L’Union progressiste sénégalaise (Ups) créée en février 1959, rebaptisée Parti socialiste (Ps) lors du congrès extraordinaire de décembre 1976, s’est très tôt dotée de cadres de formation de ses militants et d’outils de réflexion. Ils étaient animés par un réseau pluridisciplinaire de sommités et experts de renom issus de secteurs d’activités socio-professionnelles variés, en vue d’accompagner les administrations dans l’optimisation de leur processus de planification de l’action publique. Dans ce lot figuraient le Club Nation & Développement (Cnd) créé le 26 mars 1969, l’École du parti, fondée en 1976, et le Groupe d’étude et de réflexion (Ger) et les Universités d’été.
Le Parti socialiste (Ps), formation politique de gauche, membre de l’Internationale socialiste, s’est voulu, depuis son lancement, être une organisation au service des masses populaires sénégalaises.
Après la conquête démocratique du pouvoir, le Ps s’était doté de cadres de réflexion et de formation de ses militants. Ils étaient animés par un réseau pluridisciplinaire de sommités intellectuelles et d’experts en management public, en droit, en économie, en éducation. Bref, tous les secteurs d’activités étaient pris en compte pour accompagner les administrations dans la structuration de leurs services et leurs processus d’adaptation aux nouveaux enjeux et de gestion de la performance.
Lire aussi: Entre quête d’indépendance et défi de survie (1/4)
Dans cette perspective, l’« École du parti », dotée d’un encadrement national et d’antennes régionales fortement décentralisées, d’une cellule pédagogique et d’une cellule administrative, a été fondée à l’issue du congrès de décembre 1976.
En outre, il y a le « Groupe d’étude et de réflexion » (Ger), créé à l’issue du congrès extraordinaire de janvier 1984, élargi aux cadres du parti en vue d’optimiser les services publics et parapublics dans leurs processus internes de planification et de prise de décision, mais aussi d’approfondir les connaissances théoriques et pratiques des militants.
À côté des organes de presse « L’Unité », dirigé par Mame Ongué Ndiaye, « Combat pour le socialisme », organe des comités d’entreprise drivé par Max Magamou Mbaye, et « Le Débat » animé par Abdou Salam Kane, il y a eu l’« Université d’été du Ps » dirigée par le juriste-enseignant Doudou Coulibaly chargé d’actualiser, chaque fois que nécessaire, l’idéologie du socialisme démocratique.
L’objectif visé était d’outiller par la formation militante des membres des mouvements intégrés comme le Mouvement national des femmes, le Mouvement des jeunes et celui des élèves et étudiants socialistes (Mees). S’y ajoutent les comités d’entreprise et les membres du mouvement syndical affilié regroupé autour de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts) pour une « participation responsable » ; doctrine élaborée et théorisée depuis 1964 et mise en pratique par son premier Secrétaire général, feu Madia Diop, à l’issue du Congrès de l’Ups de décembre 1969.
À l’initiative du président Léopold Sédar Senghor, le « Club Nation et Développement » (Cnd) fut créé le 26 mars 1969, dans un contexte de l’après-crise politique et institutionnelle de la grève générale de mai 1968 des étudiants et travailleurs du Sénégal qui trouve ses racines dans les événements du 17 décembre 1962.
Il s’agissait, pour le président-poète, dans le cadre de sa mission d’appui-conseil aux pouvoirs publics et de modernisation de l’administration et des structures parapubliques, d’« engager librement, mais rigoureusement, la pensée en de grands problèmes, qui mettent en cause le destin même du Sénégal et de l’Afrique ».
Cette structure de réflexion transversale qui a une vocation politique très marquée, conformément à l’idéologie et le projet de société socialiste, s’activait également pour la promotion des jeunes cadres à travers une alternance générationnelle dans les instances de décisions jusqu’ici occupées par la vieille garde politico-bureaucratique du régime socialiste.
Le tournant de 1981
Le think tank a constitué, avec le Bureau Organisation et Méthode (Bom), deux précieux outils de réflexion pour un meilleur éclairage et un encadrement préalable des décideurs de l’administration publique pour un management performant.
Entreprise politique au service de l’État et de la République, il s’est révélé dans la constance du combat pour la science à travers des ateliers thématiques d’intérêt majeur et des grands débats à enjeux à même d’apporter le changement réel et profond auquel aspirait le jeune État indépendant dans sa diversité et dans sa richesse socio-économique et culturelle.
Dans un ouvrage de 338 pages intitulé « Club Nation et Développement du Sénégal » publié en 1972 et co-écrit par l’ancien ministre des Finances Babacar Ba, l’ancien directeur général de la Fao, Jacques Diouf, le journaliste, ancien président-directeur général du quotidien national « Le Soleil », Bara Diouf, écrivait que le think tank, « entreprise politique » créée par des sommités intellectuelles et d’hommes et femmes de métier sénégalais, s’est voulu être « un lieu de réflexion et d’action ».
Sa vocation était d’« œuvrer au renforcement de la conscience nationale et de promouvoir le développement ».
Après le départ du Président Léopold Sédar Senghor du parti et de l’État le 31 décembre 1980, le Président Abdou Diouf sera porté à la tête du pays jusqu’en 2000.
Durant son règne de 20 ans, Diouf parvint à structurer le Ps de la base au sommet dans une organisation parfaite allant du comité au congrès, en passant par les sections, les coordinations, les unions communales, départementales et régionales, le comité central, le Conseil national et le Bureau politique.
Dans le cadre de la formation militante, il redynamisa l’« École du Parti », le Groupe d’étude et de réflexion (Ger) et les Universités d’été.
Par Mamadou Lamine DIEYE


