Gouye Mbeut est un village situé dans la commune de Nguer Malal à une vingtaine de kilomètres de Louga. Sa population est estimée à plus de 6.300 habitants. Seulement, les fils du village ont très tôt pris leur destin en main pour mettre à la disposition des siens des infrastructures sociales de base. Toutefois, certains défis persistent notamment l’accès à l’eau et l’enclavement.
LOUGA – Pour se rendre à Gouye Mbeut, un village niché dans la commune de Nguer Malal (département de Louga), il faut emprunter la route nationale et parcourir une vingtaine de kilomètres jusqu’à Keur Madiale. Ensuite, il faut bifurquer à droite et prendre une piste rurale sur une distance de plus de 4 km avant d’arriver à destination.
Sur l’axe Keur Madiale-Gouye Mbeut, le visiteur doit s’armer de courage et de patience, car le parcours est éprouvant. Les travaux de ce tronçon ont récemment démarré. À bord d’un taxi-brousse, nous sommes obligés de contourner certains passages pour laisser la place aux niveleuses et autres engins en action, tout en essayant d’éviter les nuages de poussière soulevés par le chantier. Un vrai supplice.
Après une dizaine de minutes de secousses, Gouye Mbeut nous tend les bras. Au loin, quelques baobabs se dressent majestueusement. Comme beaucoup de villages du Ndiambour, cette localité se transforme progressivement. Son paysage présente une belle architecture qui n’a rien à envier à celle des grandes villes. Villas modernes, maisons aux architectures soignées et nouvelles constructions témoignent d’une mutation visible dès les premiers regards.
Assis à l’ombre d’un baobab, en train de nettoyer son fusil de chasse, El Hadji Samba Sèye, la soixantaine révolue, qui n’a rien perdu de ses capacités d’antan, nous plonge dans l’histoire de son royaume d’enfance.
Ce village est fondé, selon lui, il y a près de deux siècles.
« Gouye Mbeut a aujourd’hui plus de 198 ans », raconte-t-il avec fierté.
À l’origine, précise-t-il, le village portait le nom de « Wakhinane » (creuser un peu pour boire), en référence à la faible profondeur de l’eau souterraine. Le notable explique qu’à cette époque, les éleveurs quittaient la localité de Niomré pour venir y faire paître leurs troupeaux et les abreuver. Une manière aussi, dit-il, « de protéger leur bétail durant la période coloniale ».
Le nom actuel du village serait né d’une pratique des bergers.
« Après avoir chassé des varans, ils suspendaient leurs proies sur les baobabs pour faire sécher. C’est ainsi qu’est né le nom de Gouye Mbeut », explique ce chauffeur à la retraite.
Selon lui, Migui Fam Sèye et Kara Sèye furent les premiers habitants du village.
Engagement communautaire
Au-delà de son histoire, Gouye Mbeut est également connu pour avoir accueilli des figures religieuses. Parmi elles, Thierno Mountaga Daha Tall, petit-fils de El Hadji Oumar Tall, qui y aurait séjourné pendant plus de 30 ans.
D’après El Hadji Samba Sèye, c’est El Hadji Malick Sy qui lui aurait demandé de s’installer dans ce village afin d’échapper aux colons et de poursuivre sa mission religieuse.
Dans cette bourgade, les habitants ont très tôt compris qu’il fallait s’unir et conjuguer leurs forces pour jeter les bases de son développement sans attendre l’État. Les fils du village, d’ici et d’ailleurs, se sont regroupés à travers deux associations, notamment « And Defar Gouye Mbeut » (s’unir pour le développement de Gouye Mbeut) et la Caisse sociale de la jeunesse, afin de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations.
« L’essentiel des infrastructures de base porte la signature des villageois », informe fièrement le chef du village, Pathé Sèye, entouré de ses conseillers.
À titre d’exemple, il cite les lieux de culte, comme la grande mosquée et la clôture du cimetière, qui ont été intégralement financés par les associations du village.
Outre ces réalisations, les fils de Gouye Mbeut ont également investi dans le domaine de la santé.
« Nous disposons d’un poste de santé qui a été mis en place dans les années 1970 grâce à des partenaires. Mais il était devenu vétuste », renseigne El Hadji Samba Sèye.
Face à cette situation, ajoute-t-il, « nous avons décidé de construire un nouveau bâtiment ».
Selon lui, le coût de cette infrastructure sanitaire est estimé à plus de 100 millions de FCfa.
Saluant les efforts consentis par la communauté, l’infirmier-chef de poste (Icp), Thierno Mamadou Ka, estime que « ces investissements permettront de répondre efficacement aux besoins des populations de Gouye Mbeut et des environs en matière de soins de santé ».
Accès à l’eau et désenclavement
Même dynamique dans le secteur de l’éducation. Les habitants ont aussi financé la construction du mur de l’école élémentaire ainsi que des logements destinés aux enseignants.
Avant 2016, les élèves admis en classe de sixième devaient poursuivre leurs études à Nguer Malal ou à Louga. Parce qu’il n’y avait pas de collège ici.
Une situation difficile qui a poussé les populations à se mobiliser pour obtenir l’ouverture d’un collège dans le village.
Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent. L’accès à l’eau potable reste l’une des principales préoccupations des habitants.
« Nous sommes restés plusieurs semaines sans eau à cause d’une panne du forage », explique Hamady Diop, deuxième conducteur du forage du village.
Même si, ajoute-t-il, « un nouveau forage est en cours de réalisation, certains habitants jugent l’eau impropre à la consommation en raison de sa forte salinité ».
Ils réclament ainsi le raccordement du village au réseau de distribution du Lac de Guiers.
Autre espoir des populations : le désenclavement de la zone grâce à la route Keur Madiale-Gouye Mbeut, actuellement en chantier.
Les habitants souhaitent désormais le prolongement de cet axe jusqu’à Ouarack afin de faciliter les déplacements vers Touba, haut lieu du mouridisme.
« Nous sommes souvent obligés de passer par Louga pour rejoindre Touba », explique le chef du village.
Selon lui, le prolongement de cette route permettrait non seulement de réduire les distances, mais aussi de mieux désenclaver toute la zone.
Le 3e plus grand marché hebdomadaire du pays
Gouye Mbeut doit aussi sa renommée à son marché hebdomadaire, organisé tous les lundis.
Véritable carrefour commercial, ce marché est considéré, par les populations, comme le troisième plus important rendez-vous économique du Sénégal, après celui de Diaobé et de Dahra Djolof.
Des commerçants venus des différentes régions du pays, mais aussi de la sous-région, convergent vers cette localité du Ndiambour pour écouler leurs marchandises et conclure des transactions.
Bétail, produits alimentaires, articles divers et équipements y alimentent une intense activité commerciale qui rythme la vie économique du village.
Pour El Hadji Samba Sèye, ce marché représente bien plus qu’un simple espace d’échanges.
« Il joue un rôle majeur dans le développement de l’économie nationale », affirme-t-il, estimant que ce foirail « occupe une place particulière dans l’écosystème économique du pays ».
Par Falel PAM (Correspondant)

