La Déclaration de politique générale du Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo, est prévue mardi 8 septembre à l’Assemblée nationale. Après un premier report, le chef du gouvernement devrait revenir sur l’accord conclu avec le Fonds monétaire international (Fmi) et répondre aux urgences des Sénégalais confrontés aujourd’hui à la vie chère, au problème d’emploi et à la dette. Tout ceci, dans un hémicycle où la majorité ne lui est pas acquise.
L’Assemblée nationale a annoncé la tenue d’une séance plénière demain mardi 8 septembre 2026 consacrée à la Déclaration de politique générale (Dpg) du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo. Un exercice constitutionnel majeur durant lequel le chef du gouvernement doit présenter aux députés les grandes orientations de son action et les priorités de son équipe. Un rendez-vous très attendu, après un premier couac procédural qui avait empêché sa tenue à la date initialement annoncée par décret présidentiel (décret n°2026-1530 du 25 août 2026). La séance est finalement fixée au mardi 8 septembre 2026 à 10 heures, dans un contexte marqué par un quotidien difficile marqué par la vie chère.
Le concret avant les promesses
La question qui revient sur toutes les lèvres est celle-ci : que va dire le nouveau Premier ministre ? Sur le terrain, des Sénégalais rencontrés ne mâchent pas leurs mots. Devant la gare ferroviaire de Dakar, Abdoulaye Ndiaye, la quarantaine, est plus préoccupé par les finances publiques. « On a signé un accord avec le Fmi, plusieurs milliards, mais est-ce que ça va se traduire par de l’investissement réel pour nous ou l’on va juste rembourser des dettes ? », s’interroge-t-il. Il n’oublie pas non plus le climat politique tendu. « Tout le monde a bien vu qu’il y avait des tiraillements avant que la date ne soit fixée. J’espère que cette Dpg sera un moment d’apaisement, pas un règlement de comptes», confie-t-il.
Juste devant la gare, Ousmane Fall, nom d’emprunt, est chauffeur de taxi. Ce taximan qui semble être dans la quarantaine conduit une vieille Peugeot 405 jaune et noire dont la carrosserie a perdu son éclat depuis longtemps. À l’intérieur, le tissu des sièges est élimé par endroits et un chapelet se balance au rétroviseur au rythme des petites secousses. Chaque fois qu’il rétrograde, la boîte de vitesses émet un bruit métallique sourd. « C’est la baisse des prix qui m’intéresse. Tout est cher. Manger est devenu cher. Le prix du carburant aussi nous intéresse. On l’a encore augmenté récemment, c’est vraiment compliqué », lâche-t-il, mi-résigné, mi-agacé, la main gauche ferme sur le volant, l’autre sur la boîte de vitesses manuelle. Lui, il veut du concret dans le programme du nouveau Premier ministre. « Moi, ce que j’attends, c’est qu’il [le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, Ndlr] annonce des mesures qu’on va sentir tout de suite, pas dans deux ou trois ans ou jamais. Il faut baisser le prix du carburant, le prix du riz et de l’huile… », dit-il, juste près du rond-point qui se trouve devant l’Assemblée nationale.
Devant l’hémicycle, Ibrahima Ba revient de la mosquée après la prière du vendredi. De teint clair, il arbore un boubou basin jaune. De taille élancée, le bonhomme a une démarche imposante. Chapelet entre le pouce et les autres doigts de la main droite, tapis de prière sur la main gauche, ses lèvres bougent à peine témoignant qu’il est en train de prononcer des prières. Intercepté devant l’entrée de l’Assemblée nationale, ce sexagénaire se prononce sur la Déclaration de politique générale qui l’a le plus marqué. Son visage s’illumine. « Celle d’Idrissa Seck en 2003 », dit-il en esquissant un sourire. Ce souvenir reste vivace pour lui, car, « il avait chanté pour le Diola qui avait chaviré quelques mois plutôt », explique-t-il en s’essuyant avec un mouchoir la sueur qui perlait sur son front. Il avoue que ce souvenir l’a particulièrement marqué. Ibrahima dit encore attendre beaucoup de ce nouveau chef du gouvernement. « J’attends d’Ahmadou Al Aminou Lo des actes, pas de belles phrases. Le pays a besoin qu’on arrête de parler et qu’on agisse sur l’emploi, sur la dette, sur la vie chère. Les jeunes ont certes l’avenir devant eux. Ce n’est pas le cas pour ceux qui sont plus âgés comme moi », dit-il d’un ton plus ferme.
Une Dpg sous tension politique
Ces attentes prennent une autre dimension à l’aune du contexte politique actuel. Pour le politologue Moussa Diaw, la Dpg ne constitue pas une simple formalité institutionnelle. Prévue par l’article 55 de la Constitution, elle est suivie d’un débat et peut déboucher sur un vote de confiance. Dans le contexte actuel, l’exercice revêt surtout un enjeu politique majeur pour le gouvernement. Le report de la Dpg, estime le politologue, est d’ailleurs symptomatique de la crise entre l’exécutif et le législatif. Le désaccord intervient notamment après le rejet par le Conseil constitutionnel de la loi portant encadrement des fonds spéciaux. « On assiste à une guerre de tranchée entre les deux parties », analyse-t-il, estimant qu’une concertation aurait pu permettre de désamorcer le bras de fer entre les deux pouvoirs. Au-delà de cette bataille institutionnelle, le Premier ministre devra aussi répondre aux préoccupations exprimées dans la rue. Selon Moussa Diaw, Ahmadou Al Aminou Lo sera confronté à un exercice délicat : défendre l’accord conclu avec le Fmi tout en restant fidèle aux engagements pris en matière de pouvoir d’achat et d’emploi. Des engagements qui, rappelle-t-il, pourraient être difficiles à concilier avec les mesures généralement associées aux programmes du Fmi souvent peu populaires auprès des populations. Dans une Assemblée nationale où le gouvernement ne dispose plus d’une majorité pour servir de point d’appui à sa politique, la marge de manœuvre du Premier ministre apparaît ainsi réduite.
Par Yaya SOW

