À l’hôpital de Richard-Toll, la majorité des évacuations est motivée par l’absence de scanner. Aujourd’hui, les patients et le personnel médical ne souhaitent qu’une chose : en acquérir au moins un pour une prise en charge plus efficace.
DAGANA – À Richard-Toll, le bâtiment des urgences de l’hôpital se trouve à gauche de l’entrée principale. À première vue, il paraît modeste, presque vide. Pourtant, dès qu’on franchit la porte, on constate une véritable machine qui tourne sans relâche. Dans la salle d’attente, des accompagnants aux visages crispés échangent des politesses et des prières pour la santé des leurs. Des infirmiers, stéthoscopes autour du cou, effectuent des visites dans les salles d’hospitalisation. Des médecins-urgentistes font le tour des patients installés parfois à même les couloirs. C’est dans ce bloc que les victimes de traumas et d’Accidents vasculaires cérébraux (Avc) sont prises en charge et suivies. Des patients qui ont urgemment besoin d’un scanner afin d’évaluer l’ampleur des dégâts internes. Sauf qu’ici, cet appareil est inexistant.
Cet impair constitue un véritable goulot d’étranglement. Chaque jour, des vies sont suspendues à la décision de transférer ou non un patient vers Saint-Louis, une ville distante de plus de 100 km. Un manque qui pèse lourdement sur les familles, le personnel et surtout sur les chances de survie des malades. Au mois d’avril dernier, alors qu’il travaillait aux champs, on appelle Abdoulaye Ndiaye, un paysan habitant à Dagana, pour lui annoncer que sa première épouse est victime d’un Avc. « J’ai arrêté toutes mes activités. J’ai essayé de garder la tête froide en rendant grâce au Tout-Puissant avant de me précipiter à la maison. Une fois sur place, j’ai constaté qu’une partie du corps de ma femme ne répondait plus », confie-t-il. Immédiatement évacuée à l’hôpital de Richard-Toll, Mme Ndiaye est admise aux urgences. « Nous avons trouvé un personnel médical accueillant et bienveillant », affirme Abdoulaye, soulignant qu’il n’en avait jamais vu auparavant. Le médecin urgentiste, Dr Thierno Ba, prend en charge la patiente avec dévouement. Après stabilisation, il fallait l’envoyer à Saint-Louis pour un scanner. Abdoulaye Ndiaye, le seul à avoir accepté de témoigner, explique : « On était inscrit sur la liste d’attente pour pouvoir rallier Saint-Louis. Les médecins nous ont vraiment mis à l’aise et fourni les meilleurs soins possibles. Le vendredi, nous avons embarqué vers 9h 20 mn pour arriver après 11 h dans l’ancienne capitale sénégalaise. Nous avions réservé une place pour le scanner avant de rebrousser chemin vers 12 h. Le scanner et le carburant pour l’ambulance m’ont coûté 60 000 FCfa ». Ému, mais déterminé, il est revenu sur le besoin crucial d’équipements, tels que le scanner, dans le Walo. « De Ndioum à Richard-Toll, on manque d’équipements comme le scanner. Cet appareil est indispensable, d’autant plus que l’hôpital de Richard-Toll est le plus convoité de la zone. Vivement qu’il arrive et qu’on l’installe le plus rapidement possible ». Le directeur de l’hôpital, Cheikh Niass, avait annoncé que le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique a prévu de doter l’établissement d’un scanner, pour une meilleure prise en charge des patients. De son côté, Dr Thierno Ba est revenu sur le caractère incontournable d’un scanner dans les établissements de santé. Il dresse un constat sans concession. Le médecin urgentiste explique d’abord le rôle d’un scanner. « Il s’agit d’un examen médical moderne qui utilise les rayons X pour visualiser les organes internes et détecter les pathologies. Cet outil fait cruellement défaut à l’hôpital de Richard-Toll, de sa mise en service à nos jours », avoue-t-il. Pourtant, depuis quelques années, l’établissement connaît une forte montée en puissance et la demande en scanner est devenue très importante. « Environ 80 % des sorties d’ambulances sont motivées par le besoin de réaliser un scanner. Nous sommes obligés de transférer les patients à Saint-Louis, soit environ 240 km aller-retour. C’est très problématique ! Le transport de malades en situation d’urgence sur une telle distance, dans les conditions climatiques locales difficiles, peut aggraver leur état », alerte Dr Ba.
80 % des évacuations motivés par le besoin d’un scanner
Il a aussi insisté sur la course contre la montre : « Pour augmenter les chances de survie, il faut agir très rapidement. Par exemple, en cas d’arrêt cardiaque, il faut intervenir dans les cinq premières minutes. Avant de transférer, nous devons stabiliser le patient : tension artérielle, conscience, respiration… Cela peut parfois prendre jusqu’à trois jours, car le transport ne peut se faire qu’avec un patient stable ». Selon lui, l’arrivée d’un scanner représenterait une avancée majeure dans cette structure sanitaire. Il contribuerait à la réduction des délais de diagnostic, à la baisse des coûts pour les familles, à l’optimisation des durées d’hospitalisation et surtout au sauvetage de nombreuses vies. « Pour les accidentés de la route, nous avons besoin d’un scanner en urgence pour savoir s’il y a des lésions internes. Sans scanner, nous sommes bloqués. Actuellement, nous nous rabattons sur l’échographie pour avoir une idée approximative, notamment pour détecter un saignement. Nous mettons en place des voies veineuses, nous réanimons et nous stabilisons avant d’évacuer », ajoute le praticien. Les pathologies les plus concernées par le scanner restent les Avc (majorité des transferts), les embolies pulmonaires et surtout la traumatologie. « Avec la multiplication des motos « Jakarta », nous recevons de nombreux traumatismes craniocérébraux et polytraumatisés. Ce sont les deux principales indications : traumatologie et pathologies neurovasculaires », explique-t-il. Le Dr Thierno Ba indique aussi que l’administration travaille à l’affectation d’un radiologue pour interpréter les images. Au-delà du scanner, d’autres besoins urgents persistent, à savoir le renforcement du personnel de réanimation et le recrutement d’un chirurgien orthopédiste pour prendre en charge les victimes d’accidents après bilan lésionnel. « Le scanner est un outil fondamental et incontournable (…) Même certains de nos collègues de Dakar sont étonnés d’apprendre que nous devons déplacer un patient sur plusieurs kilomètres pour un simple scanner. C’est inadmissible ! », martèle le médecin urgentiste. Il a également souligné la nécessité d’avoir au moins un scanner dans chaque département. « Cela permettrait de sauver beaucoup de vies et d’améliorer l’efficacité du système de santé. L’hôpital de Richard-Toll pourra ainsi mieux répondre aux besoins de la population du Walo », assure Dr Ba.
Par Tidiane SOW (Correspondant)

