C’est ce qu’on appelle faire d’une pierre deux coups. Ce dimanche, le Sénégal a officialisé la candidature du général Birame Diop à la présidence de la Commission de la Cedeao. Pour bon nombre d’observateurs de la scène politique sénégalaise, cette annonce a également permis de lever un coin du voile, encore large, sur la composition du futur gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lo.
L’attente, prolongée de plusieurs jours, certainement en raison des fêtes religieuses de cette période (Pentecôte et Tabaski), est presque aussi longue que le siège de Fort Alamo. En effet, depuis la fin de mission d’Ousmane Sonko, actée le 22 mai, et la nomination de son successeur à la Primature, les esquisses se multiplient pour dessiner les nouveaux visages de l’attelage gouvernemental post-Sonko.
Dans ce flot de spéculations, une quasi-certitude émerge : le général Birame Diop ne devrait pas rempiler au poste de ministre des Forces armées.
Au Sénégal, la composition d’un gouvernement repose traditionnellement sur plusieurs critères essentiels. Le premier est l’équilibre politique. Il s’agit de renforcer l’autorité du chef de l’État tout en préservant la cohésion autour de lui. À cet impératif s’ajoutent l’équilibre territorial et la représentativité sociale. Comme ses prédécesseurs, Ahmadou Al Aminou Lo devrait également privilégier la compétence et l’expertise dans le choix des futurs ministres. Cette crédibilité est déterminante, non seulement pour assurer la mise en œuvre efficace des politiques publiques du président Bassirou Diomaye Faye, mais aussi pour renforcer la confiance des partenaires nationaux et internationaux.
Face aux nombreux défis, les critères de loyauté et de confiance pourraient également s’avérer déterminants dans la composition de la prochaine équipe gouvernementale.
Au-delà des profils, le futur gouvernement devra refléter les priorités du moment. L’agriculture figure en bonne place, à l’approche de l’hivernage et de la poursuite de la campagne agricole, dont le budget est passé de 120 milliards de francs CFA en 2025 à 130 milliards en 2026. Dans le secteur de l’énergie, une nouvelle ère semble s’ouvrir avec l’annonce, en avril dernier, de la reprise par Petrosen Holding du bloc gazier Yakaar-Teranga. Le président Bassirou Diomaye Faye avait d’ailleurs indiqué que, dès 2027, jusqu’à 25 % de la production de la première phase du projet GTA devrait être destinée à la consommation locale. Parmi les autres priorités figurent également la relance économique et l’emploi, notamment à travers les retombées attendues de l’initiative Sunu Champions, lancée par le chef de l’État.
La composition d’un gouvernement relève aussi d’un subtil dosage entre exigences politiques, institutionnelles et juridiques. Ainsi, les fonctions ministérielles sont incompatibles avec un mandat parlementaire ou certaines fonctions électives locales. De même, elles ne peuvent être exercées simultanément avec des activités professionnelles rémunérées dans les secteurs public ou privé. La place accordée aux femmes sera particulièrement scrutée dans un pays considéré comme pionnier en matière de parité. Dans le gouvernement sortant, quatre femmes dirigeaient des ministères de plein exercice : Yassine Fall aux Affaires étrangères, Maïmouna Dièye à la Famille, Khady Diène Gaye aux Sports et Fatou Diouf aux Pêches, aux Infrastructures maritimes et portuaires.
« Le meilleur gouvernement est celui où il y a le moins d’hommes inutiles », écrivait Voltaire. La formation de la prochaine équipe gouvernementale est une équation à plusieurs variables dont le résultat attendu reste le même : réunir des femmes et des hommes utiles à la marche du pays.
Moussa DIOP


