Membre fondateur-signataire du manifeste du Parti africain de l’indépendance (Pai) et Premier Secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail (Pit) d’obédience idéologique marxiste-léniniste, Seydou Cissokho est le prototype du combattant de la liberté et du don de soi au service du bien commun pour l’indépendance nationale.
Seydou Cissokho, né en septembre 1929 à Bakel, appartient à la première génération de la gauche sénégalaise engagée pour l’indépendance nationale, la défense des masses populaires, du mouvement ouvrier et syndical, des libertés démocratiques et de la dignité des peuples africains.
Aux côtés de Majhmout Diop, Malick Kamara, Khalilou Sall, Abdou Mouminou, Mbagne Faly Diouf et Abdou Kane, ce Soninké, formé à Bakel puis à Matam, a été membre fondateur du Parti africain de l’indépendance et signataire du manifeste du 17 septembre 1957.
Instituteur formé à l’École normale William Ponty, il débute sa carrière à Kidira. Fils de cheminot, il est marqué par les luttes politiques et syndicales de Thiès, ville ouvrière et ferroviaire. Son engagement politique et syndical l’a conduit à parcourir le Sénégal, l’Afrique et l’Europe.
Reconnu pour sa rigueur intellectuelle, son éloquence et sa discipline militante, il incarnait une figure respectée de la gauche sénégalaise. Influencé par les idées de Karl Marx, Vladimir Ilitch Lénine, Fidel Castro et Che Guevara, il accordait une place importante à la presse militante.
Rédacteur en chef puis directeur de publication des journaux du PAI, « La Lutte » et « Daan Doolé », il contribua à la formation et à l’orientation politique des militants à travers ses écrits et publications.
Lors de la commémoration du 40e anniversaire de sa disparition (mars 1986 – mars 2026), anciens camarades, proches et habitants de Dakar, Bakel et Thiès ont salué la mémoire d’un leader charismatique qui consacra sa vie aux causes patriotiques et au mouvement ouvrier.
Entouré de quelques camarades et soutenu par des populations toujours acquises à sa cause, Seydou Cissokho fait partie de ces révolutionnaires des tropiques qui voulaient un changement radical de l’ordre ancien et de ses structures solidement installées et appuyées par l’ancienne puissance colonisatrice, la Métropole.
Une vie de combats
Déclarés persona non grata par le régime du parti unique de fait socialiste (Ups-Ps) des années post-indépendances (1960-1976), ces opposants de type nouveau étaient traqués et persécutés, de jour comme de nuit, par le pouvoir du président Léopold Sédar Senghor, alors en pleine construction du jeune État-nation. Leurs méthodes de lutte, jugées aux antipodes des règles démocratiques, étaient accusées d’être financées de l’extérieur.
Avec comme cri de guerre « Moom Sa Rêêw – Bokk Sa Rêêw – Défar Sa Rêêw », ces guérilleros souverainistes, confrontés à une forte répression policière, n’avaient d’autre choix que la clandestinité, l’exil, la prison ou la mort.
Après la dissolution du Parti africain de l’indépendance (PAI-Sénégal), l’exil de plusieurs dirigeants, dont Majhmout Diop établi à Bamako puis à Alger, ainsi que les divisions internes et les trahisons dans les rangs, le parti fut affaibli et ses structures désorganisées.
D’autres camarades, convaincus de leurs idéaux et guidés par Seydou Cissokho, qui assurait également les liaisons avec la direction établie à l’étranger, poursuivirent néanmoins la lutte. Mais, au fil du temps, certains dirigeants ont perdu leur engagement, tandis que d’autres ont rejoint le camp du pouvoir. Le parti tombe en décrépitude.
Seydou Cissokho, accompagné de quelques camarades et soutenu par des populations qui continuaient d’y croire, résiste contre vents et marées afin de reconstruire solidement l’organisation. Sur les bases du PAI clandestin est né officiellement le Parti de l’indépendance et du travail (Pit-Sénégal), légalisé le 9 juillet 1981. Seydou Cissokho devient le premier secrétaire général.
Sa tête mise à prix à hauteur de 25 millions de Fcfa et sa santé devenant fragile, le marxiste s’est exilé en Union des républiques socialistes soviétiques (Urss), où il participait au XXVIIe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (Pcus).
Sa dernière intervention publique remonte au 2 février 1986, lors d’une table ronde internationale consacrée au développement socio-économique des pays d’Afrique noire et aux enjeux de la démocratie.
Cet illustre fils du Sénégal mourut à Sotchi, en Urss, le 10 mars 1986, à l’âge de 57 ans, alors qu’il était hospitalisé. Il fut ensuite enterré à Thiès.
Depuis lors, d’autres camarades du parti ainsi que les jeunesses communistes, notamment l’Union des jeunesses démocratiques Alboury Ndiaye (Ujdan), continuent de porter le flambeau.
Mamadou Lamine DIEYE

