Fondateur de Ndiassane, en 1883, Cheikh Bou Mouhamed Kounta a laissé une empreinte intellectuelle profonde. Intellectuel hors pair et visionnaire souverainiste, il a fait du savoir, du travail et de la Khadriya les piliers de sa doctrine. Et 143 ans après, sa descendance adapte cet héritage à l’ère dure numérique à travers les « daaras » et les médias, tout en gardant le Coran comme unique texte de référence.
À l’instar du Prophète Mouhamed (Psl) qui méditait dans la grotte de Hira, Cheikh Bou s’isolait des jours dans la forêt. Il en revenait avec des connaissances ésotériques.
Pour encourager l’apprentissage du Coran, de la Sunna et du soufisme, il immolait un bœuf chaque mercredi. Pour lui, acquérir et transmettre la connaissance était une obligation, rappelle Cheikh Bou Diop.
Ndiassane devient ainsi le foyer principal de formation. Les grands disciples comme Serigne Ansou Thiam et Serigne Abdou Karim Dème, Diafra Dramé, y étaient formés avant d’être envoyés à Keur Serigne Thiam, Ndèye, Dakar, et Ndayane.
Son fils, Cheikh Sidy Lamine Kounta, fut même envoyé à Saint-Louis. Ses mouqaddams ont porté l’enseignement jusqu’au Mali, en Mauritanie et au Burkina Faso.
A l’instar des autres confréries, les Kountiyou de Ndiassane privilégient une double approche l’oralité et les ecrits.
« Les premiers textes de la Khadriya sont le Coran et la Sunna », souligne Mouhamed Kounta, fils du 6e Khalife.
Cheikh Bou Kounta a mis l’accent dans la formation et la perfection de l’humain. Pour Cheikh Bou et son père, Cheikh Al Bounama, le Coran suffisait à méditer sur Dieu, l’univers et la création ainsi que les khassaides des maitres tels que Cheikh Sidy Makhtar al-KUNTI.
« C’est cela l’héritage intellectuel de Cheikh Bou Mouhamed Kounta : la tarbiya, la droiture morale, l’éducation, le savoir et l’ancrage dans la Khadriya », résume Serigne Abdourahmane Kounta, porte-parole du 7e Khalife, Cheikh Al Bécaye Becaye.
Consciente des mutations, la famille Kounta mise désormais sur les Tic. Elle salue l’initiative du « Soleil » et de ses « Cahiers Gamou » pour consigner les écrits et les témoignages oraux.
« Les livres sont presque délaissés au profit d’Internet. Utiliser la presse pour ressortir l’héritage de Ndiassane est une excellente initiative », estime Serigne Abdourahmane Kounta.
Pour le professeur Mohamed Kounta, « Le Soleil » a déjà beaucoup fait, mais il peut et doit faire plus ».
« Sur le terrain, des « daaras » modernes poussent à Keur Karamoko, dans le département de Thiès, à Mbour, à Kaolack, en Gambie et bientôt en Guinée Conakry.
Certains héritiers écrivent aussi, à l’image de l’ancien porte-parole, auteur de Mame Bou Kounta Niassane et de L’histoire de Cheikh Al Bounama Kounta de Ndankh.
Pour lui, c’est aussi sa manière de participer à la préservation de cet héritage « jusqu’à la fin des temps ».
Mohamed Kounta pense que la nouvelle génération est en train de corriger ce qu’il considère comme un manquement en publiant des écrits sur l’histoire de la famille, entre autres sujets de réflexion.
Par Ibrahima NDIAYE (Correspondant)

