Relancé avec de nouvelles ambitions, le Programme national d’aménagement et de modernisation des villes religieuses (Pnamvr) veut renforcer les infrastructures cultuelles, améliorer l’accueil des fidèles et faire des cités religieuses de véritables pôles de développement, tout en préservant leur identité spirituelle et culturelle. Son directeur général, Amdy Moustapha Mbacké, détaille les priorités, les projets en cours et les défis à relever.
Le Programme national d’aménagement et de modernisation des villes religieuses a été relancé. Quelle est aujourd’hui sa vision et quelles sont les priorités de cette nouvelle phase ?
Notre vision est de faire des villes religieuses des espaces mieux aménagés, plus accueillants et davantage adaptés aux besoins des populations ainsi qu’aux millions de fidèles qui les fréquentent chaque année, tout en préservant leur identité spirituelle, culturelle et historique. La modernisation ne signifie pas une rupture avec les traditions ; elle consiste plutôt à créer les conditions d’un meilleur cadre de vie et d’un meilleur accueil, dans le respect des valeurs qui fondent ces cités. Contrairement à certaines perceptions, le Pnamvr n’a pas vocation à intervenir sur l’ensemble des infrastructures urbaines. Le cœur de notre mission est aujourd’hui centré sur les infrastructures à caractère religieux et les équipements qui les accompagnent. Nous intervenons notamment dans la construction de mosquées, d’églises et de chapelles, la réhabilitation d’édifices religieux existants, la réalisation de maisons d’hôtes destinées à améliorer les capacités d’accueil des visiteurs, ainsi que dans la construction d’esplanades destinées aux grands rassemblements religieux. Le Programme apporte également un appui matériel aux communautés religieuses à travers des dons de matériel de sonorisation et de matériaux de construction lorsque des besoins sont identifiés. Cette approche permet d’accompagner concrètement les initiatives locales tout en renforçant les capacités des différentes communautés.
Combien de villes religieuses sont aujourd’hui concernées par le Programme ?
Le Pnamvr est un instrument républicain au service de la Nation tout entière. Notre champ d’action couvre l’ensemble des villes, cités et sites religieux reconnus par l’État du Sénégal, dans un souci constant d’équité et sans la moindre distinction de confession, d’obédience ou de confrérie. Aujourd’hui, le Programme intervient directement dans plusieurs dizaines de localités réparties sur toute l’étendue du territoire national. Cela englobe naturellement les grandes métropoles religieuses à forte affluence, telles que Touba, Tivaouane, Médina Baye, Porokhane ou Popenguine, mais aussi un maillage dense de cités spirituelles et de lieux de mémoire historiques. À titre d’illustration, nous sommes activement présents à Darou Mousty, dans la région de Louga, à Mpal, dans la région de Saint-Louis, à Ndiassane, à Thiénaba, ainsi que dans des zones enclavées ou historiquement moins dotées. C’est le cas, par exemple, du village de Félane, dans la région de Fatick, où nous avons récemment achevé la construction d’une chapelle moderne au profit de la communauté chrétienne locale. Notre feuille de route vise une couverture nationale progressive, équilibrée et méthodique. Cette planification s’effectue en parfaite synergie avec les autorités administratives déconcentrées, les collectivités territoriales et, bien entendu, les autorités morales et spirituelles des différentes communautés, afin d’identifier avec précision les priorités du terrain.
Quel est le budget mobilisé pour cette nouvelle phase ?
Le Pnamvr s’appuie sur une dotation budgétaire substantielle allouée par l’État du Sénégal, directement inscrite au budget de notre ministère de tutelle, le ministère des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires. Toutefois, au regard de l’ampleur des besoins exprimés sur le terrain et de l’urgence d’offrir des infrastructures répondant aux standards internationaux, nous sommes conscients que l’effort budgétaire de l’État doit être renforcé par des mécanismes complémentaires. C’est tout le sens de notre stratégie de mobilisation de ressources auprès de nos partenaires techniques et financiers (Ptf). Nous avons engagé une restructuration en profondeur de notre ingénierie financière. Notre objectif est de diversifier nos sources de financement à travers la mise en place de partenariats public-privé (Ppp) structurés, le recours à des mécanismes financiers alternatifs et éthiques, tels que les émissions obligataires vertes ou la finance islamique sociale, mais aussi la mobilisation de contributions citoyennes et de mécénat à travers des fonds de dotation dédiés. Cette stratégie, à la fois diversifiée et proactive, nous permettra d’élargir considérablement notre capacité d’investissement, d’accélérer l’exécution des projets et de garantir la pérennité des infrastructures réalisées.
Les villes religieuses occupent une place particulière dans l’histoire et la vie sociale du Sénégal. En quoi leur modernisation constitue-t-elle un enjeu stratégique pour le pays ?
