Grâce aux constellations de satellites en orbite basse, des millions d’Africains vivant dans des régions difficiles d’accès pourraient bénéficier d’une connexion Internet de qualité. Cette technologie est susceptible de renforcer l’accès aux services publics, à l’éducation, à la santé et aux opportunités économiques, là où les réseaux terrestres restent insuffisants ou trop coûteux à déployer. Les auteurs du rapport intitulé « Télécommunications délocalisées : le défi stratégique de l’Internet par satellite pour les économies africaines, publié par l’Africa CEO Forum et Askya Investment Partners » estiment toutefois que cette innovation ne doit pas se développer au détriment des opérateurs télécoms nationaux. Ils rappellent que ces derniers financent les infrastructures locales et sont soumis à des obligations strictes en matière de fiscalité, de couverture du territoire, de sécurité et de protection des consommateurs, contrairement à certains fournisseurs satellitaires qui bénéficient parfois d’un cadre réglementaire plus favorable. Selon le rapport, une telle asymétrie pourrait fragiliser les investissements dans les réseaux terrestres et transférer une partie de la valeur créée vers des entreprises dont les infrastructures et les centres de décision sont situés hors du continent.
« Il ne s’agit pas de freiner l’innovation, mais d’instaurer des règles du jeu équitables. Les nouvelles technologies, doivent évoluer dans un environnement réglementaire clair, garantissant une concurrence loyale entre tous les acteurs », souligne Amir Ben Yahmed, directeur général de l’Africa CEO Forum.Au Sénégal, le débat est déjà une réalité avec l’arrivée officielle de Starlink en février 2026. L’entreprise a obtenu une licence d’exploitation de cinq ans afin de proposer ses services sur le territoire national. Les autorités ont parallèlement annoncé le déploiement de 5 000 kits satellitaires destinés à connecter jusqu’à un million de personnes, en priorité dans les zones rurales ainsi que dans les écoles et les structures sanitaires. Cette initiative devrait accélérer l’inclusion numérique, mais elle introduit également une nouvelle forme de concurrence pour les opérateurs historiques, qui continuent d’investir dans les infrastructures nationales tout en respectant des obligations réglementaires et fiscales importantes. L’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) a d’ailleurs rappelé que les équipements Starlink ne peuvent être utilisés pour revendre des services Internet au public sans autorisation. Une position qui illustre la volonté des autorités d’encadrer le développement de cette technologie.Plutôt que d’opposer Internet satellitaire et réseaux terrestres, le rapport recommande de privilégier leur complémentarité. Le satellite pourrait ainsi desservir les zones les plus isolées, assurer la continuité des services en cas de panne ou encore renforcer les infrastructures existantes.
Oumar FEDIOR


