Joal fait partie de ces localités dont le nom est à jamais lié à l’histoire du Sénégal. Ce havre de paix, niché à l’extrémité de la Petite-Côte, au sud-est de Dakar, joue un rôle majeur dans l’économie du département de Mbour, fortement axée sur la pêche et le tourisme. Aujourd’hui, cette zone aux immenses potentialités est plus que jamais menacée par l’érosion côtière, qui grignote progressivement une grande partie de ses terres.
MBOUR – Localité située à l’extrémité de la Petite-Côte, Joal est l’une des zones les plus paisibles du littoral sénégalais. Symbole de la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans, ce « petit paradis » est reconnu comme un véritable havre de paix. Avec l’île aux coquillages de Fadiouth, le quai de pêche, le cimetière mixte et la mangrove, cette commune, dont l’économie repose sur la pêche, le tourisme et la culture, dispose de nombreux atouts pour séduire visiteurs et investisseurs.

Au quartier Ndoubap, la mer ne fait aucun cadeau aux riverains. Le grand bleu refuse toute cohabitation et s’attaque sans relâche aux concessions situées le long du littoral sud. Jadis prisé pour ses belles résidences, ce quartier est devenu le symbole des conséquences néfastes du changement climatique.
« En 2017, nous étions venus dans cette maison pour organiser des activités de jeunesse. Il y avait une piscine et beaucoup d’espace entre le bâtiment et la mer. Aujourd’hui, même la piscine est engloutie par les eaux. C’est vraiment grave ce qui se passe à Joal », témoigne Ameth Seck.
Ici, les eaux emportent tout sur leur passage. Même les murs en béton armé n’ont pas résisté à la puissance des vagues. Sur le rivage, des maisons entières se sont effondrées sous la pression de l’océan. Selon les riverains, ces terrains aujourd’hui engloutis avaient coûté des fortunes à leurs propriétaires, contraints de les abandonner pour des raisons de sécurité. Les murs fortement fragilisés menacent à tout moment de s’écrouler, exposant les derniers occupants à de graves dangers.
Une faible résilience face à l’avancée de la mer

Murs, cocotiers, filaos et cabanes de fortune ne sont plus que de lointains souvenirs. Lorsque les vagues se retirent, on distingue encore les anciennes fondations en ciment, témoins d’un territoire désormais conquis par la mer. Cette perte progressive de sédiments entraîne un recul du trait de côte vers l’intérieur des terres, fragilisant les écosystèmes et menaçant des zones clés de l’économie locale, largement portée par la pêche et le tourisme.
La survie de Joal, étroite bande de terre coincée entre la lagune au nord et l’océan au sud, nécessite des efforts considérables pour lutter contre l’érosion côtière. À Ndoubap, comme dans les quartiers voisins, la résilience reste faible, voire inexistante. Les propriétaires les moins fortunés ont abandonné leurs biens, livrés à la merci de l’océan, tandis que d’autres tentent encore de résister avec des moyens de fortune.
Ce gardien de maison, qui préfère garder l’anonymat, lutte au quotidien contre l’avancée des eaux. « Nous avons abandonné une partie de la maison parce que l’eau l’a déjà envahie. Pour sauver ce qui reste, nous utilisons des pneus usés et des rochers que nous plaçons au pied des murs afin de freiner la force des vagues », explique-t-il, tout en poursuivant son combat dérisoire face à l’immensité de la mer.
Un sanctuaire à sauver

Sur le terrain, l’ampleur des dégâts causés par l’érosion côtière appelle à une action urgente pour sauver ce sanctuaire naturel où l’océan Atlantique s’entrelace avec la verdoyante lagune de Mama Guedj. Selon le responsable de la commission environnement de la mairie de Joal-Fadiouth, Lamine Tambédou, le phénomène est aggravé par l’action humaine. Il dénonce notamment l’exploitation du sable marin, qui facilite l’avancée de la mer.
« Vous avez constaté que tous les arbres sont tombés. Même les mosquées que les pêcheurs avaient construites au bord de l’eau ont été emportées », s’inquiète le conseiller municipal. À Ndoubap, comme dans les quartiers Thiouthiou Xam, Santhié, Tilène, Océan et Diamaguène, le constat est le même : il ne reste plus de plage. Et si rien n’est fait, les zones habitées risquent d’être bientôt englouties.
« Des digues de protection et des brise-lames pourraient contribuer à stabiliser la situation. Si aucune mesure urgente n’est prise, Joal risque de devenir un simple souvenir pour les générations futures », alerte M. Tambédou.
Diégane DIOUF
(Correspondant)


