Les villages de Pakhamkouye 1, Sambaye Karang, Khay Diakhal, Palou et hameaux environnants, situés dans la commune de Mont-Rolland (département de Tivaouane), s’insurgent contre la décision annulant la réalisation d’un tunnel sécurisé conforme aux réalités locales, dans le cadre de la construction du tronçon de l’autoroute Dakar–Tivaouane–Saint-Louis. Selon eux, l’Ageroute et l’entreprise en charge des travaux veulent les barricader. Une situation qu’ils jugent inacceptable.
TIVAOUANE– La saison des pluies a quelque chose de magique. Elle adoucit la température, insuffle dynamisme et ardeur aux hommes qui s’apprêtent à confier leurs graines avec espérance à la terre. Au cours de cette matinée d’hivernage, dans la campagne de Mont-Rolland, une commune du département de Tivaouane, comme partout ailleurs, les hommes sont déjà dans les champs.
Mais la crainte d’un enclavement les guette. Les populations refusent que l’autoroute Dakar-Tivaouane-Saint-Louis ne les empêche de se mouvoir. Composée de 18 villages traditionnels, la commune de Mont-Rolland est assise sur un relief accidenté, avec une zone de plateaux qui abrite quasiment l’ensemble des infrastructures socioéconomiques de base.
Écoles, centres de formation, structures de santé, pharmacies, marchés, boutiques, institution municipale, centre socioculturel, lieux de culte, champs et zones de pâturage sont concentrés dans cet espace en altitude.
A lire aussi : Traversées illicites des autoroutes au Sénégal : un plan d’urgence lancé
Au pied de l’élévation se trouve une autre partie des populations, réparties autour de sept villages, dont Pakhamkouye 1, Sambaye Karang, Khay Diakhal, Palo et des hameaux environnants. Dans cette partie, le relief descend progressivement vers les bas-fonds ceinturés par de nombreux ravins creux et des dépressions qui séparent parfois les populations d’un même village.
Cette partie, qui abrite aussi des champs, est dépourvue de toute infrastructure socioéconomique de base. Les populations ont un accès à l’eau du robinet parce que le réseau de la société SenEau s’est arrêté juste à l’entrée du village de Sambaye Karang, localité tampon entre le Mont-Rolland des profondeurs et la zone économique de la commune.
« Les maisons n’ont pas de robinets et les familles s’approvisionnent en eau au niveau de la seule borne-fontaine de la zone », se désole Mame Astou Mbaye, habitante de Sambaye Karang. En période de fortes pluies, les populations de cette partie de Mont-Rolland sont souvent coupées du reste de la commune et peuvent demeurer 24 heures sans avoir la possibilité de quitter le village, même pour évacuer une femme enceinte, selon Daouda Thiandoum, un autre habitant du village.
Une commune divisée en deux par l’autoroute
Leur seule issue de secours reste une piste de raccourci d’un kilomètre environ entre ces deux parties de la commune. Cet axe de survie est considéré comme le cordon ombilical entre la ville et le reste des villages du bas de la montagne.
Chaque jour, ces populations sont obligées de l’emprunter pour se rendre à l’école, au marché, dans les centres commerciaux, les structures de santé ou simplement pour aller au travail. Le scénario est le même pour le bétail.
Aujourd’hui, avec la construction de l’autoroute Dakar–Tivaouane–Saint-Louis, qui a divisé la commune de Mont-Roland en deux, cette piste s’est retrouvée en grande partie dans le domaine de base de l’entreprise chargée de la construction de l’autoroute.
Ceci inquiète les populations qui ont déjà cédé plusieurs hectares pour le campement du chantier et des emprises de l’infrastructure routière. Au rythme de l’évolution du chantier, souligne Daouda Thiandoum, les populations craignent de perdre l’usage de cette piste cruciale. À cela s’ajoute le fait que les populations se retrouvent exposées à des risques d’accidents, de même que le bétail.
« C’était précisément pour éviter d’exposer les populations à des risques d’accidents qu’il avait été décidé, avec les responsables de l’Ageroute et de l’entreprise en charge des travaux, la construction d’un tunnel sur l’axe reliant les villages de Pakhamkouye 1, Sambaye Karang, Khay Diakhal et Palou », a tenu à rappeler M. Thiandoum.
Au fur et à mesure que les travaux avancent, le consensus semble être rompu par l’entreprise qui aurait décidé de ne plus réaliser ce passage sécurisé à hauteur de Sambaye Karang et environs. À la place, c’est une voie de contournement de 5 à 6 kilomètres environ, le long de l’autoroute, qui est proposée avec une passerelle à hauteur de la route de Notto Gouye Diama.
Ce que les populations ne veulent pas entendre. Pour elles, en refusant de réaliser ce tunnel pour des raisons économiques, l’entreprise veut les contraindre à faire 10 à 12 kilomètres, en aller et retour, à la place de 2 kilomètres si elles empruntent la piste reliant directement Sambaye Karang au centre-ville.
« Si ce tunnel sécurisé n’est pas réalisé, élèves, agriculteurs, éleveurs, personnes handicapées, femmes enceintes et autres malades seraient obligés de parcourir entre 6 et 10 kilomètres, selon les villages, pour se rendre au centre-ville » assure Pape Faye, fils de l’imam de Sambaye Karang.
Absence de concertations
Pour Ousmane Diouf, conducteur de moto « Jakarta » et membre actif du comité pour l’érection du tunnel, beaucoup d’élèves vont abandonner leurs études si jamais ils sont obligés de faire quatre, cinq ou six kilomètres pour rallier leurs établissements. Lui préfère, dans ce cas, inscrire ses enfants dans les « daaras » de proximité et leur éviter un lourd parcours.
Selon Daouda Thiandoum, le silence des chefs de villages et du maire, Yves Lamine Ciss, inquiète les membres du comité. Trouvé sous l’arbre à palabre, aux côtés de quelques jeunes du village devant assurer le thé juste après le déjeuner, Pape Diouf, membre du collectif pour la construction du tunnel, regrette le manque de concertations par rapport à l’exécution ou encore l’emplacement de certains ouvrages.
Pour lui, cela a engendré beaucoup d’erreurs dans la réalisation d’infrastructures routières comme hydrauliques exécutées dans la zone. Selon lui, la commune est mobilisée derrière le comité pour la construction du tunnel conformément à la volonté des populations riveraines.
À l’en croire, la communauté a accepté d’inhaler de la poussière, de subir des dommages environnementaux et sanitaires, de céder des terres et même parfois de perdre des symboles mystiques sérères parce que la modernité a des exigences. Cependant, elle n’acceptera pas d’être marginalisée, barricadée ou de voir sa mobilité escamotée.
« Nous sommes prêts à tout. Pour le moment, nous sommes dans la phase de sensibilisation, d’information et de négociation à travers la tenue de point de presse et de l’usage d’un langage diplomatique. Si tout cela ne nous permet pas de trouver une solution durable, inclusive et adaptée aux réalités des populations locales, nous passerons à une étape supérieure », a averti M. Diouf.
Par Ibrahima NDIAYE (Correspondant)

