«Matlabou Fawzeyni», le nom du premier hôpital de niveau 3 érigé à Touba, renvoie au dahira de fidèles mourides qui ont soutenu l’initiative de départ en mars 1994. Une infrastructure qui a évolué au fil des années.
Jusqu’en 1994, la ville de Touba n’avait qu’un unique établissement sanitaire, qui était le centre de santé de Ndamatou. De ce fait, pour obtenir certains soins, les résidents devaient se rendre à Diourbel, Thiès, Dakar ou Kaolack. Serigne Saliou Mbacké, à l’époque khalife général des mourides, avait pensé à établir un hôpital dans la ville phare du mouridisme, raconte Dame Ndiaye, ancien président du «dahira des émigrés sénégalais au service de Cheikh Ahmadou Bamba».
En s’appuyant sur ce concept, le cinquième khalife général des mourides a choisi de confier ce projet à Dame Ndiaye et son équipe, tous des fervents mourides vivant à l’étranger. C’est ainsi qu’est née l’association «Matlabou Fawzeyni» (la quête de la joie dans les deux mondes), qui tire son nom d’un poème de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme.
Ainsi, la première pierre de l’établissement hospitalier a été posée le 2 mars 1994 à Dianatoul Mahwa sur un terrain offert au dahira par Serigne Saliou Mbacké. «Tout comme le dahira, Serigne Saliou Mbacké a nommé l’hôpital Matlabou Fawzeyni dès le lancement du projet», se rappelle Dame Ndiaye, qui a piloté ce projet du début à la fin.
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Sur des directives de Serigne Saliou Mbacké, il a commencé à établir le dahira à l’étranger. «Nous étions environ 100 000 fidèles mourides», dit-il, expliquant qu’ils croyaient que 430 millions de francs CFA suffiraient pour achever le projet. Cependant, après avoir examiné le projet, ils ont compris que cela n’était pas réalisable.
«Un hôpital doit respecter certaines normes», a-t-il déclaré, ajoutant que des échanges avec le ministère de la Santé leur ont permis de comprendre que le budget du projet s’élève à six milliards de francs CFA.
Sous la conduite de Dame Ndiaye, donc les mourides de la diaspora qui portent désormais le nom «Matlaboul Fawzeyni» ont décidé de mettre en place une organisation au sein de la diaspora pour réunir des fonds.
«Au départ, nous avions commencé avec un montant de 6 millions de francs», raconte le président d’alors. Par ailleurs, selon lui, une inspection du projet par Serigne Saliou a créé un véritable tournant. Car, dans ses paroles, le dernier fils de Cheikh Ahmadou Bamba sur terre avait encouragé les membres de la communauté à se mobiliser pour mener à bien ce projet qui lui tenait à cœur.
Ces mots, d’après Dame Ndiaye, ont motivé bon nombre de personnes à intensifier leurs efforts. De ce fait, «nous avons réussi à réunir une nouvelle fois 129 millions de francs CFA», a-t-il indiqué. Et, d’ajouter pour une troisième collecte, ils sont mobilisés 549 millions de francs CFA.
Participation d’une association de fidèles catholiques
Jusque-là, d’après notre interlocuteur, seuls des fidèles donnaient leur participation. «L’ensemble de ces fonds a été rassemblé par les fidèles mourides», dit-il, précisant qu’à un certain moment, d’autres communautés sont venues nous apporter leur soutien. Ainsi, tous les Sénégalais ont apporté leur aide.
«Une association chrétienne de Diakhao Sine a contribué à hauteur de 360 mille francs CFA», a-t-il expliqué. Ce qui signifie, selon lui, que l’hôpital est un bien commun.
«Serigne Saliou Mbacké m’avait expliqué que toute aide sans exigence est légale pour la construction de l’hôpital», dit-il, renseignant qu’à un moment donné, le dahira a fondé sa propre société de construction destinée à réaliser le projet qui s’est faite en étroite collaboration avec les services du ministère de la Santé.
Dame Ndiaye a rappelé que lors d’une rencontre avec Abdoulaye Wade, candidat à la présidentielle, il avait promis de soutenir ce projet, une fois qu’il serait élu président de la République. Après huit ans de travaux acharnés, l’infrastructure est livrée à Serigne Saliou Mbacké le 2 mars 2002.
«Nous avons financé cette initiative par nos propres moyens, avec un budget de six milliards de francs CFA», a-t-il souligné, expliquant que cela concerne seulement la construction du bâtiment.
L’hôpital est ensuite mis à la disposition de l’État du Sénégal par Saliou Mbacké en 2005. Ainsi, il est érigé en centre national hospitalier par le président Abdoulaye Wade qui a acheté les équipements à hauteur de 1,5 milliard de francs CFA. Dame Ndiaye renseigne aussi qu’une somme de 400 millions de francs a été mise en tant que capital de fonctionnement par l’État du Sénégal. C’est de cette manière qu’un directeur a été désigné et que l’hôpital a pu débuter ses activités en 2005.
L’infrastructure a reçu, pendant ce temps, une amélioration significative. Durant la présidence de Macky Sall, un bâtiment de cinq étages a été érigé pour accroître les capacités d’accueil. Ce projet, financé par le Fonds souverain d’investissement stratégiques (Fonsis), a nécessité un budget de 15 milliards et a été complété par l’introduction de la radiologie interventionnelle en 2025. Par conséquent, l’établissement s’est transformé en un centre de référence pour la région de Diourbel.
Birane Diop, Correspondant


