Quatrième fils de Cheikh Ahmadou Bamba et père de l’actuel Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké, Serigne Bassirou Mbacké a marqué durablement l’histoire de la confrérie. Érudit, écrivain et grand bâtisseur, il a consacré sa vie à préserver et transmettre l’héritage de Cheikhoul Khadim. Son ouvrage « Minanul Bâqil Khâdim » demeure l’une des biographies les plus complètes et les plus reconnues sur le fondateur du Mouridisme.
Bien qu’il n’ait jamais accédé au khalifat général des mourides, Serigne Bassirou Mbacké demeure l’un des fils de Serigne Touba qui ont le plus profondément marqué l’histoire de la confrérie. Son héritage intellectuel et historique continue de rayonner à travers ses écrits et ses nombreuses réalisations qui rythment, à ce jour, le quotidien des disciples. Né à Coki (région de Louga) en 1895, il voit le jour dans la maison maternelle où sa mère, Sokhna Fatimatou Mame Diop, était retournée pour attendre Serigne Touba, exilé au Gabon quelques mois avant sa naissance. « Il est né quasiment deux mois après le départ du Cheikh au Gabon. Alors que Serigne Touba est parti en septembre, Serigne Bassirou est né vers le mois de novembre en tant que quatrième fils de Serigne Touba après Serigne Modou Moustapha, Serigne Fallou et Serigne Bara », rappelle son petit-fils, Abo Bachir Mbacké.
À ses sept ans, il fut confié par Mame Thierno Borom Darou à Serigne Dame Abdourakhmane Lô qui l’initia aux études coraniques. Très intelligent et doué dans les études, Serigne Touba, à son retour d’exil, en 1902, l’a trouvé bien avancé dans l’apprentissage du Coran. « Il devait se situer à la sourate 48, Al Fathi, autrement appelé la « Victoire éclatante ». D’ailleurs, un manuscrit a été retrouvé dans les documents du Cheikh célébrant cette prouesse du jeune Bassirou Mbacké », raconte Abo Bachir. Contraint une seconde fois à l’exil, Serigne Touba a dû partir en Mauritanie avec Serigne Bassirou. C’est au pays des Maures qu’il va terminer ses études coraniques auprès, cette fois-ci, de Serigne Mbaye Diakhaté. C’est ainsi qu’il est devenu très proche de Cheikhoul Khadim, qu’il n’a jamais quitté depuis ses sept ans, le suivant dans toutes ses pérégrinations : de la Mauritanie jusqu’à son retour à Thiéyène Djolof et son installation à Diourbel. Cec lui a permis d’avoir une solide formation et d’avoir des connaissances pointues sur bien des matières. « Tous ceux qui l’ont connu s’accordaient à reconnaître son immense érudition. C’était un homme d’une grande culture intellectuelle », assure Serigne Abo.
Travailleur infatigable
Plus tard, s’appuyant sur sa solide formation alliée à son intimité avec son père, Serigne Bassirou entreprit un travail de conservation de la mémoire du fondateur du Mouridisme. Son ouvrage « Minanul Baqil Xadim », consacré à la vie, à l’œuvre et aux enseignements de Cheikhoul Khadim, demeure encore, à ce jour, l’une des références de l’historiographie mouride. « Tous ceux qui relatent l’histoire de Serigne Touba sont obligés de citer Serigne Bassirou. D’ailleurs, il est difficile d’assister à une assemblée de mourides sans qu’on fasse référence à lui », se réjouit son petit-fils.
Pour Serigne Abo Bachir, Serigne Bassirou Mbacké ne s’est pas uniquement illustré par son activité intellectuelle. Il fut également un grand bâtisseur. Animé par la volonté de prolonger l’œuvre de son père, il fonda plusieurs localités, notamment dans le Saloum, devenues aujourd’hui des foyers ardents du Mouridisme. « C’est le cas de Touba Saloum, Touba Mbil, Touba Mboul, Nasrou, Darou Miname, etc. », liste-t-il. Serigne Bassirou s’est également illustré dans l’édification de la Maison de Serigne Touba dans les capitales régionales. La Maison de Serigne Touba, sise à Colobane, à Dakar, fut son domicile. Il en est de même de la Résidence Khadimou Rassoul à Touba, en face de la Grande mosquée. Près de 60 ans après sa disparition, son héritage continue de vivre à travers ses fils et petits-fils.
Son fils, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, l’actuel Khalife général des mourides, est aujourd’hui la figure la plus marquante du règne des petits-fils entamé depuis 2007. Ceci fait dire à Serigne Abo Mbacké que Serigne Bassirou Mbacké, même s’il n’a pas été khalife, « a grandement laissé son empreinte dans le Mouridisme ». Disparu le 31 juillet 1966, il a été enterré à Darou Miname.
Souleymane WANE


