L’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) et l’Institut national du pétrole et du gaz (Inpg) ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération. Les deux institutions ont signé, vendredi, à Dakar, un protocole d’accord pour la création d’une Académie anticorruption à vocation sous-régionale. Cette initiative vise à promouvoir une culture de l’intégrité et à accompagner la montée en puissance du secteur extractif sénégalais.
La prévention de la corruption s’invite dans la gouvernance du secteur extractif. Après le protocole signé en mars dernier avec l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), l’Office national de lutte contre la corruption (Ofnac) a noué également, le vendredi 10 juillet, une alliance stratégique avec l’Institut national du pétrole et du gaz (Inpg) à travers la signature d’une convention de partenariat. Celle-ci vise à faire de l’intégrité un pilier du développement des industries pétrolières et gazières. Un des points saillants de cette convention, est la création progressive d’une Académie anticorruption destinée à former les responsables publics et privés, les chercheurs, les étudiants ainsi que les organes de contrôle, avec l’objectif d’en faire, à terme, un centre de référence à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest.
Présidant la cérémonie de signature, le directeur général de l’Ofnac, Moustapha Kâ, a souligné que cette initiative dépasse largement le cadre d’un simple acte administratif. Selon lui, elle traduit la volonté de deux institutions investies d’une mission commune consistant à prévenir les dérives, renforcer les capacités nationales et promouvoir une gouvernance saine des ressources stratégiques du pays. Il a particulièrement salué la décision de l’Inpg de mettre gratuitement une partie de ses locaux à la disposition de l’Ofnac afin d’abriter cette future académie. Un geste qu’il considère comme une illustration concrète d’une coopération institutionnelle fondée sur la mutualisation des compétences, des infrastructures et des expertises.
Pour M. Kâ, l’entrée du Sénégal dans le cercle des pays producteurs de pétrole et de gaz impose des exigences accrues en matière de transparence. Si les ressources naturelles constituent une opportunité majeure de développement, elles exposent également, selon lui, les États à des risques de conflits d’intérêts, d’opacité contractuelle, de favoritisme ou encore de captation illicite des revenus. C’est précisément pour anticiper ces dérives que l’Ofnac et l’Inpg ont décidé d’unir leurs expertises.
Faire de la prévention un levier durable
L’une apportera sa connaissance des mécanismes de prévention de la corruption tandis que l’autre mettra à profit sa maîtrise technique des métiers du pétrole et du gaz. Le protocole prévoit ainsi l’élaboration d’un plan d’action annuel comprenant l’intégration de modules sur l’éthique, la gouvernance et la lutte contre la corruption dans les formations de l’Inpg.
Grâce à cette entente, les deux structures ont convenu de mettre en place des programmes de certification et de dispenser des modules d’enseignement en ligne consacrés à la gouvernance des industries extractives. Pour le directeur général de l’Ofnac, la lutte contre la corruption ne saurait se limiter à la répression. « Elle passe également par la recherche, l’analyse des risques, la formation et l’enracinement d’une véritable culture de l’intégrité au sein des administrations comme des entreprises ». Revenant sur les bénéficiaires, Moustapha Kâ a insisté sur le fait qu’aucune catégorie d’acteurs ne sera exclue. Les journalistes, a-t-il indiqué, figurent parmi les cibles prioritaires. À ses yeux, ils doivent être mieux outillés en techniques d’investigation et maîtriser le cadre juridique relatif à la prévention et à la répression de la corruption afin d’assurer un traitement plus rigoureux de ces questions.
Le directeur général de l’Institut national du pétrole et du gaz, Dr Fall Mbaye, a, de son côté, présenté cette convention comme un partenariat stratégique répondant aux nouveaux défis d’un pays producteur d’hydrocarbures. « Si l’Inpg a été créé pour développer le capital humain indispensable aux industries pétrolières et gazières, sa mission consiste aussi à former des cadres animés par les valeurs d’intégrité, de transparence, de responsabilité et de redevabilité », a déclaré M. Mbaye. Il estime que l’intégration des principes de bonne gouvernance dans les programmes de formation contribuera à préparer des professionnels capables d’exercer leurs responsabilités en respectant les meilleures pratiques. Dr Fall Mbaye a également insisté sur le caractère innovant de l’Académie anticorruption qui sera hébergée au sein de l’Inpg. Celle-ci ambitionne de devenir un espace de référence pour la formation des agents publics et privés, mais aussi pour la production de connaissances, le développement d’outils pédagogiques et le renforcement de capacités en matière d’intégrité. « Au-delà du Sénégal, cette structure pourrait accompagner les administrations et institutions des pays producteurs de ressources naturelles de la sous-région confrontés aux mêmes défis de gouvernance », a indiqué le directeur général de l’Inpg.
Daouda DIOUF

