L’inclusion numérique des personnes handicapées n’est pas encore une réalité dans toutes les régions du Sénégal. Mais dans la commune de Biscuiterie, une initiative mise en place par l’Association des handicapés de la commune de Biscuiterie, en partenariat avec l’Ong Stm Foundation, a permis depuis 2022 de former plus de 550 personnes malvoyantes et non-voyantes à l’informatique et à l’intelligence artificielle.
En ce matin de septembre, alors que la chaleur s’abat sur la capitale dakaroise, les ruelles de Biscuiterie brillent sous un soleil de plomb. Les rayons qui tapent sur le front de Mariama Diallo ne l’empêche pas d’avancer de quelques pas derrière son guide. L’endurance, Mariame la connaît pour avoir survécu à de multiples opérations. Née malvoyante, l’élève en classe de quatrième à l’Inefja (Institut National d’Éducation et de Formation de Jeunes Aveugles) de Thiès voit sa vie basculer à l’âge de 6 ans lorsqu’elle contracte une cataracte. Solide, la native de grand dakar continue quand bien même de profiter de la belle vue du soleil. Comme si le sort s’acharnait, en 2011, elle se fait opérer d’un glaucome et perd complètement la vue.
Malgré cette épreuve, depuis plusieurs mois, la jeune femme a décidé de se former à l’informatique. Grâce à l’informatique assistée, qui lui permet de lire ce qui s’affiche à l’écran à travers une interface adaptée, les mains sur le clavier, Mariama se sent plus à l’aise dans ses tâches quotidiennes.
« Cette formation nous a permis de nous former, de pouvoir faire des recherches sur le Net et d’être sur les réseaux comme tout le monde. Avant, je croyais qu’il n’était pas possible pour les non-voyants de surfer sur le net. Après des recherches, mon père m’a acheté un téléphone et, vu que je connaissais M. Thioub, notre formateur dans le quartier, j’ai fini par rejoindre une cohorte dans ce programme », raconte-t-elle. Outillée, Mariama se dit fière de pouvoir se débrouiller seule et de faire un pas vers la réussite. « On peut dire aujourd’hui que les handicapés sont en train de prendre place peu à peu dans la société avec ce genre d’initiatives », estime-t-elle.
Comme elle, sa camarade Khadija Sall, en formation professionnelle en télécommunication à l’Inefja de Thiès, souhaite un appui pour les aider à entreprendre dans des métiers porteurs. Malvoyante depuis la naissance, Khadija peut, à l’opposé de Mariama, avoir un tout «petit aperçu de l’écran», sans pour autant pouvoir le lire correctement grâce au système « Lvda » et à l’aide d’écouteurs pour manipuler l’écran.
Tout comme Mariama et Khadija, plus de 500 personnes ont été formées à Biscuiterie et des dizaines d’autres dans plusieurs régions du Sénégal. « Ce programme a été mis en place dans plusieurs communes du Sénégal, mais il n’y a que la commune de Biscuiterie qui a pu percer jusqu’à avoir plus de 550 personnes formées aux outils du numérique depuis 2022. On prenait des cohortes de 10 apprenants, avec un module de 50 heures réparties sur une vingtaine de jours. Puis, après un examen, ils passaient à l’étape supérieure », indique Adama Thioub.
Un engagement après l’épreuve
Engagé dans la commune à travers des actions citoyennes, Adama Thioub a lui-même été rattrapé par la maladie. « Après le lycée Blaise Diagne et l’Université de Dakar, je suis parti travailler à Toyota Gabon. Je suis revenu à Dakar en 2004 avant de travailler au journal Le Message, puis à Sud Quotidien entre autres. Ensuite, je suis devenu aveugle », renseigne-t-il.
Ne voulant pas se morfondre sur son sort, Adama Thioub crée l’Association des handicapés de la commune de Biscuiterie en 2016. Dans la foulée, il fonde également le Cadre de concertation citoyenne, qui regroupe les associations de la commune de Biscuiterie.
Poursuivant son combat, une salle informatique est mise en place dans le cadre de ses activités, à la suite d’un partenariat avec l’ong Stm Foundation et la mairie de Biscuiterie. « On a eu à rencontrer la Stm Foundation pour signer un partenariat avec eux. Puis, le maire de la commune, Mohamed Djibril Wade, a mis à notre disposition cette salle informatique », explique Adama Thioub. Lui-même formé au système d’informatique assistée, Adama Thioub commence, fort de cette expérience, à transmettre à son tour son savoir aux jeunes handicapés du quartier. Très vite, le nombre d’inscrits commence à augmenter.
« Nous leur apprenons d’abord l’initiation à l’informatique : comment reconnaître et utiliser le clavier et la souris, comment faire du traitement de texte. Puis, lorsqu’ils sont assez outillés, nous passons à l’utilisation de l’intelligence artificielle, entre autres », explique-t-il.
Toutefois, Adama Thioub regrette que les activités menées en faveur des personnes handicapées se poursuivent sans le soutien d’une personnalité de l’État. « Jusqu’à présent, on est dans ce travail sans le soutien d’aucune personnalité de l’État à part l’aide de la mairie», affirme-t-il.
Face à ces contraintes, Adama Thioub demande un accompagnement de l’État afin de lutter contre la mendicité. « Nous travaillons bénévolement pour soutenir ces jeunes malvoyants et non-voyants, pour éradiquer la mendicité. Nous méritons donc le soutien de l’État. Avec le numérique, les jeunes peuvent avoir un meilleur avenir. Nous avons écrit à l’Anpej, à la direction de l’Organisation et nous sommes toujours à la recherche de partenariats », plaide Adama Thioub.
Marème Fatou Dramé


