Lancé en 2013 sous l’impulsion du regretté Pr Iba Der Thiam, le projet d’écriture de l’Histoire générale du Sénégal (Hgs), une œuvre monumentale rassemblant des centaines de chercheurs et d’historiens de renom, vise à doter le pays d’un ouvrage de référence complet allant des origines à nos jours. Présenté au chef de l’État, le 8 avril 2026, le rapport général 2024-2026 dudit projet revient sur une production de 45 ouvrages synthétisés en 9 volumes autour de cinq périodes historiques, à l’image de ce qui a été fait pour l’Histoire générale de l’Afrique (Hga).
L’Histoire du Sénégal est celle d’une construction humaine millénaire où le terroir, espace de vie façonné par une communauté, son économie et son identité, constitue la matrice fondamentale.
La nouvelle organisation proposée par l’Histoire générale du Sénégal (Hgs) doit transformer les travaux spécialisés en une œuvre nationale intégrée. Répartis en neuf volumes, les 45 ouvrages déjà produits, couvriront les fondements anciens, les formations politiques, les résistances, l’État colonial et les transformations de la société contemporaine, relate le rapport général 2024-2026 présenté le 8 avril 2026, au président de la République.
Le document parcouru par « Le Soleil », note un travail colossal abattu par les chercheurs et historiens de renom pour remettre l’histoire de notre Nation à l’endroit.
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La dispersion des recherches constitue l’un des obstacles à une compréhension globale de l’histoire du Sénégal. Pour y remédier, le rapport général 2024-2026 propose de regrouper les productions disponibles en neuf volumes articulés autour de cinq périodes. Cette architecture doit donner une continuité à des travaux portant sur des époques, des régions et des sujets très différents.
Le premier volume est consacré aux fondements et aux héritages du Sénégal ancien. Il rassemble les recherches sur les premiers peuplements, les mégalithes, les tumuli, les amas coquillers et les productions matérielles des civilisations sénégambiennes. Les rapports entre l’Égypte ancienne et l’Afrique noire, ainsi que les sources endogènes, doivent y être intégrés.
« L’objectif est de replacer le Sénégal dans le temps long des civilisations africaines », souligne le document.
Le deuxième volume traite de la construction politique et territoriale entre le Xe et le XVIe siècle. Il analyse le passage du système des « Lamanes » (maîtres de la terre) aux royautés et la formation progressive des espaces de pouvoir. Le « Lamanat » repose sur l’autorité des premiers occupants, la maîtrise de la terre et les fonctions rituelles. L’émergence des royaumes introduit une centralisation accrue et des institutions capables de fédérer plusieurs communautés.
Le troisième volume porte sur les dynamiques régionales et les ressources économiques entre le XIIIe et le XIXe siècle. Le Gabbu, formation majeure de l’espace mandingue, en constitue l’un des principaux sujets. Le rôle du sel dans la structuration des échanges et des territoires est également étudié.
« Cette ressource relie les régions sahéliennes, les zones côtières et les circuits commerciaux de longue distance », souligne le rapport.
Le quatrième volume examine les mutations politiques des XVIe et XVIIe siècles. Il revient sur l’émiettement de certains grands ensembles et sur la bipolarisation du Sénégal. Il ouvre également le récit vers le monde atlantique en intégrant les relations historiques et culturelles entre la Sénégambie et la vallée du Mississippi. Cette perspective permet de suivre la circulation forcée des populations africaines et la transmission de leurs savoirs dans les Amériques.
Le cinquième volume regroupe les études sur les résistances, les épreuves et le renouveau religieux entre 1815 et 1914. La conquête coloniale y est racontée à partir des réponses apportées par les sociétés sénégalaises. Maba Diakhou Ba, Cheikh Ahmadou Bamba, Serigne Koki Ndiaga Isseu Diop, Moussa Molo et plusieurs figures de la Casamance y occupent une place importante. L’expansion de la Tijaniyya et la naissance de la Muridiyya montrent que le XIXe siècle est aussi une période de profonde recomposition spirituelle et sociale.
Le sixième volume est consacré à l’appareil colonial et à ses acteurs entre 1854 et 1920. Il étudie les fonctionnaires, les auxiliaires civils, les militaires et les paramilitaires africains employés par l’administration française. Cette approche, qui renseigne le document, permet de comprendre le fonctionnement concret de la domination coloniale. Elle révèle aussi les positions parfois ambivalentes des intermédiaires africains, placés entre les exigences de l’administration et les réalités de leurs communautés.
Le septième volume porte sur les crises sociales et les mémoires militaires entre 1930 et 1960. La grève des cheminots de Thiès de 1938, le massacre de Thiaroye, la participation à la Seconde Guerre mondiale et l’engagement des tirailleurs en Indochine y sont réunis. Ces événements permettent de saisir la montée des revendications sociales et politiques ayant précédé l’indépendance.
Le huitième volume couvre la construction de l’État, les infrastructures et les conquêtes démocratiques. L’électrification, l’industrialisation et la mise en place des services publics sont mises en relation avec l’évolution des institutions. La démocratie est abordée comme le résultat de luttes et de mobilisations successives, et non comme un acquis spontané. L’histoire contemporaine de la Casamance y trouve une place.
Le neuvième volume rassemble les cultures, les identités et les traditions intellectuelles. Il associe l’historiographie, l’univers culturel wolof, le monde sérère, l’enseignement arabo-islamique, les familles maraboutiques, les métiers et l’histoire du sport. L’œuvre de Cheikh Anta Diop y est présentée comme une contribution déterminante au renouvellement de la pensée historique africaine.
Daouda DIOUF

