De retour d’Europe, Ibrahima Niakh multiplie les contributions au profit du développement de Diarrère, son village natal. Ancien membre de la Croix-Rouge locale de Moncalieri en Italie, M. Niakh a décidé de rentrer au bercail en 2014. Depuis, il s’est lancé dans la vente de charbon de bois, une activité qui l’a d’ailleurs rendu célèbre dans son fief. En plus, celui que l’on surnomme « Nar Sidy » s’investit dans le social en mettant en place des structures commerciales de proximité, comme une buvette scolaire.
FATICK – Dans son Diarrère natal (région de Fatick), il marche la tête haute, car il contribue activement au développement de sa communauté. Ibrahima Niakh est un citoyen modèle, une personne dont les qualités humaines sonnent comme un refrain chez les siens. Le 9 mars 1979, la commune de Diarrère voit naître l’un de ses fils les plus entreprenants. « Nar Sidy », comme l’appellent affectueusement ses concitoyens, a réussi à écrire une belle page de l’histoire de cette localité située à quelques kilomètres de la ville de Fatick.
Travailleur acharné, Niakh étend son influence grâce à de modestes investissements, à caractère social pour la plupart. Son histoire inspirante cache toute une leçon de vie. Il y a douze ans, « Nar Sidy » rentrait définitivement d’Europe. Aujourd’hui, il est, comme le veut le jargon commun, un « émigré de retour ». Bien qu’il soit de taille relativement petite, Ibrahima Niakh est une grande figure en matière d’entrepreneuriat local.
À une quinzaine de mètres de la place publique de Diarrère, il tient un modeste magasin abritant des sacs remplis de charbon de bois. Depuis quelques années, il s’est lancé dans la vente de ce produit qu’il considère comme de « l’or noir ». D’une humilité exemplaire, M. Niakh a lancé ce commerce dans des conditions loin d’être évidentes. Sans instruction scolaire, le citoyen modèle de Diarrère a pourtant frappé un grand coup en réussissant à propulser son activité. Depuis son retour dans sa terre natale, il ne cesse d’approvisionner la population de son village en combustible.
Le complexe d’infériorité n’a pas pu l’affaiblir ni le conditionner. D’ailleurs, il se rappelle avec fierté ses premiers pas dans une activité qui, auparavant, était jugée dévalorisante aux yeux des habitants. « Le jour où j’ai commencé à écraser et à mettre le charbon dans des sachets, beaucoup ne m’ont pas reconnu. C’était impensable pour les gens, sachant que je gagnais bien ma vie en Europe avant mon retour. Même ma femme n’y croyait pas ses yeux », se souvient-il dans un large sourire.
Le parcours d’un guerrier
Comme certains enfants de son âge, Ibrahima Niakh a été très tôt initié aux travaux champêtres et à l’élevage. C’est, pour ainsi dire, un pur produit du monde rural malgré un bref passage à l’école arabe. Bien avant son voyage en Italie, il avait déjà appris un métier, au-delà de faire paître le bétail ou de cultiver la terre. « J’ai appris le métier de vulcanisateur, contrairement à mes frères et sœurs qui ont usé les bancs de l’école », confie-t-il.
Cependant, le jeune Niakh finit par abandonner son métier de prédilection pour se rendre hors du pays. Ainsi, le 25 juin 1996, le villageois décolle pour l’Espagne après en avoir parlé à ses grands-parents. Une fois en terre espagnole, il ne trouve rien d’autre que la cueillette de fruits, un travail loin de l’enchanter. Après seulement neuf mois, M. Niakh quitte l’Espagne pour Pau, en France, pour un séjour beaucoup plus bref. Il n’y passe que quelque temps avant de prendre le chemin de l’Italie où il s’installe à Moncalieri, une localité située à proximité de Turin.
Ironie du sort, il se retrouve encore dans les champs. « J’ai finalement accepté ce que j’avais refusé en Espagne : travailler dans les plantations. Sauf qu’en Italie, c’était moins pénible et plus rentable », souffle-t-il d’un ton humoristique. C’est avec beaucoup de passion et de spontanéité que « Nar Sidy » évoque son aventure italienne, qui constitue l’épisode le plus marquant de son séjour européen.
Il lui faudra attendre deux longues années avant que d’autres opportunités ne s’ouvrent à lui. Ainsi, après le métier d’ouvrier agricole, il s’investit dans la métallurgie et la mécanique pendant plusieurs années. En bon curieux, il s’adapte vite à l’environnement de sa terre d’accueil. La preuve : il réussit à intégrer la Croix-Rouge locale de Moncalieri. Un véritable exploit, puisqu’il est le premier Africain à faire partie de ce corps dans la commune. Cerise sur le gâteau, le prestigieux quotidien national italien La Stampa a rédigé un article sur lui, évoquant une ambulance offerte par les autorités locales italiennes et destinée à la population de Diarrère. Un article qu’il conserve précieusement jusqu’à ce jour.
