Des civilisations anciennes aux conquêtes démocratiques, les productions de l’Histoire générale du Sénégal (Hgs) couvrent un vaste champ de recherche.
L’Histoire générale du Sénégal (Hgs) dispose désormais d’un corpus scientifique couvrant de nombreux aspects de la trajectoire nationale. Le rapport général 2024-2026 fait état de 45 productions, comprenant des ouvrages déjà publiés et plusieurs travaux en cours. L’ensemble témoigne d’une volonté de dépasser l’histoire exclusivement politique pour embrasser les dimensions sociales, économiques, culturelles, religieuses et intellectuelles.
Les premiers ouvrages parus en 2019 ont porté sur la construction historique de l’espace sénégalais entre le XIe et le XVIe siècle, la première grève des cheminots de Thiès (septembre 1938), l’évolution du territoire du Xe au XVIe siècle, les résistances du XIXe siècle ainsi que les héritages des civilisations sénégambiennes. Ces publications ont posé les premières bases d’une histoire couvrant à la fois les périodes anciennes, la formation des pouvoirs et la conquête coloniale.
Une autre série publiée en 2023 s’est intéressée au Fouladou, aux fonctionnaires et auxiliaires de l’administration coloniale, aux relations historiques entre la Sénégambie et la vallée du Mississippi, à Cheikh Ahmadou Bamba, au processus d’émiettement politique et aux sources de l’histoire du Sénégal. Des recherches ont aussi été consacrées à Serigne Koki Ndiaga Isseu Diop, à l’évolution de la Tijaniyya et à la bipolarisation politique observée entre les XVIe et XVIIe siècles.
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Les projets à paraître élargissent davantage le champ. Certains portent sur les paysages mégalithiques du Sénégal et de la Gambie, l’agglomération de Bourofaye en Casamance et l’électrification du pays avant et après la nationalisation du service public. D’autres étudient les forgerons wolofs, le Diobass dans le monde sérère, la contribution des femmes à l’enseignement arabo-islamique ou les rapports entre l’Égypte ancienne et l’Afrique noire.
L’exploitation des ressources et l’aménagement du territoire occupent également une place importante. Une recherche est consacrée au rôle du sel dans la configuration de l’espace sénégalais du XIIIe au XXe siècle. D’autres s’intéressent à l’industrialisation, à l’électrification et à la formation progressive des infrastructures. Ces travaux montrent que les ressources naturelles, l’énergie et les réseaux de transport ont joué un rôle déterminant dans l’organisation du territoire.
Le rapport accorde une attention particulière aux communautés religieuses. L’histoire des familles maraboutiques, celle de la famille Niassène, l’avènement de la Tijaniyya et la fondation de la Muridiyya permettent d’examiner la place du religieux dans la société.
Enseignement, dynamiques socioculturelles…
Les travaux ne se limitent pas aux grandes figures. Ils s’intéressent aussi à l’enseignement, aux réseaux de transmission et aux dynamiques socioculturelles de l’islam confrérique.
La mémoire militaire constitue un autre axe majeur. Plusieurs productions portent sur les tirailleurs sénégalais, leur recrutement, leurs parcours et leur participation aux conflits coloniaux. La guerre d’Indochine, le passage de Thiaroye à Diên Biên Phủ et la condition des soldats africains sont étudiés à travers différentes approches.
Le massacre de Thiaroye du 1er décembre 1944 fait l’objet de travaux spécifiques destinés à renouveler l’historiographie, à établir les faits et à poser les questions de mémoire, de vérité et de justice.
L’histoire sociale est représentée par les études consacrées aux cheminots, aux fonctionnaires, aux artisans, aux créateurs de mode et aux sportifs. La tuerie de Thiès de 1938 rappelle la violence de la répression coloniale contre le mouvement ouvrier. L’histoire des fédérations sportives et celle du stylisme-modélisme montrent, quant à elles, que le patrimoine national se construit aussi à travers les pratiques quotidiennes, les loisirs et la création.
Les régions disposent d’une présence renforcée. Le Fouladou, le Gabbu, le Saalum, la Basse-Casamance et les terroirs sérères sont considérés comme des composantes centrales du récit. Des figures telles qu’Aline Sitoé Diatta, Fodé Kaba, Djignabo Bassène, Maba Diakhou Ba et Moussa Molo permettent de restituer la diversité des résistances et des projets politiques.
La période contemporaine n’est pas négligée. Des travaux sont annoncés sur l’histoire des conquêtes démocratiques, l’édification de la nation et l’identité sénégalaise.
« L’ambition est de prolonger le récit jusqu’en 2024, en intégrant les alternances, les mouvements citoyens et les mutations de l’État », renseigne le document.
Par Daouda DIOUF

