Depuis quelques jours, la commune de Déaly appelée communément Darma Déaly, située dans le département de Linguère, est sortie de l’ombre. Près d’une dizaine d’enfants, âgés entre sept et neuf ans, notamment des pensionnaires d’un « daara » sis à Ballodji, ont subi le châtiment de leur enseignant. L’affaire a éclaté au grand jour puisque l’une des victimes, Cheikhouna Dieng, après 1 mois et 3 jours d’apprentissage, s’est retrouvé avec des brûlures aux dos, aux fessiers et aux pieds. Son père invite les maîtres coraniques à plus de clémence et de pédagogies envers les apprenants. Le chef de service de l’Action éducative en milieu ouvert (Aemo) de Linguère, Mamadou Pène, abonde dans le même sens et dénonce le lobby maraboutique.
Né le 25 mars 2018, Cheikhouna Dieng était inscrit à l’école française par son père. Le petit potache peinant à lire, son père Cheikh Dieng l’envoie à l’école coranique. Là également, le petit apprenant peine à avancer. Il ne dépasse pas la sourate « Fatiha ». En tant que produit du « daara », M. Dieng transfère le garçon à l’internat de Serigne Mousphata Dème, situé à quelques pâtés de son domicile à Hlm Touba. Malgré qu’il soit en demi-pensionnat, l’enfant progresse enfin. Il mémorise presque le 1/3 du Coran, dit « Juz Amma ». Pour autant, M. Dieng n’est pas rassuré bien que son fils a un bon encadrement pédagogique. Il craint une mauvaise influence, car la famille Dieng vit dans un quartier où la plupart des enfants ne fréquentent ni l’école française ni l’école coranique. Et le petit Cheikhouna Dieng les fréquente à ses heures perdues. Ainsi, pour éviter l’influence de la rue, le père décide de lui changer de lieu d’apprentissage, loin de la famille. Le nommé Modou Dieng lui suggère de l’inscrire dans son internat sis à Ballodji, dans la commune de Déaly, situé à 20 km de Touba. Soucieux du bien-être de son fils, Cheikh Dieng fait une inspection des lieux. « J’ai trouvé que c’était propre et spacieux pour l’épanouissement et l’apprentissage des enfants », confie M. Dieng, vite tombé sur le charme des lieux. Ainsi, il ne se fait pas prier pour inscrire le garçon avec une mensualité de 25.000 FCfa. Cependant, au bout de trois jours, le pensionnaire fugue et revient à la maison familiale grâce à un camionneur.
M. Dieng ramène le petit garçon à l’internat, croyant qu’il faisait des caprices. « Comme il m’a dit qu’il mangeait bien, j’ai pensé qu’il ne voulait pas rester au daara », confie notre interlocuteur, loin de se douter que son enfant était maltraité de la pire des manières. Cheikhouna Dieng était couché sur du zinc exposé sous le soleil brûlant de Billodji. Sans compter les violents coups que lui et ses camarades recevaient. C’est un mois après que M. Dieng a su l’horreur et les autres sévices infligés à son garçon. « Pendant qu’il était à la gendarmerie, Modou Dieng m’a appelé pour m’informer que mon fils était interné suite à des sévices corporels », indique-t-il. À son arrivée au poste de santé de Déaly, Cheikh Dieng est affligé par l’état dans lequel il a trouvé son fils. La gravité des blessures était telle que Cheikhouna avait été évacué au centre de santé Elisabeth Diouf de Dahra. « Il avait la peau arrachée au niveau du dos et des fesses à cause des brûlures qui ont affecté la plante de ses pieds. Il ne pouvait ni marcher ni s’asseoir », décrit le père avec une voix empreinte d’émotion. Ce qui l’irrite davantage, c’est le comportement du propriétaire du « daara ».
« Après que les villageois l’ont informé de la maltraitance que subissaient les pensionnaires, il a amené mon fils chez un guérisseur et il est revenu à Touba. Finalement, ils ont avisé la gendarmerie », explique M. Dieng qui regrette que son enfant ait subi autant de violences parce que tout simplement il n’a pas pu réciter le verset du jour. « Je sais qu’il y a beaucoup de risques dans les « daaras » pour avoir vécu l’expérience, mais je ne pensais pas qu’un enseignant pouvait en arriver à cet extrême », regrette-t-il avant d’inviter les maîtres coraniques à faire preuve de pédagogie, surtout envers les apprenants trop jeunes. «Certains pensent que l’enfant apprend mieux sous les coups or avec un peu de clémence et de pédagogie, il maîtrise vite », dit-il en citant l’exemple de Serigne Saliou Mbacké qui offrait toujours des cadeaux aux talibés pour les stimuler. « Il y a certains marabouts qui le font. Ils ont toujours des biscuits à côté pour stimuler les enfants », dit-il. En attendant que les blessures de son fils soient guéries, M. Dieng et sa famille s’évertuent à l’aider à oublier son traumatisme. Ils semblent bien le réussir, car, révèle-t-il, « Cheikhouna se porte bien et ses blessures sont en train de guérir ».
Fatou Sy

