Le rapport 2024-2026 de l’Histoire générale du Sénégal (Hgs) propose une chronologie en cinq grandes séquences. Des premiers peuplements aux alternances démocratiques, il restitue une construction nationale marquée par la circulation des hommes, la formation des royaumes, le commerce atlantique, la colonisation et les transformations de l’État indépendant.
L’histoire du Sénégal ne commence ni avec la colonisation ni avec l’arrivée des Européens sur les côtes atlantiques. Le rapport général 2024-2026 de l’Histoire générale du Sénégal (Hgs) inscrit la trajectoire nationale dans une durée de plusieurs millénaires. Il retient cinq périodes permettant de suivre les évolutions politiques, sociales, culturelles et économiques du territoire jusqu’en 2024.
La première période, des origines au Xᵉ siècle, est celle des premiers peuplements et de la formation des grands foyers humains. Les amas coquillers retrouvés sur le littoral, notamment dans le delta du Saloum, les mégalithes de Sine Ngayène et de Wanar ainsi que les anciens sites d’habitat montrent l’existence de communautés organisées.
Ces populations vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette avant de développer progressivement l’agriculture et l’élevage. Deux principaux berceaux se dégagent. Le premier se situe dans la vallée du fleuve Sénégal, espace de rencontre entre agriculteurs et pasteurs. Soninké, Sérère, Peuls, Wolof et groupes arabo-berbères y circulent ou s’y installent.
Le second se trouve dans le bassin de la Casamance, où se développe une civilisation du riz adaptée aux mangroves, aux fleuves et aux terres inondables. Les ancêtres des Diola, des Baïnouk et d’autres peuples du Sud y façonnent des modes de vie étroitement liés à l’eau. L’essor de l’empire du Wagadu, à partir du IVᵉ siècle, constitue une autre étape.
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Fondé par les Soninké, il contrôle une partie des routes commerciales transsahariennes et les zones aurifères. Son affaiblissement au XIe siècle entraîne des déplacements de populations et la diffusion de savoir-faire dans l’ensemble de la Sénégambie. La période intermédiaire, du Xe au XVe siècle, voit émerger de grandes formations politiques.
Dans la vallée, le Tekrour devient un État important et l’un des premiers espaces islamisés de la région. Plus au sud, l’expansion de l’empire du Mali favorise l’installation des Mandingues et la constitution du Gabbu. Dans l’espace septentrional, le Djolof se structure autour de la figure de Ndiadiane Ndiaye.
Le pouvoir royal se superpose alors aux organisations anciennes reposant sur les « Lamanes », considérés comme les premiers maîtres de la terre et les dépositaires des rites communautaires. La période atlantique, du XVᵉ au XIXe siècle, commence avec l’installation progressive des Européens sur les côtes. Gorée et Saint-Louis deviennent des pôles du commerce maritime.
L’intensification de la traite des esclaves déstabilise les sociétés, militarise certains royaumes et renforce le pouvoir des aristocraties guerrières. Cette époque est aussi marquée par les résistances des terroirs, les réformes religieuses et les mouvements de populations.
En 1776, la révolution Torodo transforme le Fouta Toro. Des marabouts renversent le pouvoir guerrier et instaurent un régime islamique. Dans les régions sérères, les royaumes du Sine et du Saloum préservent leurs structures politiques, leurs rites et leur autonomie.
Les Lébous, les Niominka et d’autres communautés maritimes consolident leurs activités de pêche, de navigation et de commerce. La période coloniale s’ouvre avec l’accélération de la conquête française au XIXᵉ siècle.
Contrôle des territoires et échanges
À partir de 1854, l’administration coloniale cherche à contrôler les territoires et les échanges. Lat Dior s’oppose notamment à la progression du chemin de fer dans le Cayor. El Hadj Omar Tall et Maba Diakhou Ba conduisent des projets politiques et religieux dans plusieurs régions.
En Casamance, diverses figures, dont Aline Sitoé Diatta, symbolisent la défense des communautés contre les réquisitions et les contraintes coloniales. La colonisation impose aussi de profondes mutations économiques. La culture de l’arachide transforme le Cayor, le Baol et le Saloum en un vaste bassin de production.
Les voies ferrées relient les zones agricoles aux ports, tandis que Dakar devient le centre administratif de l’Afrique occidentale française. Face à cette recomposition, les confréries religieuses créent de nouvelles formes de solidarité et d’organisation économique. Le mouridisme développe notamment des communautés agricoles structurées autour des daaras.
La cinquième période s’étend de 1955 à 2024. Elle englobe la lutte pour l’indépendance, la naissance de l’État moderne et les grandes transformations contemporaines. L’indépendance de 1960 ouvre une phase de centralisation administrative et de construction nationale. L’échec de la Fédération du Mali et la crise politique de 1962 montrent toutefois les difficultés de cette première étape.
La suite est marquée par les politiques de développement, les crises économiques, la dévaluation du franc Cfa en 1994 et les revendications sociales. Les alternances de 2000, 2012 et 2024 traduisent l’enracinement d’une culture démocratique portée par les citoyens des villes comme des campagnes.
Cette histoire récente reste traversée par la question casamançaise, les inégalités territoriales, l’emploi des jeunes et la gestion des ressources naturelles. En reliant ces cinq périodes, le rapport montre que le Sénégal moderne est le résultat d’une construction lente, faite de brassages, de résistances et de constantes recompositions.
Par Seydou Prosper SADIO

