Les acquis d’apprentissage et de compétences fondamentales (calcul, écriture et lecture) dans les systèmes éducatifs africains présentent des disparités notables selon les États. Il suffit de souligner que neuf enfants africains sur dix n’acquièrent pas les compétences de base en lecture, en écriture et en calcul, en quittant le cycle fondamental pour mesurer l’ampleur de ce phénomène qui suscite aujourd’hui plusieurs interrogations des acteurs de l’éducation.
Les compétences fondamentales (calcul, lecture et écriture) dans les systèmes éducatifs en Afrique ont encore fait l’objet d’une réflexion lors de la Conférence internationale Flex2026, tenue du 15 au 17 juillet à Lilongwe au Malawi. Le sujet est devenu une véritable préoccupation pour les États et les partenaires de l’éducation, toutes composantes confondues. Les statistiques font état de disparités criantes selon les pays. En effet, si des pays comme le Sénégal sortent un peu du lot avec des statistiques de plus en plus rassurantes par rapport à la moyenne régionale, il est admis que neuf enfants africains sur dix n’acquièrent pas les compétences de base en lecture, en écriture et en calcul à la fin du cycle fondamental. Au Sénégal, les évaluations du Programme d’analyse des systèmes éducatifs (Pasec) de la Confemen révèlent que seuls 65% des élèves démontrent une maîtrise suffisante en mathématique à la fin de l’école primaire en 2025 contre 58,8% en 2014. En lecture, ils sont 75% des effectifs à atteindre le niveau de maîtrise requis, selon les données de 2025 contre 61,1% en 2014. Ailleurs, en Afrique, dans des pays comme le Malawi, l’Ouganda (nombre important de populations réfugiées) ou encore au Nigéria où 1300 écoles sont détruites par Boco Kharam, ces chiffres ne dépassent guère les 32%. En Tanzanie, le programme d’accompagnement pédagogique Mewaka a permis de faire passer le taux de maîtrise en lecture dans le cycle fondamental de 64 % en 2021 à 90 % en 2025. Le Nigéria a étendu également l’approche Teaching at the right level (TaRL) à 12.000 écoles pour booster les acquis dans le domaine.
Pour inverser la tendance, le Malawi est en train de dérouler un programme dénommé Befit « Building education foundations through innovation and technology » (Construire les fondements de l’éducation grâce à l’innovation et à la technologie). Il consiste à utiliser des tablettes alimentées à l’énergie solaire dans les classes pour renforcer les compétences de base en mathématiques et en lecture des élèves du primaire. Celui-ci a touché près de 890.000 élèves et permis de former 17.900 enseignants.
Les progrès du Sénégal mis dans le cadre des initiatives développées dans le système éducatif national comme le Programme Lecture pour tous et le projet Élan (Écoles et langues nationales) n’ont pas manqué de retenir l’attention des acteurs au Malawi. Il a été recommandé à ce sujet un passage à l’échelle pour mieux vulgariser ce qui marche ailleurs en termes de bonnes pratiques.
Miser sur l’introduction des langues nationales
Selon Hari Menon de la Fondation Gates, pour développer les compétences de base, il faut investir davantage sur l’offre éducative, la formation des enseignants et le matériel pédagogique en accordant une attention particulière aux langues nationales. « Il est admis qu’un enfant qui apprend à lire, écrire et calculer dans sa langue maternelle a beaucoup plus de chance de réussir qu’un autre qui le fait dans une autre langue », a-t-elle indiqué, soulignant l’engagement de son institution à poursuivre son accompagnement auprès des États pour relever ce défi dans les systèmes éducatifs africains. Les compétences fondamentales, a-t-elle rappelé, englobent l’alphabétisation, le calcul et les aptitudes socio-émotionnelles essentielles que les apprenants acquièrent dès les premières années d’école. L’éducation préscolaire jette les bases d’un apprentissage fondamental réussi en préparant les enfants à l’école. Ces compétences fondamentales constituent le socle sur lequel se construisent tous les apprentissages, connaissances de niveau supérieur, favorisant ainsi un parcours d’apprentissage continu tout au long de la vie », a fait savoir le secrétaire exécutif de l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (Adea). Albert Nsengiyumva a affirmé qu’en se concentrant sur ce domaine, l’Adea, initiatrice du Flex (Fondation africaine d’apprentissage et d’échanges), vise à garantir que chaque enfant en Afrique possède les compétences nécessaires à sa réussite scolaire et professionnelle. Il n’a pas manqué de souligner à ce sujet, la nécessité de miser sur une approche globale de l’apprentissage en tenant compte des nouvelles technologies et l’intelligence artificielle assurant que les enfants soient non seulement préparés à l’école, mais aussi dotés de compétences essentielles pour s’épanouir au XXIe siècle. « Cette approche est cruciale pour améliorer les résultats scolaires et favoriser le développement global du continent », a affirmé l’ancien ministre Rwandais.