« J’ai travaillé à la Croix-Rouge de Moncalieri de 1998 à 2014, année de mon retour au Sénégal. C’était une fierté pour les autorités locales italiennes. En tant que secouriste, j’ai assisté à plusieurs matchs de Serie A et de Ligue des champions. Je garde avec moi des photos prises avec des stars comme Lilian Thuram, Cannavaro, Del Piero, Ibrahimovic… », révèle-t-il. Il a également vécu d’autres expériences marquantes avec la Croix-Rouge, notamment la couverture de catastrophes naturelles. « J’ai couvert des inondations et même un tremblement de terre survenu à Pérouse vers les années 2000-2001 », souffle-t-il.
Son passage à la Croix-Rouge de Moncalieri aura été d’une grande utilité pour les siens. En 2012, il dote sa terre natale d’une ambulance offerte en Italie. Les témoignages du chef du village de Diarrère en disent long sur les valeurs de l’homme : « C’est une personne très utile qui mérite des prières. Il s’est beaucoup battu pour le bien du village. L’ambulance qu’il a amenée reste un cadeau inoubliable, car elle a énormément aidé la population. On se souvient aussi que pendant la Covid-19, Ibrahima s’est sacrifié pour protéger la population en faisant preuve d’une grande rigueur dans la sécurisation du village. Il veillait sans relâche à l’hygiène et à la sécurité des habitants », fait savoir Diène Diouf, par ailleurs président des chefs de village de la commune de Diarrère.
Un symbole de confiance en soi
À la porte de sa modeste entreprise, des centaines de sachets de charbon jonchent le sol. Vendus à 100 FCfa l’unité, ce sont presque des cadeaux proposés aux clients qui viennent s’approvisionner tout au long de la journée. En ce début de matinée, l’homme porte un léger short cargo, la casquette minutieusement vissée sur la tête. Au premier contact, M. Niakh dégage une apparence très simple. Pourtant, derrière cette image se cachent une vraie réussite sociale et une vie épanouie.
« Il n’y a pas de sot métier » : un adage bien ancré chez ce citoyen modèle. Doté d’un mental de fer, il a su braver le jugement de la société pour monter son commerce de charbon, une ressource qu’il fait venir de régions comme Tambacounda, Kolda ou Koumpentoum. « Quand j’ai appris à ma mère que je devais me lancer dans la vente de charbon, elle l’a pris pour une blague. Les gens n’y croyaient pas. Mais, sachant ce dont je suis capable, j’ai pesé le pour et le contre, fait une étude de marché, puis je me suis lancé », explique-t-il avec passion.
Sa réputation d’homme au grand cœur se confirme dans ses propos : « Je crois au commerce social. Je fais tout cela pour que les gens puissent acheter à bon prix. Avant l’aspect financier, je mise d’abord sur l’esprit d’entraide. »
Au-delà du commerçant, Ibrahima Niakh est un modèle de réussite dans un contexte souvent marqué par la migration irrégulière. Selon lui, la vente de charbon génère des revenus très intéressants : « Elle est très rentable. Je la conseille vivement aux jeunes. On peut rester ici et réussir », affirme-t-il.
En modèle accompli, Ibrahima ne s’est pas limité à son seul commerce. Il est l’initiateur de nombreux évènements sociaux dans sa localité. En 2016, il a lancé la « Fête du bébé de l’année », célébrant le premier nouveau-né du Nouvel An à Diarrère – une occasion d’offrir des cadeaux, des vivres et des vêtements à la mère. La célébration en est cette année à sa onzième édition.
Mais Ibrahima Niakh ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. En plus du charbon, il s’est lancé dans la vente d’eau et a créé une buvette scolaire de proximité, construite après concertation avec le chef d’établissement. Une initiative au grand bénéfice des élèves et à moindre coût, chaleureusement saluée par les villageois. « Des parents me remercient pour cette initiative. La buvette soulage les familles démunies et évite aux élèves de longs déplacements. Avant, ils devaient parcourir environ un kilomètre pendant les récréations pour se ravitailler », explique-t-il.
Fort de ses riches expériences acquises en Europe, Ibrahima Niakh ambitionne désormais de mettre son savoir-faire de secouriste au service de Diarrère en y installant une antenne locale permanente de la Croix-Rouge.
Par Fodé SARR (Correspondant)

