Dans les couloirs des tribunaux, les mêmes interrogations reviennent sans cesse : où en est le dossier ? Pourquoi la détention dure-t-elle ? Que décide réellement le juge d’instruction ? À travers « De la pratique de l’instruction au Sénégal », Me Meguèye Sèye apporte des réponses claires et méthodiques. Dans un ouvrage à la fois rigoureux et accessible, le jeune greffier plonge le lecteur au cœur d’une phase déterminante de la procédure pénale, encore largement méconnue du grand public.
ZIGUINCHOR – Dans l’univers souvent opaque de la justice pénale, rares sont les ouvrages capables d’éclairer le citoyen ordinaire tout en conservant une solide exigence scientifique. Avec « De la pratique de l’instruction au Sénégal », Me Meguèye Sèye relève ce pari avec brio. Préfacé par le procureur général près la Cour d’appel de Ziguinchor, Saliou Mbaye, cet ouvrage de plus de 150 pages explore avec précision les mécanismes de l’instruction préparatoire, étape essentielle de l’information judiciaire.
Titulaire d’un Master 2 en droit et administration des collectivités territoriales obtenu à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et natif de Ndiaganiao, dans la région de Thiès, l’auteur appartient à cette nouvelle génération de praticiens du droit soucieux de rapprocher la justice des justiciables. Formé au Centre de formation judiciaire, il a rejoint en 2023 le tribunal de grande instance où il assure la gestion du cabinet d’instruction en qualité de greffier. Une immersion professionnelle qui nourrit largement la profondeur de son analyse.
« J’ai choisi d’écrire sur cette question parce qu’elle demeure peu connue du public. Chaque jour, des justiciables sillonnent les juridictions avec des interrogations sur leurs dossiers ou sur la situation de proches détenus. C’est ce constat qui m’a poussé à partager cette modeste expérience », confie-t-il au Soleil.
L’ouvrage paru en 2026 se distingue par son approche pédagogique. Loin du jargon inaccessible, Me Sèye décrypte les pouvoirs du juge d’instruction, les garanties reconnues à la défense et les multiples étapes qui structurent la procédure. Dans le même sillage, il expose avec méthode les conditions d’ouverture de l’information judiciaire, les cas de saisine du magistrat instructeur, les ordonnances possibles, l’audition des témoins, les interrogatoires ainsi que le contrôle de la régularité des actes jusqu’à la transmission finale du dossier.
Dès les premières pages, Me Meguèye Sèye accorde une place singulière à ceux que l’on entend rarement : les détenus provisoires. Une dédicace forte, nourrie par l’expérience du terrain. « J’ai tenu à rendre hommage aux détenus provisoires des cabinets d’instruction, parce qu’ils sont les premiers concernés par cette problématique. Beaucoup attendent une évolution rapide de leur dossier. D’autres supportent de longues détentions ou espèrent, avec patience et foi, leur jugement après notification de l’ordonnance de renvoi. Ils traversent des moments difficiles et d’incertitude, mais souvent avec dignité et honneur », souligne-t-il.
Cette sensibilité humaine donne au livre une portée particulière. Car, au-delà des procédures et des textes, l’instruction judiciaire engage des vies, des libertés et parfois des destins suspendus à une décision.
À la page 65, Me Sèye rappelle le caractère obligatoire de l’instruction préparatoire en matière criminelle. Il explique que la gravité de certaines infractions impose de réunir le maximum d’éléments sur les faits reprochés ainsi que sur la personnalité de la personne mise en cause. Une exigence destinée à éclairer la manifestation de la vérité.
« En réalité, pour ce qui concerne les plaintes avec constitution de partie civile, c’est le maître des poursuites qui saisit le juge d’instruction. En matière criminelle, cette saisine est obligatoire. En matière délictuelle, elle relève de son appréciation, tandis qu’en matière contraventionnelle, elle demeure exceptionnelle. Le juge d’instruction dispose toutefois de mécanismes lui permettant de refuser l’ouverture d’une information, sous le contrôle éventuel de la chambre d’accusation », explique Me Sèye.
Chargé de travaux dirigés (TD) au département de droit public de l’Université Assane Seck de Ziguinchor, Me Meguèye Sèye signe ainsi bien plus qu’un simple manuel juridique. Dans De la pratique de l’instruction au Sénégal, il livre une œuvre utile, vivante et documentée. La technicité du droit y rencontre les réalités humaines des prétoires. Cet ouvrage est appelé à devenir une référence pour les étudiants, praticiens du droit et citoyens désireux de comprendre ce qui se joue derrière les portes du cabinet d’instruction.
Par Gaustin DIATTA (Correspondant)


