Encore appelés « Narr Bi », les jeux de hasard vendent du rêve aux jeunes. Mais, derrière les promesses de gain facile, se cachent aussi des pertes financières, une dépendance grandissante et parfois de lourdes conséquences sociales et familiales.
À Dakar, les paris sportifs séduisent de plus en plus de jeunes et des adultes. Dans plusieurs quartiers de Dakar, les kiosques de paris sportifs et les plateformes en ligne attirent chaque jour des nombreux parieurs. Avec divers montants et un Smartphone, il est désormais possible de miser sur des championnats européens comme la Premier League, la Liga ou encore la ligue des champions de l’Union des associations européennes de football (Uefa). À côté de cette option, il y a aussi les jeux rapides, vous misez votre argent et à la minute qui suit vous remportez votre argent.
Cette pratique connaît une forte popularité chez les jeunes, mais aussi chez les adultes, séduits par la promesse d’un gain facile et rapide. « Au début, je jouais juste pour le plaisir avec mes amis. Mais maintenant, je mise presque tous les jours », confie Ibrahima Ndiaye, étudiant de 21 ans rencontré dans un point de paris sportifs à Pikine.
Comme lui, beaucoup reconnaissent consacrer une partie importante de leur argent de poche aux paris. Certains espèrent payer leurs dépenses personnelles grâce aux gains, tandis que d’autres cherchent simplement à ressentir l’adrénaline du jeu.
C’est le cas de Saliou Mbaye, 57 ans. Vêtu d’un caftan blanc et d’un bonnet sur la tête, le quinquagénaire tient dans la main un papier rempli de chiffres avec lesquels il compte jouer. « Je ne travaille plus depuis un certain temps et je dois subvenir aux besoins de ma famille. C’est pourquoi je viens ici en espérant avoir un peu d’argent », confie-t-il.
Les paris sportifs représentent aujourd’hui un véritable marché économique. Les opérateurs multiplient les publicités sur les réseaux sociaux, à la télévision et pendant les matchs de football. Les offres promotionnelles, bonus de bienvenues et grosses cotes, attirent de nouveaux joueurs, notamment les plus jeunes. Pour certains observateurs, cette forte présence médiatique banalise les risques liés au jeu.
Sidy Diaw, gérant d’un kiosque de pari, explique que grâce à l’argent misé par les parieurs, il gagnait un chiffre d’affaires estimé à près de quatre-millions de FCfa par jour. Toutefois, il explique que, depuis que l’État a imposé des taxes de 20%, son chiffre d’affaires a considérablement baissé. « Depuis l’annonce des taxes, la somme maximum que je fais par jour est 500.000 FCfa », explique-t-il.
C’est d’ailleurs, selon lui, la raison pour laquelle les parieurs favorisent plus les jeux en ligne plutôt que ceux physiques. « Il n’y a pas de taxes à ces jeux. Alors, les parieurs préfèrent jouer avec ces applications et garder leur argent», poursuit-il.
Omar Diop, 24 ans, joueur habitué aux paris en ligne, confie qu’il ne va plus dans les kiosques depuis la nouvelle réforme. « Je préfère miser en ligne parce qu’il n’y a pas de taxe », affirme-t-il, avec le sourire.
Les hommes ne sont pas les seuls à jouer aux paris sportifs. La gent féminine est de la partie. « J’ai déjà perdu tout mon argent en une journée », raconte Fatou Diouf, étudiante en licence 2. Elle n’est pas la seule d’ailleurs.
La vendeuse Awa Sène reconnaît son addiction depuis un an. « J’ai appris à jouer, il y a un an, et maintenant je ne peux plus m’en passer », confesse-t-elle. Pour elle, certains jeunes développent une dépendance aux paris et continuent de miser malgré les pertes.
Cette situation peut entraîner des problèmes financiers, des tensions familiales et parfois des drames avec des suicides comme en témoigne la presse. En mars 2026, un gendarme, âgé de 25 ans, s’est donné la mort à la Légion de gendarmerie d’intervention (Lgi) de Mbao avec comme mobile des dettes accumulées suite à des paris sportifs en ligne. Il y a quelques semaines, la presse relayait le suicide d’un homme de tenue accablé par les pertes financières subies à cause des jeux d’argent.
Les rôles des tribunaux regorgent de dossiers d’abus de confiance liés aux paris sportifs. C’est le cas de N. Diouf, étudiante à l’Université virtuelle du Sénégal (Uvs) et gérante d’un multiservices. En février 2025, elle a été accusée d’avoir détourné 3 millions de FCfa des caisses de son employeur pour les parier… et tout perdre.
Au tribunal de Guédiawaye, un stagiaire d’une banque a été jugé pour le détournement de 16 millions de FCfa injectés dans des paris sportifs.
Âgé de 19 ans, Mouhamed Diawara est une victime des paris sportifs. Rencontré près du marché de Pikine à quelques rues de son école, l’élève, en classe de Terminale, fait l’école buissonnière depuis trois jours. Il fait croire à ses parents qu’il part à l’école ; or, ce n’est pas le cas. La raison de son acte est qu’il a misé l’argent de sa scolarité et a perdu. « S’ils apprennent la vérité, ils vont me tuer », assure-t-il, le regard inquiet.
Face aux promesses de gains rapides et l’adrénaline du jeu, les paris sportifs continuent d’attirer de nombreux jeunes et adultes à Dakar. Mais derrière les pertes d’argent, la dépendance et les difficultés familiales, cette pratique laisse apparaître une réalité bien plus inquiétante pour certains parieurs.
Par Aïssatou SÈYE (Stagiaire)

