Chaque animal est identifié par une boucle portant un numéro unique et bénéficie d’une assurance bétail assurée par la Compagnie nationale d’assurance agricole du Sénégal (CNAAS), en collaboration avec Heifer International Sénégal.
La couverture s’étend sur un an. En cas de sinistre, l’éleveur perçoit 80 % de la valeur assurée. La subvention de l’État permet, par ailleurs, de ramener la prime d’assurance de 8 % à 4 %.
Au nom des groupements bénéficiaires, Yacine Seck a remercié les autorités et les partenaires, tout en soulignant les retombées attendues sur le quotidien des familles. Elle a plaidé pour la pérennisation et l’élargissement du projet.
Inscrit dans l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, le WAPEC entend contribuer à la souveraineté alimentaire, à la structuration des chaînes de valeur agricoles et au renforcement de la résilience des ménages. Les placements doivent se poursuivre dans les quatre autres communes de Koungheul et dans celles de Podor, selon le calendrier opérationnel.
A.N


