Au-delà de son caractère religieux, le Grand Magal de Touba offre également un cadre de réflexion sur les enjeux liés au développement de la cité religieuse. C’est dans cette dynamique que le pool d’experts mourides « Ashaboul Jannati » a réalisé deux études portant sur l’emploi des jeunes et la mobilité urbaine à Touba. Les conclusions de ces travaux ont été présentées, samedi 25 juillet 2026, à la résidence Serigne Touba, à l’Héliport.
Les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes constituent l’un des principaux défis auxquels Touba est confrontée. Selon le professeur Djiby Diakhaté, les comportements déviants observés dans la ville, souvent en contradiction avec les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, trouvent en grande partie leur origine dans le chômage. Le sociologue a expliqué que la ville enregistre une forte croissance démographique, alimentée par un important mouvement migratoire.
Cette évolution, a-t-il souligné, n’est toutefois pas accompagnée par une offre suffisante en matière de formation et d’encadrement. « Il n’y a pas de structures de formation. Il n’y a pas suffisamment de préparation à l’entrepreneuriat », a-t-il regretté, estimant que de nombreux jeunes disposent d’idées de projets sans bénéficier de l’accompagnement nécessaire pour les concrétiser.
Pour inverser cette tendance, le professeur Djiby Diakhaté préconise un retour aux principes enseignés par Cheikh Ahmadou Bamba, notamment ceux relatifs au travail, à la formation et au partage. Il a cité l’exemple de Cheikh Ibra Fall, qu’il présente comme une référence en matière de culture de l’effort et de solidarité, capable de mobiliser des réseaux autour d’activités productives.
Parmi les pistes de solution avancées figure également la professionnalisation des dahiras. Le sociologue recommande de renforcer les partenariats entre les dahiras de la diaspora et ceux implantés à Touba afin de leur permettre de développer des projets économiques, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et d’autres activités génératrices de revenus. Le développement des localités périphériques de Touba est aussi présenté comme un moyen de favoriser la création d’emplois et de réduire durablement le chômage des jeunes.
Les experts se sont également penchés sur la problématique de la mobilité urbaine, devenue particulièrement préoccupante pendant le Grand Magal. Les résultats de cette étude ont été exposés par le Dr Serigne Mbacké Seck, enseignant-chercheur au Centre universitaire de recherche et d’études de la mobilité de l’École supérieure polytechnique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Selon lui, plusieurs insuffisances entravent la fluidité des déplacements dans la ville, notamment la configuration du réseau routier et l’organisation de l’espace urbain. Il a relevé que les infrastructures sont principalement structurées autour de la Grande Mosquée, sans rocades ni véritables voies transversales, ce qui accentue les embouteillages lors des grands rassemblements religieux.
Face à ces constats, Dr Serigne Mbacké Seck appelle les autorités à anticiper les besoins futurs en matière d’infrastructures et à mettre en œuvre une planification urbaine à long terme. À défaut, a-t-il averti, Touba risque de faire face aux mêmes difficultés de mobilité dans les années à venir, notamment à l’horizon 2040.
Birane DIOP (correspondant)


