Dans un contexte de croissance continue de la demande en viande de volaille au Sénégal, les questions liées à l’alimentation des poulets de chair, à l’utilisation des Organismes génétiquement modifiés (Ogm) et à la sécurité sanitaire suscitent de nombreuses interrogations. Entre préoccupations des consommateurs et éclairages scientifiques, le Dr Abou Adiouma Faye, médecin vétérinaire clinicien, apporte des explications sur les réalités de la filière avicole et ses enjeux.
Les poulets de chair élevés au Sénégal sont-ils nourris avec des aliments contenant des Ogm ?
La situation est effectivement complexe et ne peut être résumée par une réponse simple. Le Sénégal a longtemps adopté une position restrictive vis-à-vis des Organismes génétiquement modifiés (Ogm) à travers la loi de 2009. Cette position a toutefois évolué avec l’adoption de la loi n° 2022-20 du 14 juin 2022, qui a assoupli le cadre juridique applicable. Dans la pratique, le Sénégal ne produit pas encore de cultures Ogm comme le maïs ou le soja. Par contre, une grande partie des matières premières utilisées dans l’alimentation animale est importée. Certains ingrédients entrant dans la composition des aliments destinés aux volailles peuvent donc provenir de cultures génétiquement modifiées, particulièrement le maïs et le soja importés. Il est ainsi possible que les poulets de chair consomment indirectement des produits issus d’Ogm, même si la traçabilité et les proportions exactes sont difficiles à établir.
Quels sont les principaux Ogm utilisés dans l’alimentation des volailles ?
À l’échelle mondiale, les principales cultures génétiquement modifiées utilisées dans l’alimentation animale sont le maïs et le soja. Ces deux cultures constituent la base de nombreuses formulations destinées aux volailles en raison de leur richesse en énergie et en protéines. Le maïs Bt, par exemple, a été génétiquement modifié afin de résister à certains insectes ravageurs ; ce qui permet de limiter les pertes de production. De son côté, le soja « Roundup Ready » a été conçu pour tolérer certains herbicides, facilitant ainsi la conduite des cultures à grande échelle. Selon les disponibilités sur les marchés internationaux, d’autres produits, tels que le colza ou le coton génétiquement modifiés, peuvent également entrer dans la composition des aliments pour animaux. Ils sont généralement transformés en tourteaux ou en farines riches en protéines.
Les Ogm influencent-ils la croissance ou la santé des poulets ?
Au regard des connaissances scientifiques actuelles, aucune différence significative n’a été mise en évidence entre des poulets consommant des produits contenant des Ogm et ceux nourris avec des aliments classiques. Les performances de croissance, l’état sanitaire et les rendements observés sont globalement comparables. En réalité, la croissance des volailles dépend avant tout de la qualité nutritionnelle de la ration, de son équilibre en protéines, en énergie, en vitamines et en minéraux, ainsi que des conditions d’élevage : hygiène, densité des animaux, ventilation des bâtiments et suivi sanitaire. À ce jour, les données scientifiques disponibles n’indiquent pas que les Ogm modifient directement ces paramètres. Les débats portent davantage sur les impacts environnementaux des cultures génétiquement modifiées ou sur certaines pratiques agricoles qui leur sont associées.
La consommation de poulets nourris avec des Ogm présente-t-elle un risque pour l’homme ?
Selon les principales autorités sanitaires internationales, aucune preuve scientifique ne permet d’établir un risque spécifique pour la santé humaine lié à la consommation de produits provenant d’animaux nourris avec des aliments contenant des Ogm. Au cours de la digestion, les protéines issues des Ogm sont dégradées comme toutes les autres protéines alimentaires. Elles ne se retrouvent donc pas intactes dans la viande, les œufs ou le lait consommés par l’être humain. C’est pourquoi les organismes internationaux de référence considèrent, sur la base des connaissances scientifiques disponibles, que la consommation de viande de poulet provenant d’animaux nourris avec des aliments contenant des Ogm ne présente pas de risque particulier pour la santé.
Propos recueillis par Amadou KÉBÉ

