Le marché hebdomadaire à bétail de Barkédji s’anime chaque jeudi. Au milieu des bovins et des petits ruminants, les chevaux occupent une place à part. Éleveurs, vendeurs et grossistes y trouvent leur compte, faisant de la filière équine une activité économique qui, malgré ses difficultés, continue de faire vivre de nombreuses familles.
LINGUÈRE — Jeudi, à Barkédji. Dès les premières heures, le marché hebdomadaire à bétail prend des allures de grand rendez-vous. Les animaux affluent, les vendeurs négocient, les acheteurs observent. Dans cette agitation familière, les chevaux attirent particulièrement les regards. Leur robe, leur allure et leur vigueur sont scrutées avant que les discussions ne commencent autour du prix.
Au Sénégal, les marchés à bétail jouent un rôle économique, social et culturel important. Celui de Barkédji, situé à 35 kilomètres à l’est de Linguère, n’échappe pas à cette réalité. Parmi les différentes activités commerciales qui s’y développent, la vente des équins occupe une place de choix.
La filière reste toutefois largement informelle. Elle est influencée par les activités rurales, mais aussi par les besoins liés au transport hippomobile dans les villes. Cette saisonnalité pèse sur la demande et, par conséquent, sur les prix des chevaux.
Pour Mamadou Sonko, agent vétérinaire à la retraite, établi à Linguère, le commerce des équins peut contribuer à améliorer les conditions de vie des différents acteurs. Mais, estime-t-il, l’activité gagnerait à être davantage organisée et accompagnée par les pouvoirs publics.
Quarante ans au milieu des chevaux
Au cœur du marché, Gorgui Dieng, la soixantaine révolue, ne passe pas inaperçu. Entouré de ses chevaux et de plusieurs acheteurs, il observe les discussions avec l’assurance de celui qui connaît parfaitement son métier.
Depuis quarante ans, cet homme fait du commerce des équins. Une longue expérience qui, selon lui, lui a permis de bâtir l’essentiel de ce qu’il possède aujourd’hui.
« J’ai fait quarante ans dans ce métier. Tout ce que j’ai eu provient de cette filière », affirme-t-il avec satisfaction.
Il cite notamment deux maisons qu’il a construites à Barkédji grâce aux revenus tirés de cette activité. Pour lui, le commerce des chevaux est bel et bien rentable. Un cheval peut être vendu entre 400 000 et 600 000 francs CFA, tandis que certains éleveurs lui cèdent leurs animaux entre 300 000 et 350 000 francs CFA. Le reste relève du savoir-faire du commerçant : acheter au bon prix, négocier et trouver le client.
Mais derrière cette activité se cachent aussi des charges qui pèsent sur les acteurs. Gorgui Dieng réclame notamment une baisse du prix des aliments destinés aux chevaux, qu’il juge trop élevé.
« Le commerce des chevaux est rentable, mais il faut que les pouvoirs publics accompagnent davantage la filière. Il faut notamment revoir le prix des aliments », plaide-t-il.
Éleveurs et grossistes, chacun son marché
À Barkédji, le marché ne profite pas uniquement aux commerçants. Les éleveurs y trouvent également un débouché pour leurs animaux. Ils vendent leurs chevaux aux grossistes qui, à leur tour, les proposent à d’autres clients.
Doudou Ndiaye, jeune éleveur originaire de Gassane, chef-lieu de commune dans le département de Linguère, connaît bien cette réalité. Pour lui, l’élevage équin demeure une activité qui permet de gagner sa vie, malgré les difficultés.
« L’élevage des chevaux constitue une activité rentable, malgré les difficultés que l’on y rencontre. Nous gagnons de l’argent, mais les grossistes nous damnent le pion. Ils gagnent plus que les éleveurs », explique-t-il.
L’éleveur préfère néanmoins retenir le côté positif de son activité. Il assure avoir réalisé plusieurs investissements grâce à l’élevage des chevaux.
« Je remercie le ciel. J’ai fait beaucoup de réalisations grâce à ce métier, pourtant traité de parent pauvre par certains », témoigne-t-il.
Un commerce soumis au contrôle sanitaire
Si les chevaux circulent de vendeur en acheteur, leur commercialisation n’échappe pas aux règles sanitaires. Le service départemental de l’élevage de Linguère encadre la vente des équins, notamment à travers le laisser-passer sanitaire.
Avant de présenter un cheval sur le marché, l’éleveur ou le commerçant doit soumettre l’animal au contrôle des services vétérinaires. Le document atteste de son état sanitaire et conditionne sa mise en vente.
Sonar Ngom, chef du service départemental de l’élevage de Linguère, rappelle les règles.
« Nous demandons au préalable aux éleveurs, vendeurs ou revendeurs de passer au service de l’élevage pour se procurer le laisser-passer sanitaire, qui ne coûte pas cher. Celui qui respecte ce principe a le droit de vendre son animal. Mais si l’animal est malade, l’agent vétérinaire interdit la vente du sujet », explique-t-il.
Les services de l’élevage mènent également des actions de sensibilisation auprès des acteurs de la filière et assurent une présence sur le terrain lors des marchés hebdomadaires.
La vaccination constitue également un volet important du dispositif sanitaire. Selon Sonar Ngom, plus de 10 000 équins ont été vaccinés dans le département de Linguère au cours de la campagne vaccinale, alors que celle-ci en était à sa 50e semaine.
À Barkédji, entre les hennissements, les négociations et les mouvements incessants d’animaux, le commerce des chevaux poursuit ainsi son petit bonhomme de chemin. Une activité ancienne, parfois considérée comme marginale, mais qui nourrit son monde et permet à des éleveurs comme à des commerçants de construire leur quotidien, un cheval après l’autre.
Abdoulaye Sadio
Correspondant


