France-Afrique est un terme qui désigne les relations politiques, économiques et militaires embiguës et asymétriques entre la France et ces anciennes colonies en Afrique. Souvent qualifié de néoclonialisme, ce système repose sur des mécanismes de dépendance et d’ingérence. Aujourd’hui, on peut ajouter à cette liste les relations sportives qui ont pris une importance au delà de l’industrie de divertissement.
Peu après que la France a gagné la Coupe du monde de football pour la première fois en 1998, je suis allé à Paris et j’étais sidéré par l’enthousiasme des France-africains qui manifestaient leur frénésie par tous les moyens. Lorsque j’ai demandé à l’un d’eux la raison, sa réponse était prompte: « parce que la France a gagné grâce aux France-africains [qui constituaient la majorité de l’équipe]. Sans eux la Coupe du monde pour la France serait un rêve lointain. Donc c’est notre victoire, ce qui suscite cette euphorie, » a t-il expliqué.
Ce n’était qu’à ce moment là que je me suis rendu compte de la complexité des liens entremelés entre les Français et les Africains en général et en particulier les Africains vivant en France, que j’appele « France-africains. »
Mais ces liens étroits ne datent pas de la dernière pluie. Ils s’étendent de la période coloniale au 19 ème siècle jusqu’à la récente restructuration des bases militaires françaises en Afrique de l’Ouest. Elles se distinguent en trois phases majeures:
1) LA PERIODE COLONIALE.
Dès le 19 siècle la France instaure un empire structuré autour de deux blocs: l’Afrique occidebtale françaises (aof) et l’Afrique équatoriale française (aef). Le système repose sur l’exploitation des ressources, l’utilisation des troupes et l’assimilation culturelle.
2) LES INDÉPENDANCES ET LA NAISSANCE FRANCE AFRIQUE
Après les indépendances en 1960, la France concède la souveraineté politique mais maintient son influence via des accords de défense et la zone franc orchestrée par le général Charles de Gaulle. Ce système informel a permis à Paris de soutenir des régimes alliés et de sécuriser ses intérêts économiques.
3) LA RUPTURE CONTEMPORAINE
Face à une concurrence géo-politique et de contestation populaire, la France à dû fermer ou intercéder plusieurs de ses bases au Sénégal, en côte d’ivoire, au Mali et au Niger. La doctrine actuelle cherche à redéfinir les relations sur des bases plus égalitaires et diversifiées.
Pourquoi ce rappel ? Parce que les problèmes de tout le monde sont des problèmes politiques, et les problèmes politiques sont les problèmes de tout le monde. Donc on peut affirmer que le sport de nos jours, constitue un problème politique, voire diplomatique pour tout le monde. J’en veux pour preuve le VETO, (acte par lequel une autorité peut s’opposer à l’entrée en vigueur d’une loi) du président Américain Donald Trump pour faire avorter le carton rouge que le footballeur Américain Folarin Balogun a eu lors du match contre la Bosnie.
Ironiquement, le footballeur est un noir dont la race est traitée de tous les noms d’oiseaux par Trump qui travaille d’arrache pied pour expulser les noirs. Cela veut dire que: si les noirs sont célébres et utiles ils sont embrassés et traités comme des patriotes, si c’est le contraire ils sont désavoués et rejetés comme des immigrés illégaux.
Même son de cloche en France. Quand l’équipe française de football gagne c’est la France qui gagne avec honneur et fierté, dans le cas contraire c’est la faute des France-africains qui ont humlié la République comme c’était le cas pendant la finale de la Coupe du monde 2022 au Qatar lorsque deux France-africains, Kinsley Coman et Tchouameni Aurélien, ont raté lors des tirs au but contre l’Argentine.
Ce comportement déshonorant dépasse les frontières françaises pour immigrer aux États-Unis. Par exemple les basketteurs France-africains célèbres qui jouent aux Etats Unis comme Victor Wembanyama, (qui signé un contrat de cinq ans pour 252 millions de dollars) et Rudy Gobert, ils sont appelés par les Journalistes et commentateurs « le français, » mais ceux qui sont moins célèbres comme Bilal Coulibaly et Alex Sarr sont appelés par leurs noms.
Lorsque la France a remporté la Coupe du monde en 2018, sur la photo officielle, on voit des joueurs de l’équipe célébrant la victoire avec le président Emmanuel Macron sur le perron du palais de l’Elysée. Les France-Africains ont dû se contenter des strapontins.
Pour sécuriser ses intérêts économiques la France a profité des ressources africaines grâce à la connivence des régimes alliés qui ont toléré le maintien des bases militaires avec des accords de défenses défavorables. Grâce en partie au phosphate (essentiel pour le stockage de l’électricité) du Niger, les centrales nucléaires français fonctionnent à merveille et les villes sont illuminées, tandis que le seuil de pauvreté oscille autour de 45% et l’accés à l’électricité se situe autour de 20%.
Sur le plan sportif, la France se sert des France-africains pour remporter des trophées, chantant sans embage ni vergogne: « allez les bleus et vive la France, » en même temps, méprisant et ridiculisant les vrais acteurs.
Mais comment les Africains vont- ils se débarrasser de cette coopération déséquilibrée? Pour le moment, c’est une mission presque impossible parce que c’est un mariage de convenances ; une union pour des raisons stratégiques, matérielles, sociales ou culturelles, plutôt que par amour. Les motivations principales reposent sur l’intérêt personnel comme des avantages financiers.
La France est obligée de rester dans le mariage même après avoir affiché sa répugnance pour son partenaire ( bien qu’il soit sa bête d’aversion), à cause de ses besoins. Les Africains non plus ne peuvent pas divorcer à brûle-pourpoint car Ils sont contraints de rester à cause de leur attachement à la langue française et du Franc CFA monnaie de la Communauté Financière d’ Afrique.
Si remporter la Coupe du monde sans les France-africains était un rêve lointain pour la France, être indépendant culturellement sera une utopie pour les Africains parce que le Français, dont ils sont fiers, est leur langue nationale. Étonnamment, parfois ils sont plus royalistes que le roi, se moquant de ceux qui font une « faute » en français, mais quand ils commettent des « fautes » dans leurs langues nationales ça passe inaperçu. Comportement typique de haine de soi.
Avant de demander à la France de dégager il faut d’abord trouver un autre moyen plus approprié à communiquer accepté par l’échange. Avant de parler de divorce, il faut d’abord vivre une séparation pour prouver que les mariés sont prêts à se quitter. Les Africains sont-ils en passe de divorcer? En tout cas, une rupture brutale risque de causer une implosion dévastatrice.
Puisque le sport est devenu le problème de tout le monde politiquement, économiquement et culturellement, logiquement il ne doit pas être ignoré.
« Et si une équipe africaine joue contre la France, quelle sera la position des France-africains? » ai -je demandé à mon interlocuteur. Après une réflexion, il a déclaré avec une pointe d’hésitatiion: « Certains supporteront l’équipe africaine et d’autres l’équipe française, et il y en a qui diront: ‘quel que soit le résultat, c’est l’Afrique qui gagne’ « . Alors, vive la différence.
Bantigi Doucourey
Journaliste d’investigation et ancien joueur/coach de l’équipe de football de l’armée de l’air Américaine dans le Golfe