Les villes religieuses sont bien plus que des lieux de culte. Elles représentent l’âme du Sénégal. Depuis plusieurs siècles, elles contribuent à la diffusion des valeurs de paix, de dialogue, de tolérance, de solidarité et de vivre-ensemble qui font la réputation de notre pays. Elles ont également joué un rôle déterminant dans la préservation de notre identité culturelle et dans le maintien de la stabilité sociale. Aujourd’hui, leur modernisation constitue un enjeu stratégique majeur. D’abord, parce que ces villes accueillent chaque année plusieurs millions de visiteurs à l’occasion des grands événements religieux. Ces rassemblements nécessitent des infrastructures adaptées, capables d’assurer la sécurité, la mobilité, l’hébergement, l’assainissement et la qualité de l’accueil. Ensuite, parce que ces flux génèrent une activité économique considérable. Le commerce, le transport, l’hôtellerie, la restauration et de nombreux autres secteurs bénéficient directement de cette dynamique. Le tourisme religieux constitue aujourd’hui une véritable industrie. L’Agenda Sénégal 2050 identifie d’ailleurs ce secteur comme un pilier majeur du développement économique national. L’objectif est de structurer de véritables pôles spirituels autour de villes comme Touba, Tivaouane, Popenguine ou Médina Baye, capables d’attirer davantage de visiteurs nationaux et internationaux, tout en générant des emplois durables pour les jeunes et les femmes. Le Sénégal dispose d’un patrimoine religieux exceptionnel, reconnu bien au-delà de ses frontières. Nous devons désormais lui donner les infrastructures qu’il mérite afin qu’il puisse contribuer pleinement au développement économique du pays.
Quels sont les principaux chantiers déjà engagés depuis votre arrivée à la tête du Pnamvr ?
Depuis notre prise de fonction, nous avons souhaité insuffler une nouvelle dynamique fondée sur l’action, la proximité avec les communautés et la recherche permanente de partenariats. Plusieurs projets structurants sont aujourd’hui engagés ou en cours de réalisation. Nous poursuivons notamment la construction et l’aménagement d’esplanades destinées aux grands rassemblements religieux, en particulier à Porokhane et à Andoulaye. Ces infrastructures permettront d’améliorer considérablement les conditions d’organisation de ces grands événements. À Darou Mousty, le Programme réalise une maison d’hôtes moderne de type R+2 comprenant dix-huit chambres, destinée à renforcer les capacités d’accueil des visiteurs, des délégations et des pèlerins. Nous poursuivons également des travaux de pavage, d’aménagement paysager, d’embellissement urbain et d’amélioration du cadre de vie dans plusieurs villes religieuses. En matière d’infrastructures cultuelles, le Programme accompagne notamment le projet de reconstruction de la Grande Mosquée de Ziguinchor. À Félane, dans la région de Fatick, comme je l’ai mentionné plus haut, nous avons construit une chapelle qui constitue un symbole fort de notre engagement en faveur de toutes les communautés religieuses. Cette année, nous prévoyons également la construction d’une église au profit de la communauté catholique d’Enampor, dans la région de Ziguinchor. Parmi les projets majeurs figurent aussi la future maison d’hôtes de Pire ainsi que le projet de reconstruction de la Grande Mosquée de Mpal. Enfin, nous travaillons actuellement avec plusieurs partenaires internationaux sur un projet particulièrement ambitieux : la construction d’une grande mosquée à Ndingala, dans la commune de Golf Sud, à Dakar. Au-delà de ces réalisations, nous avons également engagé un important travail de restructuration institutionnelle du Programme, de renforcement de notre stratégie de communication, de développement de partenariats et de constitution d’un portefeuille de projets destiné à attirer davantage d’investissements.
Quels critères guident le choix des projets et des localités bénéficiaires du programme ?
Notre démarche repose sur des critères objectifs et transparents. Nous recevons des demandes et, sur cette base, nous prenons en compte l’importance religieuse et historique du site, les besoins exprimés par les communautés, l’impact socio-économique attendu, la fréquentation des lieux, le niveau de dégradation des infrastructures existantes ainsi que la maturité technique des projets. Il est également indispensable que chaque projet soit suffisamment mûr sur les plans technique et foncier afin de permettre un engagement serein des deniers publics. Toutefois, le principe qui guide notre action demeure toujours le même : l’équité territoriale. Aucun territoire du Sénégal ne doit se sentir oublié ou délaissé. Toutes les décisions sont prises dans une logique d’équité territoriale et de concertation avec les autorités religieuses, les collectivités territoriales et les services techniques de l’État.
Le programme concerne aussi bien les mosquées que les églises, les daaras et les sites historiques. Comment veillez-vous à préserver l’équilibre entre les différentes communautés religieuses ?
