La présence des femmes dans les instances locales ne se traduit pas toujours par un véritable pouvoir d’influence. Dans une étude menée entre mars 2024 et février 2026 à Bargny, Cayar, Sokone et Toubacouta, l’Ong « Natural Justice » met en évidence une participation féminine encore limitée dans les espaces où se décide la gestion du foncier, des ressources naturelles et des activités économiques.
La parité ne garantit pas nécessairement le pouvoir. C’est l’un des principaux enseignements du rapport de l’Ong « Natural Justice » consacré à l’implication des femmes rurales et périurbaines dans la gestion du changement climatique au Sénégal. Dans les quatre localités étudiées, à savoir Bargny, Cayar, Sokone et Toubacouta, aucune n’atteint la parité dans l’ensemble de ses instances de décision. « L’indice global d’inclusion des femmes s’établit à 41,15% à Sokone, 37,26% à Toubacouta, 26,79% à Bargny et seulement 26,18% à Cayar », relève l’étude qui a été menée entre mars 2024 et février 2026.
« Natural Justice » souligne un écart entre la présence des femmes et leur capacité à peser sur les décisions. Le rapport met ainsi en exergue « un fossé systématique entre présence et pouvoir ». À Bargny, leur taux de représentation dans les instances atteint 29,47%, alors que leur présence dans les fonctions stratégiques tombe à 9,17%. « Natural Justice » parle alors d’une « participation de façade ». En résumé, les femmes sont présentes, mais « les principaux leviers de décision restent majoritairement entre les mains des hommes ».
La situation est particulièrement visible dans la gouvernance de la pêche. Dans les quatre territoires, les organisations de pêche figurent parmi les instances les moins féminisées. Pourtant, les femmes occupent une place centrale dans la transformation et la commercialisation des produits halieutiques. Le rapport y voit la persistance de normes socioculturelles qui continuent d’associer la gestion de la pêche à un univers essentiellement masculin.
Cette marginalisation ne signifie toutefois pas une absence de dynamique féminine. Certaines organisations constituent de véritables espaces de pouvoir pour les femmes. « Natural Justice » cite notamment Rapen à Bargny, Asufor à Cayar, Nebeday à Toubacouta et les comités de quartier à Sokone. Ces structures affichent une féminisation supérieure à la moyenne et sont considérées comme des « points d’appui importants » parce qu’elles associent présence féminine et exercice effectif de responsabilités.
Le rapport note, par ailleurs, que l’environnement local n’est pas totalement fermé aux femmes. 80,6% des personnes interrogées perçoivent une dynamique favorable à leur inclusion. Mais cette dynamique est, selon « Natural Justice », principalement portée par la société civile et les actrices endogènes, alors que les institutions étatiques et municipales locales restent davantage en retrait.
Au-delà de la représentation, «Natural Justice» pointe le poids des normes sociales. L’organisation parle d’« habitus patriarcal », un ensemble de comportements et de représentations profondément intériorisés qui font apparaître certains rôles comme naturels. « Dans ce système, des femmes peuvent elles-mêmes finir par accepter leur exclusion, avec des justifications telles que c’est la coutume ou la terre appartient aux hommes », explique le rapport.
Cette situation est également aggravée par le manque d’accès à l’information et aux formations juridiques. Sans connaissance suffisante des textes et de leurs droits, les productrices disposent de moins d’outils pour contester les rapports de pouvoir qui les maintiennent à distance des espaces de décision.
Le rapport appelle ainsi à dépasser la simple application arithmétique de la parité. Il recommande de positionner davantage les femmes dans les commissions qui traitent du foncier, de l’environnement et de l’attribution des budgets. L’objectif affiché est de transformer la présence numérique en « leadership réel ».
Par Babacar Guèye DIOP

