« Matlab oul-Shifâ’ (La quête de la guérison) »
Parmi les chefs-d’œuvre des poèmes d’invocation de Cheikh Ahmadou Bamba – رضي الله عنه
Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Louange à Dieu, Seigneur des mondes, Celui qui fait descendre la guérison, qui dissipe les épreuves, et qui répond à l’appel de l’angoissé lorsqu’il L’invoque. Nous Le louons pour Ses bienfaits apparents et cachés. J’atteste qu’il n’y a de divinité que Dieu, Unique, sans associé, Celui dans la main duquel se trouvent le mal et le bien, et qui est capable de toute chose. Et j’atteste que notre maître Muhammad est Son serviteur et Son messager, le maître des médecins des cœurs des (connaisseurs de Dieu), la miséricorde offerte à l’univers. Que Dieu prie sur lui, le salue et le bénisse, ainsi que sur sa famille, ses compagnons, et ceux qui suivent sa voie jusqu’au Jour du Jugement.
Ensuite :
Le poème intitulé « Matlaboul-Shifâ’ » compte parmi les plus nobles poèmes d’invocation composés par l’imam gnostique, serviteur du Prophète ﷺ, Cheikh Ahmadou Bamba رضي الله عنه. Il fait partie des joyaux de son héritage spirituel et éducatif, et des merveilles de la littérature de la foi, réunissant la sincérité de la supplication, la perfection du monothéisme, la hauteur de la (éducation spirituelle) et la profondeur de la réforme.
Ce poème fut composé par cheikh Ahmadou bamba– رضي الله عنه – dans la ville bénie de Touba, à une période particulièrement éprouvante de sa vie marquée par la maladie, après avoir déjà composé l’introduction de la « Khidma » (le Service) dans la prière sur le Prophéte. مقدمة الخدمة في الصلاة على النبي الرحمة poème que Dieu accepta avec agrément, au point qu’il fut – comme l’a rapporté Cheikh Muhammad al-Bachir fils de Cheikh Ahmadou Bamba dans son ouvrage Minan al-Bâqî l-Qadîm – une cause de son exil maritime. Il dit : « Une faveur dans une épreuve », indiquant que ce que les gens perçoivent comme une affliction peut, en réalité, être une grâce divine et une cause d’élévation des degrés.
Puis le Cheikh – رضي الله عنه – fut ensuite frappé par une grave maladie qui épuisa son noble corps, au point qu’il ne pouvait plus écrire lui-même. Il dictait alors les vers un à un, tandis que certaines de ses épouses se chargeaient de les écrire, selon les récits transmis, parmi elles Sokhna Hawa Bousso, et selon une autre version Sokhna Aminatou Lo,
La maladie atteignit un tel degré qu’il exprima son état devant son Seigneur en disant :
« Je me plains à Lui de ce qui m’a atteint comme mal, Il m’a touché au point que je me vois presque mourant. »
Et quelle plainte sublime ! Ce n’est pas une plainte de contestation, mais celle d’un serviteur faible s’adressant à son Seigneur miséricordieux, à l’image du Prophète Ayyoub – عليه السلام – lorsqu’il dit :
« Le mal m’a touché, et Tu es le plus miséricordieux des miséricordieux » (Coran).
Le thème de ce poème est donc une imploration sincère adressée à Dieu Très-Haut, Lui demandant la santé et la guérison, en se tournant vers Lui par la bénédiction du mois béni de Ramadan, et par le rang du Maître des créatures et Bien-aimé du Vrai, notre Prophète Muhammad ﷺ, dans une scène de foi réunissant la perfection du tawhid, la sincérité de la pauvreté devant Dieu, et la plus belle éthique envers Lui.
Ainsi, « Matlaboul-Shifâ’ » est un poème d’invocation purement monothéiste, affirmant dans le cœur du croyant que la guérison ne provient que de Dieu seul, que les causes n’ont d’effet qu’avec Sa permission, et que la plus grande des voies de délivrance est la sincérité du recours à Lui, la multiplication des invocations et la bonne opinion envers Lui.
