À seulement 18 ans, le pensionnaire du Prytanée militaire de Saint-Louis vient de réaliser un exploit inédit en conservant son titre de meilleur élève du Sénégal. Derrière cette performance, un jeune homme discret, discipliné et passionné de savoir.
Dans la lumière du Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, les applaudissements saluent les meilleurs élèves du Sénégal. Au milieu des lauréats, un visage reste familier. À 18 ans, Ahmed Babou retrouve la plus haute marche du Concours général. Pour la deuxième année consécutive, le pensionnaire du Prytanée militaire de Saint-Louis est sacré meilleur élève du Sénégal. Une consécration qui n’a pourtant rien d’un coup d’éclat. Chez lui, l’excellence est devenue une habitude.
Avec 68 points, le nouveau bachelier de la série S1 s’impose dans une compétition qui a réuni 3 590 candidats venus des établissements publics et privés. Sa récolte est impressionnante : quatre premiers prix en français, en citoyenneté et droits de l’Homme, en dissertation philosophique et en physique. Des distinctions qui témoignent d’une intelligence capable de naviguer avec la même aisance entre les sciences exactes et les humanités.
Pour ceux qui le côtoient au quotidien, cette performance ne surprend guère. Elle est le prolongement naturel d’un parcours construit avec patience, méthode et régularité.
Une promesse devenue réalité
Trois ans plus tôt, Ahmed Babou attirait déjà l’attention. En 2023, il obtenait son Brevet de fin d’études moyennes avec une moyenne exceptionnelle de 19,33. Interrogé à l’époque par Le Soleil sur son avenir, l’adolescent de 15 ans refusait de se projeter. Son objectif était simple : continuer à progresser jusqu’au Concours général. Il n’imaginait sans doute pas que ce rendez-vous deviendrait son terrain de prédilection.
Au Prytanée militaire de Saint-Louis, où l’exigence est une règle de vie, le jeune enfant de troupe s’est rapidement distingué. Pas seulement par ses notes, mais par son attitude. « C’est un élève discipliné, curieux et travailleur, toujours à la quête du savoir », résume le colonel Abdoulaye Mbengue, commandant de l’établissement. Son regard se fait presque admiratif lorsqu’il évoque celui qu’il considère comme « l’exemple type de l’enfant de troupe ». « Son comportement militaire, sa tenue et son langage sont irréprochables », insiste-t-il.
Les responsables de l’école avaient très tôt identifié son potentiel. « Nous avons tout fait pour qu’il poursuive sa scolarité ici. Depuis la Sixième, il se distingue par une qualité essentielle : la constance dans le travail et le goût du travail bien fait », confie le colonel Mbengue. Plus que ses performances, c’est son insatiable curiosité qui frappe ses encadreurs. « Chez Ahmed, la curiosité n’est pas un défaut. Elle est une force. Il cherche toujours à comprendre, à apprendre davantage. »
Cette soif de connaissance se traduit dans ses résultats. Au fil des années, les distinctions s’accumulent : prix d’excellence de sa classe, premiers prix en mathématiques, sciences physiques, français, anglais et espagnol, sans oublier les récompenses en sciences de la vie et de la Terre, histoire-géographie ou encore éducation civique.
Le calme des grands ambitieux
Pourtant, rien chez Ahmed Babou ne rappelle l’image du génie inaccessible. Sa mère, Farima Amar Babou, décrit un jeune homme « sociable, respectueux et persévérant », attaché au travail bien fait mais restant un adolescent comme les autres. Il suit le football avec passion, fréquente les réseaux sociaux avec modération et partage les mêmes centres d’intérêt que les jeunes de sa génération.
Son ambition est désormais de poursuivre des études en sciences physiques et en mathématiques. Si la carrière militaire reste une possibilité, son inclination naturelle le porte davantage vers le monde de la recherche et des sciences.
Lorsqu’on lui demande le secret de sa réussite, Ahmed Babou ne parle ni de talent ni de don. Son message tient en quelques mots : « Il faut toujours repousser ses limites, cultiver l’excellence et travailler sans relâche. L’excellence n’est pas innée, elle se cultive. » Une conviction qu’il prolonge par une réflexion plus large sur l’école sénégalaise, plaidant pour une « démystification des mathématiques », afin que davantage de jeunes osent s’engager dans les filières scientifiques.
Dans un Sénégal qui célèbre cette année les 60 ans du Concours général, Ahmed Babou incarne une génération qui rappelle que les plus belles réussites se construisent rarement dans l’urgence. Elles naissent de la discipline, de la curiosité et d’une fidélité quotidienne à l’effort. À 18 ans, le meilleur élève du Sénégal n’a peut-être pas encore choisi sa destination définitive. Mais il a déjà trouvé la méthode qui le conduit, inlassablement, vers les sommets.
Par Salla GUEYE

