Dis-moi la forme de ton pays et je te dis ton niveau de vulnérabilité sécuritaire. La guerre en Iran est un mélange de faits avérés et, surtout, d’incertitudes.
L’un des aspects qui ne font l’ombre d’aucun doute concerne la supériorité militaire écrasante de la coalition de fait Etats-Unis et Israël. Au regard de la feuille de match, la victoire militaire américano-israélienne devrait survenir, au moins au niveau stratégique de la guerre car — et c’est là que le nuage apparaît— il est hasardeux d’en prédire l’issue au niveau politique de la stratégie.
En un mot, en considérant la grand-stratégie, la guerre est encore faite d’incertitudes quant à son issue. Les exemples du Vietnam et de l’Algérie sont encore là pour rappeler qu’une victoire militaire ne détermine pas automatiquement un succès politique. Les Soviétiques ont aussi appris la leçon en Afghanistan avant d’être imités par les Américains. L’Irak et le Venezuela ne font pas exception…
L’on se rend compte donc de la nécessité d’une prudence intellectuelle dans l’analyse des conflits. Les raisons qui militent en faveur de ces précautions sont nombreuses mais je voudrais voir de plus près quelques facteurs géopolitiques qui m’interpellent depuis le déclenchement de l’Opération « Épic Fury ».
ELEMENTS DE GEOGRAPHIE PHYSIQUE
– [On a souvent soutenu que l’Iran est entouré de pays hostiles. Pourtant, en se penchant de plus près sur le sujet, on est amené à plus de mesure dans le jugement. L’Iran bénéficie bien d’une profondeur stratégique relative sur son flanc Est avec des pays qui ne lui sont pas hostiles malgré des problèmes ordinaires entre voisins. Les pays “STAN” (Pakistan, Afghanistan, Turkménistan, Ouzbékistan …) forment ce bouclier géographique. Cette situation offre à l’Iran une PROFONDEUR STRATEGIQUE de 2300 km jusqu’à la frontière chinoise. Autant dire une couverture suffisante à l’Est. Au Nord, l’Arménie et la Turquie ne posent pas forcément problème. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il convient de se poser la question à savoir à qui profite le crime, la “bévue” d’envoyer des drones contre la Turquie et l’Azerbaïdjan.
– Toutefois, l’Ouest pose problème pour l’Iran. Des pays du Golfe hostiles jusqu’à l’ennemi existentiel israélien, la voie est ouverte et facilitée par des CAMPAGNES DE MODELISATION DU TERRAIN qui ont fini par rendre l’Irak et la Syrie passables même si le pays des Mollahs dispose en Irak de sympathies traditionnelles, fortes et actives. Les pays du Golfe constituent également une équation pour Téhéran pour la double raison que la majorité est faite d’Etats rivaux tout au moins et que les Etats-Unis y disposent de bases essentielles pour le “REACH”, la capacité de la coalition à atteindre sans difficulté les cibles identifiées. Cependant cette position constitue en revanche une opportunité pour l’Iran d’atteindre avec un minimum d’efforts tous les centres de gravité physiques de ces monarchies ainsi que les bases US qui y sont implantées.
– Sur le plan maritime, en général au Sud, il ne fait l’ombre d’aucun doute que c’est le point fort des Etats-unis qui utilisent les mers dans la mise en place de ses forces aux positions idéales pour atteindre l’Iran, pour assurer sa logistique si une exploitation devrait survenir sous forme d’invasion terrestre. En même temps, les Etats-unis en profitent pour contrôler et interdire les mouvements stratégiques de Téhéran ainsi que ses capacités à se ravitailler. Ce n’es pas un hasard si la Marine Iranienne figure dans les objectifs prioritaires du Pentagone. En revanche, et de façon limitée dans le temps, la position iranienne par rapport au Détroit d’Ormuz lui confère un levier de représailles économiques sur le monde entier.
– Enfin, avec une superficie trois fois supérieure à celle de la France, l’Iran s’offre la possibilité d’une défense en profondeur ainsi que d’une dispersion des moyens et des structures de commandement et de contrôle.
ELEMENTS DE POPULATION
Avec plus de 61% de la population constitués de Perses, 90 à 95 % étant d’obédience Chiite dans la religion musulmane, les lignes de fractures possibles au niveau de la population semblent être minimales. En plus, la RAISON D’ETRE de la République islamique rallie la population autour d’un pouvoir plus théocratique que politique. Toute force qui cherche à atteindre l’Iran devrait foire de la cohésion de sa population un centre de gravité à atteindre. D’autant plus que la ressource humaine y est de qualité avec une éducation du niveau du Premier Monde favorisant la souveraineté et l’autonomie technologique.
– Cependant les petites minorités, notamment kurdes, ont des raisons de se soulever, mais sans garantie de succès. La Turquie voisine même n’y verrait pas un bon signal pour ses affaires intérieures.
– En définitive, le facteur POPULATION constitue l’une des forces majeures de l’Iran, d’où l’obsession américano-israélienne d’un changement de régime.
ELEMENTS ECONOMIQUES
– L’Iran n’est pas un nain sur le plan économique. Loin s’en faut d’ailleurs. Il n’est pas utile de s’attarder sur le poids économique avec comme locomotive le secteur énergétique. L’Iran détient les quatrièmes réserves mondiales de pétrole et les deuxièmes en gaz naturel. Son industrie est développée et son secteur agricole vaste et diversifié lui donne la latitude d’exporter. L’Iran se situe à seulement 20% de l’autosuffisance alimentaire. Ce qui est un atout notable.
– Relativement à la guerre en cours, il est de notoriété que l’économie endogène iranienne a constitué un avantage sans conteste face à l’offensive. L’Iran dépend essentiellement de son industrie et de ses structures de recherche et développement pour produire ce dont il a besoin pour résister.
– C’est le lieu de rappeler que l’Agenda national de Transformation 2050 du Sénégal est non-négociable car la souveraineté visée constitue un facteur clé de développement du Sénégal. Il en est de même du volet “Capital humain”.
Par Lt-Colonel (Er) Elhadj Abass FALL –