Mais ce poème ne se limite pas à une simple supplication liée à la maladie : il constitue également un document éducatif et social élevé, un projet de réforme complet, réunissant l’imploration divine, la rectification du comportement, la construction de l’être humain et la réforme de la société.
Il incarne une vision islamique profonde d’une société fondée sur la foi, la purification des âmes, les nobles caractères, la miséricorde, la solidarité, la préservation des droits et la lutte contre les causes de corruption et de déviation. Il enseigne que la véritable guérison ne concerne pas seulement les corps, mais aussi les cœurs, les esprits et les sociétés.
Ainsi, « Matlaboul-Shifâ’ » n’est pas un poème à portée individuelle, mais un texte à dimension sociale, éducative et civilisationnelle. Il traite des questions humaines et communautaires dans une perspective spirituelle et morale, reliant la réforme de l’individu à celle de la (communauté), et affirmant que toute renaissance véritable commence par la purification de l’âme et l’attachement à Dieu en toute situation.
Il contient également des significations spirituelles profondes qui éduquent le croyant à la patience dans l’épreuve, à l’espérance dans la difficulté, à la remise confiante en Dieu dans l’incapacité, et à la dépendance totale envers Lui dans l’aisance comme dans l’adversité. Il devient ainsi un véritable programme de formation spirituelle.
Le poème fut composé en rajaz, avec une langue simple, fluide et accessible, mais d’un impact profond sur les cœurs, réunissant beauté poétique, ferveur de la prière et sincérité de la supplication.
C’est pourquoi les disciples et les connaisseurs de Dieu ont pris l’habitude de le réciter matin et soir, avec sincérité, présence du cœur et bonne opinion envers Dieu, espérant la réalisation de la promesse divine de soulagement des épreuves et de guérison.
J’ai moi-même été témoin d’un événement : l’un de mes frères souffrait d’un grand nombre de furoncles sur le corps. Il me demanda de lui écrire le poème « Matlaboul-Shifâ’ ». Je le lui écrivis, puis il effaça l’encre avec de l’eau, en but une partie et se lava avec le reste, se tournant vers Dieu avec sincérité. Le jour même, les signes d’amélioration apparurent et la douleur disparut.
Cette histoire et d’autres semblables sont rapportées à titre d’illustration et non pour garantir un résultat déterminé, car la guérison vient uniquement de Dieu. Comme Il dit :
« Et quand je tombe malade, c’est Lui qui me guérit. »
Les invocations, le Coran, les évocations, la prière sur le Prophète ﷺ et les bonnes œuvres font partie des causes légitimes de guérison, tout en respectant l’obligation de recourir aux moyens médicaux licites. La loi religieuse réunit ainsi la confiance en Dieu et l’usage des causes.
Ainsi, « Matlaboul-Shifâ’ » mérite d’être compté parmi les chefs-d’œuvre de la poésie réformatrice de l’héritage khadimite, car il unit la sincérité de la supplication, la noblesse des objectifs, la profondeur de l’éducation et l’universalité du message. Il est devenu une école spirituelle et morale qui guide les cœurs, purifie les âmes, construit l’homme et élève la société sur les bases de la foi, du savoir et de l’action vertueuse.
Nous implorons Dieu Très-Haut de faire de ce noble poème une cause de guérison pour les malades, de soulagement pour les affligés et d’exaucement des besoins. Qu’Il en fasse profiter quiconque le lit, l’écoute, le médite ou agit selon son contenu, et qu’Il récompense abondamment son auteur, l’imam gnostique Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul – رضي الله عنه –, et nous accorde la sincérité dans la confiance en Lui, la bonne étiquette envers Lui, et l’abondance de prières et de salut sur notre maître Muhammad ﷺ.
Et Dieu est le garant du succès. Et que la paix et les bénédictions soient sur notre maître Muhammad, ainsi que sur sa famille et tous ses compagnons.
Bassirou Touré
Xadimoul xassayidil khadimiya


