Dans la vie, certains parcours sont inspirants. Ils créent souvent la surprise et suscitent des interrogations. Le cas de Dieynaba Laye Ngom en est un. Devenue handicapée visuelle à l’âge de 6 ans, elle boucle son cursus scolaire à Thiès, sa ville natale, avant de poursuivre ses études supérieures en Tunisie, où elle obtient son diplôme de technicienne supérieure en kinésithérapie. Un sésame qui lui permet d’obtenir son premier emploi à l’hôpital régional de Thiès en 2004.
Les personnes handicapées, les apprenants et les apprenantes en particulier, continuent de faire preuve de persévérance et de résilience pour franchir les barrières qui se dressent devant elles afin d’atteindre leurs objectifs.
Native de Thiès, Dieynaba Laye Ngom fait partie de ces élèves et étudiantes non voyantes qui, malgré leur handicap, ont su poursuivre des études supérieures jusqu’en Tunisie pour devenir kinésithérapeute. Un métier qu’elle exerce avec passion depuis 22 ans à l’hôpital régional de Thiès.
Teint noir, taille au-dessous de la moyenne, Dieynaba Laye Ngom est une quinquagénaire non voyante diplômée qui a su se faire une place au soleil, notamment dans le domaine médical.
Ancienne pensionnaire de l’Institut national d’éducation et de formation des jeunes aveugles de Thiès (Inefja), Dieynaba Laye Ngom s’est très tôt distinguée par son comportement exemplaire et son amour des études.
Après avoir terminé son cycle élémentaire dans cette structure d’éducation destinée aux non-voyants du Sénégal, la jeune Dieynaba est orientée au collège d’enseignement moyen (CEM) Mamadou Dia pour y poursuivre ses études aux côtés de ses camarades non handicapés.
« C’est là que commencent les difficultés, car il fallait apprendre avec des élèves non handicapés disposant d’assez de fournitures adéquates, alors que moi, j’étais confrontée à un problème d’intégration et d’adaptation. À l’époque, on ne parlait pas d’école inclusive, mais plutôt d’une approche intégratrice », se remémore-t-elle.
Armée de courage et de persévérance, Dieynaba Laye Ngom résiste à toutes les tentations qui pourraient la décourager de poursuivre ses études. La patience finit par payer. En 1993, elle obtient son Brevet de fin d’études moyennes (BFEM), un diplôme qui lui ouvre les portes du lycée El Hadji Malick Sy pour y poursuivre ses études secondaires. En 1997, elle décroche son baccalauréat, série A3 (actuelle série L). Un nouveau défi s’ouvre alors à elle : faire des études supérieures dans les métiers du droit. Un souhait exaucé puisque la première bachelière de l’Inefja intègre, au cours de l’année universitaire 1997-1998, la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop.
Malheureusement, son séjour dans cette faculté ne dure qu’une seule année. « À l’Université Cheikh Anta Diop, les conditions n’étaient pas réunies et je commençais à souffrir. J’ai arrêté les cours, mais je n’ai pas baissé les bras car, en 1999, j’ai réussi à obtenir une préinscription pour étudier en Tunisie, précisément à l’École supérieure des sciences et techniques de la santé (ESSTS) de l’Université de Tunis, où j’ai obtenu, après trois années d’études, mon diplôme de technicienne supérieure en kinésithérapie », raconte Dieynaba Laye Ngom, le sourire aux lèvres.
Une insertion réussie
Nostalgique de son pays natal, le Sénégal, mais surtout de sa ville, Thiès, et de sa famille, la jeune Dieynaba n’a qu’un seul rêve : rentrer et servir son pays.
Ainsi, en 2004, elle rentre au Sénégal et effectue son premier stage de trois mois à l’hôpital général Idrissa Pouye de Grand-Yoff. Avant même la fin de son stage, elle est recrutée et affectée à l’hôpital régional de Thiès, précisément au service d’appareillage, d’orthopédie et de réadaptation fonctionnelle.
« Mon intégration a été facile. J’ai trouvé des chefs aimables et compréhensifs. Le courage, la volonté, la ponctualité ainsi que la bonne entente avec les patients et les patientes m’ont facilité la tâche. Je n’ai jamais été humiliée. Depuis 24 ans, j’exerce à l’hôpital régional de Thiès avec le soutien du docteur Mané, médecin chirurgien orthopédiste, qui est mon chef de service. J’occupe le poste de major et mon chef comme moi travaillons dans une parfaite complicité. »
Mariée et mère de deux jeunes filles, dont l’une est étudiante à l’Université Iba Der Thiam de Thiès, Dieynaba Laye Ngom dit avoir réussi à concilier vie familiale et vie professionnelle malgré son handicap visuel.
Pape Coly NGOME