Vous savez, cet équilibre nous paraît tout naturel, parce qu’il reflète ce que nous sommes en tant que Sénégalais. Nous sommes des serviteurs de la République. Notre devoir est de servir tous les citoyens de la même manière, avec le même respect et le même dévouement. Lorsqu’un dossier arrive sur ma table, je ne me demande pas s’il concerne une mosquée, une église ou un daara. Je regarde avant tout si des femmes, des hommes et des enfants en ont besoin, si le projet est susceptible d’améliorer leur quotidien et de leur permettre de vivre leur foi dans la dignité. Le Pnamvr est un programme de l’État du Sénégal. À ce titre, il s’inscrit pleinement dans les principes de neutralité, d’équité et de respect de la diversité religieuse qui fondent notre République. Nous travaillons avec toutes les communautés, sans distinction. Les projets sont évalués sur la base des besoins, de leur impact et de leur intérêt général, jamais en fonction de considérations confessionnelles. Cette approche contribue à renforcer le dialogue interreligieux, le vivre-ensemble et la cohésion nationale, qui constituent l’une des plus grandes richesses de notre pays.
Le Sénégal dispose d’un important potentiel de tourisme religieux. Le Pnamvr ambitionne-t-il de faire des villes religieuses de véritables pôles d’attractivité économique et touristique ?
Absolument. C’est précisément l’ambition que nous poursuivons. Les pèlerinages ne doivent plus être perçus comme des événements limités à un ou deux jours, après lesquels toute activité retombe. Le tourisme religieux représente une formidable opportunité pour le développement économique de nos territoires. Cette vision s’inscrit pleinement dans les orientations de l’Agenda Sénégal 2050. Si nous dotons des villes comme Touba, Tivaouane, Popenguine ou Porokhane d’infrastructures de qualité – de bonnes routes, un cadre urbain propre, des espaces marchands structurés et un patrimoine valorisé –, les visiteurs viendront tout au long de l’année. Ils pourront se ressourcer, découvrir l’histoire de nos guides spirituels et consommer les produits locaux. Cela générera des emplois durables pour les jeunes et les femmes dans les secteurs de l’artisanat, du commerce, de l’hôtellerie et de la restauration, tout en préservant la piété et le respect du caractère sacré de ces lieux.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels le programme est confronté, notamment en matière de financement et d’exécution des projets ?
Le principal défi est de répondre à l’immensité des besoins dans un contexte marqué par des ressources limitées. La population augmente rapidement, les attentes des citoyens sont fortes et légitimes, tandis que les contraintes budgétaires demeurent bien réelles. C’est pourquoi nous travaillons activement à développer des partenariats avec des institutions nationales, des partenaires internationaux et des acteurs du secteur privé. D’ailleurs, nous comptons parapher très prochainement une convention avec la Haute Autorité du Waqf. Nous poursuivons également nos efforts pour améliorer la planification, renforcer la coordination entre les différents intervenants et accélérer les procédures afin de garantir une exécution plus efficace des projets.
Vous avez un parcours académique et professionnel qui vous a conduit du Sénégal au Soudan puis en Turquie. En quoi cette expérience internationale influence-t-elle votre manière de conduire le Pnamvr ?
Mon parcours entre le Sénégal, le Soudan et la Turquie m’a permis d’acquérir une ouverture sur différentes approches du développement, de la gouvernance et de la conduite des politiques publiques. Au Soudan, j’ai approfondi mes connaissances en sciences religieuses et sociales, ce qui m’a donné une meilleure compréhension des réalités humaines et culturelles qui façonnent nos communautés. En Turquie, j’ai découvert un modèle de développement fondé sur une forte capacité de planification, la valorisation du patrimoine et la réalisation d’investissements structurants au service des populations. Ces expériences m’ont appris qu’il est possible de concilier identité, tradition et modernité. C’est précisément cette vision que je m’efforce de mettre en œuvre au sein du Pnamvr : faire des villes religieuses des espaces modernes, attractifs et durables, tout en préservant leur identité spirituelle, culturelle et historique. Enfin, cette expérience internationale m’a convaincu de l’importance de l’écoute, du dialogue avec les partenaires et de la recherche permanente des meilleures pratiques afin d’offrir aux populations des résultats concrets et durables.
Il y a trois jours, vous avez officialisé votre soutien au président de la République après avoir démissionné du Pastef. Qu’est-ce qui justifie votre décision ?
Je tiens d’abord à préciser que ma décision n’est dirigée contre personne. Elle résulte d’une réflexion personnelle et d’une conviction profonde. J’ai choisi d’accompagner le président de la République parce que je considère qu’il porte aujourd’hui une vision que je partage pleinement pour l’avenir du Sénégal. Mon engagement a toujours été guidé par l’intérêt supérieur de la Nation et non par des considérations de positionnement politique. Quitter le Pastef n’a pas été une décision facile. J’y ai milité avec conviction, j’y ai exercé d’importantes responsabilités et j’y ai partagé des années de combat avec des femmes et des hommes engagés. Je leur conserve tout mon respect et toute ma reconnaissance. Mon choix est désormais clair : accompagner le président de la République dans cette nouvelle étape de son engagement politique et contribuer, en tant que membre fondateur de son nouveau parti, à la construction d’une force politique porteuse de nos idéaux de justice, de souveraineté, de développement et de bonne gouvernance. Je continuerai à servir mon pays avec la même loyauté, la même détermination et le même sens des responsabilités, dans le respect de toutes les sensibilités politiques.
Entretien réalisé par : Elhadji Ibrahima THIAM

