Frères et sœurs, ouvrons les yeux.
Notre beau Sénégal, ce pays de la Téranga tant admiré dans le monde entier, est en train de se déchirer sous nos regards impuissants. Chaque jour, les querelles politiques empoisonnent l’air que nous respirons. Chaque semaine, de nouvelles grèves paralysent nos écoles, nos hôpitaux, nos services publics. Chaque mois, les divergences se transforment en fossés infranchissables.
Et pendant ce temps, notre pirogue commune prend l’eau.
Regardez autour de vous. Regardez cette mère de famille qui ne peut pas accoucher dans de bonnes conditions parce que les sages-femmes sont en grève. Regardez cet élève qui passe son année à rattraper des cours perdus à cause des mots d’ordre à répétition. Regardez ce jeune diplômé qui désespère de trouver un emploi pendant que ceux qui devraient montrer l’exemple passent leur temps à s’invectiver.
Est-ce vraiment cela, le Sénégal que nous voulons laisser à nos enfants ?
Je vous le demande, à vous qui gouvernez : comprenez-vous que gouverner, ce n’est pas régner, mais servir ? Quand vous passez plus de temps à consolider votre pouvoir qu’à soulager la souffrance du peuple, vous trahissez votre mission sacrée.
Je vous le demande, à vous qui syndiquez : la défense des travailleurs est noble, mais quand elle devient une arme qui blesse d’abord les plus vulnérables, n’avons-nous pas perdu le sens de notre combat ?
Je vous le demande, à vous qui manifestez : la colère est légitime, mais quand elle se transforme en violence qui détruit ce que nous avons construit ensemble, qui en sort vraiment gagnant ?
Car il faut le dire haut et fort : personne ne gagne dans un pays qui s’effondre.
Le commerçant qui ne peut plus vendre à cause des manifestations ne gagne rien. L’ouvrier qui ne touche plus son salaire à cause des grèves à répétition ne gagne rien. L’étudiant qui rate son examen à cause des perturbations ne gagne rien. La vieille dame qui ne peut plus se soigner à l’hôpital public ne gagne rien.
Nous perdons tous. Et nous perdons surtout notre âme.
Je me souviens de ce que disaient nos anciens : « Le bâton lance des flammes, mais la parole unit. » Pourquoi avons-nous oublié cette sagesse ? Pourquoi avons-nous choisi la confrontation quand le dialogue pourrait tout résoudre ?
Regardons la vérité en face :
Le Sénégal n’est pas un pays pauvre. Le Sénégal est un pays riche qui s’appauvrit à cause de ses divisions. Nous avons des terres fertiles, mais nous importons ce que nous pourrions cultiver. Nous avons des jeunes brillants, mais nous les laissons partir sur des pirogues vers l’inconnu. Nous avons des ressources, mais elles profitent à quelques-uns pendant que la majorité lutte pour survivre.
Frères et sœurs, ce n’est pas une fatalité !
Nous pouvons changer le cours des choses. Mais pour cela, il faut que chacun fasse un pas.
Que le gouvernement tende la main, sincèrement, sans calcul. Que l’opposition accepte de construire, pas seulement de critiquer. Que les syndicats pensent à l’intérêt général, pas seulement aux intérêts catégoriels. Que la société civile garde son rôle de vigie, mais refuse d’être instrumentalisée.
Et surtout, que chaque citoyen prenne ses responsabilités. Parce que la nation, ce n’est pas une idée abstraite. La nation, c’est toi, c’est moi, c’est nous. C’est ce voisin que tu salues le matin. C’est ce collègue avec qui tu partages le thé. C’est ce parent que tu retrouves au baptême.
Qu’avons-nous fait de notre fameuse Téranga ?
La Téranga, ce n’est pas seulement offrir à manger à l’étranger. La Téranga, c’est d’abord cette capacité à s’asseoir autour du même bol, à partager le même repas, à discuter jusqu’à trouver un terrain d’entente. C’est cette sagesse qui fait que, même en désaccord, on reste frères.
Aujourd’hui, la Téranga est en danger. Et si la Téranga meurt, qu’est-ce qui restera du Sénégal ?
Je lance un appel du fond du cœur :
Assez de ces postures qui divisent ! Assez de ces egos qui nous aveuglent ! Assez de ces intérêts particuliers qui tuent l’intérêt général !
Revenons à l’essentiel. Revenons à ce qui fait notre force : notre unité dans la diversité, notre capacité à surmonter les épreuves ensemble, notre foi inébranlable en un destin commun.
Le Sénégal mérite mieux que ce spectacle navrant.
Le Sénégal mérite des dirigeants qui pensent d’abord au peuple. Le Sénégal mérite des syndicats qui défendent sans détruire. Le Sénégal mérite des citoyens qui exigent sans brûler. Le Sénégal mérite la paix, le travail, la dignité.
Alors, debout !
Debout, vous qui croyez encore en ce pays ! Debout, vous qui refusez la résignation ! Debout, vous qui voulez construire plutôt que détruire !
Tendons-nous la main. Asseyons-nous autour de la même table. Parlons-nous franchement, mais avec respect. Et surtout, écoutons-nous. Parce que c’est dans l’écoute que naissent les solutions.
Notre pirogue Sunugal tient encore.
Elle a traversé des tempêtes, elle a connu des vagues immenses. Mais elle tient encore. Parce que nos ancêtres l’ont construite solide. Parce que des générations de Sénégalais ont pagayé ensemble.
Aujourd’hui, c’est à notre tour de pagayer. Pas les uns contre les autres, mais tous dans le même sens.
Si nous continuons à nous diviser, la pirogue chavirera. Et quand elle chavirera, il n’y aura pas de riches ou de pauvres, pas de ministres ou d’opposants, pas de syndicalistes ou de patrons. Il n’y aura que des Sénégalais qui auront échoué ensemble.
Mais si nous nous unissons, si nous retrouvons le chemin du dialogue et de la fraternité, alors rien ne pourra nous arrêter.
Nous ferons de ce pays ce qu’il doit être : une terre de justice, de progrès et de dignité pour tous.
Frères et sœurs, le choix nous appartient.
La division ou l’unité. L’échec ou la réussite. Le chaos ou la paix.
Moi, j’ai choisi. J’ai choisi l’unité. J’ai choisi la main tendue. J’ai choisi de croire que le Sénégal peut se relever.
Et vous ?
Que votre réponse soit celle du cœur. Que votre réponse soit celle de la raison. Que votre réponse soit celle de l’amour pour ce pays qui nous a tout donné.
Sénégal Sunugal, notre pirogue commune.
Elle tient encore. Mais c’est maintenant qu’il faut agir. Pas demain. Pas après-demain. Maintenant.
Unissons nos forces. Unissons nos cœurs. Unissons nos destins.
Car c’est ensemble que nous vivrons, et c’est ensemble que nous vaincrons.
Debout, Sénégal ! Le peuple a besoin de toi. La jeunesse a besoin de toi. L’Afrique a besoin de toi. Le monde a besoin de ce que tu as de plus précieux : ta capacité à montrer que l’unité est toujours possible.
Ne décevons pas cette attente. Ne décevons pas l’histoire. Ne décevons pas nos enfants.
Sunugal !
Diama Badiane, sociologue-phisophe