Pour accompagner les États dans cette dynamique, l’Adea a mis à profit les enseignements tirés de diverses pratiques éducatives du continent pour élaborer un outil de connaissances exhaustif. Comme l’a souligné le patron de l’association, ce document de référence s’appuie sur des expériences éducatives formelles et non formelles, couvrant différents groupes d’âge. Il aborde les compétences fondamentales communes de manière globale, en soulignant leur pertinence tout au long de la vie et en appuyant les décisions politiques et programmatiques grâce à une approche collaborative et adaptée.
Des outils pédagogiques à la disposition des États
« Le développement d’outils est un aspect essentiel de la stratégie de l’Adea. Par exemple, l’association a cocréé des ressources pertinentes, telles que le kit de démarrage pour l’apprentissage fondamental, afin d’aider les pays à mettre en œuvre l’enseignement des langues. Cela garantit que les ressources sont adaptées aux besoins spécifiques des différents systèmes et contextes éducatifs », a affirmé Albert Nsengiyumva.
Engagement de l’Union africaine
La Commission de l’Union africaine demeure pleinement engagée à accompagner les États membres pour traduire les engagements continentaux en amélioration concrète, mesurable des apprentissages fondamentaux dans nos systèmes éducatifs. À en croire Madougou Saïdou, représentant de la Commission à la Conférence Flex2026, celle-ci à travers la mise en œuvre de la Décennie de l’Union africaine 2025-2035, dédiée à l’éducation et au développement de compétences, est en train de mener une campagne pour lutter contre la pauvreté des apprentissages notamment dans le cycle fondamental. « Nous continuons à travailler aux côtés des États membres, de nos partenaires techniques afin d’améliorer et d’accélérer le progrès vers l’élimination de la pauvreté éducative », a-t-il affirmé, rappelant cependant que « la réussite ne sera pas en définitive mesurée au nombre de déclarations adoptées, de stratégies approuvées ou de conférences organisées ». Celle-ci, dit-il, « sera mesurée à la capacité de faire en sorte que chaque enfant qui vit dans un village, dans un quartier urbain défavorisé, dans une communauté touchée par les conflits, dans une région pastorale ou insulaire, puisse venir et comprendre avec aisance, maîtriser le calcul, résoudre les problèmes, exercer son esprit critique et participer pleinement à la vie de nos sociétés ». Il plaide aussi pour le renforcement des liens entre l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire, ainsi que la promotion d’une pédagogie structurée et de méthodes d’enseignement adaptées à l’âge qui, selon lui, « sont également cruciaux pour assurer une transition éducative harmonieuse aux enfants ». Madougou Saïdou reste convaincu que mettre fin à la pauvreté des apprentissages pour tous en Afrique n’est plus seulement une campagne, c’est une réalité. « Elle est en train de devenir un véritable mouvement continental grâce à l’engagement des acteurs de l’éducation », a-t-il affirmé. Il estime que les gouvernements doivent réunir les efforts nécessaires, mais aussi les communautés régionales, les partenaires au développement, la société civile, les chercheurs et le secteur privé autour d’un engagement commun. Celui de faire en sorte qu’aucun enfant africain ne soit laissé en rade de nos systèmes éducatifs.
Par Seydou Prosper SADIO (de retour du Malawi)

